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Fashion-Enter : “Le Royaume-Uni a failli perdre ses savoir-faire en matière de mode”

Dans l’imaginaire collectif, une usine de mode est un lieu fermé, silencieux, dédié à une seule mission : produire des vêtements, vite et à bas coût. Fashion-Enter, basée au Royaume-Uni, prend ce cliché et le retourne. Nous sommes allées à la rencontre d’un groupe, où l’on fabrique des vêtements, mais surtout des compétences, des parcours et une autre idée de la mode. Jennifer Holloway, directrice de Fashion-Enter, nous en dit quelques mots : “Produire au Royaume-Uni, revient à préserver des métiers, créer des emplois qualifiés et transmettre des compétences à une nouvelle génération.”

Fashion-Enter - Usine au Royaume-UniFashion-Enter - Usine au Royaume-Uni
Nous sommes allées à la rencontre d’un groupe, où l’on fabrique des vêtements, mais surtout des compétences, des parcours et une autre idée de la mode.
Écrit par Ewan Petris
Publié le 14 janvier 2026

Fondée comme une entreprise sociale, Fashion-Enter n’a rien de l’image des usines classiques, que nous avons en tête. Imaginez plutôt un écosystème industriel et éducatif, pensé pour répondre aux failles de la mode actuelle : la perte des savoir-faire, la dépendance aux chaînes d’approvisionnement, la surproduction et l’exclusion des jeunes talents ou des petites marques.

 

Le logo de Fashion Enter

 

Une usine unique au monde, au Royaume-Uni

 

Fashion-Enter produit localement, au Royaume-Uni, des collections allant “du prototype aux séries plus importantes”, nous confie Jennifer Holloway, directrice du groupe. Autour de l’usine gravitent : écoles, plateformes d’accompagnement, espaces de travail pour créateurs, programmes de formation et initiatives sociales.

 

Le groupe réunit Fashion-Enter Ltd, FashionCapital, The Fashion Technology Academy, FC Designer Workspace, FC Designer Collective, Hope-FX ou encore Leicester Made, rien que ça. “Notre rôle n’est pas seulement de faire des vêtements, mais de faire tenir un système,” souligne Jennifer. Ensemble, toutes ces structures accompagnent les marques depuis l’idée initiale jusqu’à la production, avec pour seul objectif de reconstruire une industrie du vêtement britannique, viable économiquement et tournée vers l’avenir.

 

Fashion enter travailleur usine

 

Pour mieux comprendre ce modèle, nous avons posé quelques questions à Jennifer Holloway, directrice de Fashion-Enter : 

 

Quelles sont les marques avec lesquelles vous travaillez aujourd’hui ?


Avec une grande diversité et il s’agit là de la richesse du modèle. Nous travaillons à la fois avec des acteurs du retail et de l’e-commerce comme Gymshark, N Brown ou Omnes, et avec des designers indépendants ou des labels premium.

 

Le point commun entre eux est le besoin de flexibilité. Beaucoup cherchent à produire moins, mieux, plus vite, sans surproduire. Le made in UK permet cela : petites séries, tests marchés, ajustements rapides. Ainsi, de plus en plus de marques s’intéressent à des modèles plus circulaires, que nous accompagnons via notre approche des 6R : recycler, réparer, redistribuer, repenser le cycle de vie des produits.


 

Les distinctions reçues par Fashion Enter

 

Vous avez, entre autres, reçu le prix de Small Business of the Year aux Franco-British Business Awards, qu’est-ce que cela représente pour vous ?


Il s’agit d’une reconnaissance très forte, parce qu’elle vient des deux côtés de la Manche. Elle valide un modèle qui prouve qu’éthique, industrie et viabilité économique peuvent aller ensemble. Ce prix donne aussi plus de portée à notre message, à un moment où la mode traverse des crises profondes. 

Je pense que la mode se construit par l’échange. L’expertise française, les évolutions législatives européennes, les réflexions sur la circularité nourrissent notre travail.

Nous voulons bâtir des ponts : entre pays, entre savoir-faire, entre générations. La communauté européenne n’est pas seulement un marché, mais aussi un partenaire stratégique pour imaginer une mode plus juste et plus résiliente.

 

Pourquoi était-il si important de maintenir la fabrication de vêtements au Royaume-Uni ?


Parce que le Royaume-Uni a failli perdre ses savoir-faire. Patronage, technologie du vêtement, couture spécialisée : ces compétences ont longtemps été sacrifiées au profit de la délocalisation.

 

Produire ici, revient à préserver ces métiers, créer des emplois qualifiés et transmettre des compétences à une nouvelle génération. Il s’agit aussi d'offrir aux marques des avantages concrets : délais plus courts, meilleure qualité, minimums de commande réduits. La pandémie a été un électrochoc, quand les chaînes mondiales se sont effondrées, la production locale a montré qu’elle n’était pas seulement créative, mais stratégique.

 

Fashion-Enter, travailleur à la main !

 

Beaucoup de Français travaillent à Londres dans la mode, quels profils peuvent trouver leur place chez Fashion-Enter ?


Pas uniquement les designers. Nous travaillons avec des modélistes, des techniciens du vêtement, des mécaniciens, des responsables qualité, des coordinateurs de production, des experts en durabilité ; mais aussi avec des profils issus du retail, du buying ou de la gestion de chaîne d’approvisionnement. À travers nos écoles et nos espaces de travail, nous accueillons des jeunes professionnels, des personnes en reconversion et des entrepreneurs.

 

L’expertise française, notamment dans le luxe et la précision technique, est très appréciée. Dans une industrie britannique en reconstruction, ces profils européens ont clairement un rôle à jouer.

 

Vous mentionnez la “mode éthique”, qu’est-ce que ça signifie ?


L’éthique n’est pas un slogan, c’est une façon de travailler au quotidien. Cela commence par des salaires justes, des conditions de travail sûres, une conformité stricte au droit du travail britannique.

 

Mais cela va plus loin : former, transmettre, ouvrir l’industrie à des personnes qui en sont souvent exclues. Investir dans les compétences, le bien-être, l’avenir du secteur. Sur le plan environnemental, nous travaillons à réduire le gaspillage, à prolonger la vie des vêtements, à sortir d’un modèle linéaire. L’éthique, ce n’est pas être parfait mais assumer ses responsabilités.

 

La mode mondiale reste liée au travail forcé et à l’exploitation, où vous situez-vous face à cette réalité ?

 

Nous ne fermons pas les yeux. Une partie de l’industrie repose encore sur des chaînes d’approvisionnement opaques et des conditions de travail inacceptables. Notre position est simple : produire là où les règles existent et peuvent être contrôlées. Être rapide n’est pas immoral en soi. Ce qui l’est, est de produire vite au prix de l’humain.

Nous croyons à une mode réactive, mais responsable, capable de répondre à la demande sans sacrifier les personnes ni la planète.

 

Zip Fashion Enter

 

Vous formez aussi la nouvelle génération, sont-ils plus conscients de ces enjeux ?

 

Très clairement, oui. Les jeunes sont extrêmement sensibles aux questions d’éthique, d’environnement et de transparence. Ils s’intéressent à la réparation, à l’upcycling, à la seconde main. Des plateformes comme Vinted ont profondément changé leur rapport au vêtement.
 

Ils ne veulent pas seulement travailler dans la mode, ils veulent la transformer. Cette énergie nourrit notre manière d’enseigner et d’accompagner les marques.


 

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