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Ramadan en Turquie : comment les jeunes générations vivent la tradition

Le Ramadan a commencé en Turquie. Les jeunes générations n’abandonnent pas la tradition. Elles la vivent autrement, dans un pays traversé par de profondes mutations sociales et économiques.

Jeunes partageant des dattes au moment de l’iftar pendant le Ramadan en TurquieJeunes partageant des dattes au moment de l’iftar pendant le Ramadan en Turquie
Écrit par Sarah Goldenberg
Publié le 11 mars 2025, mis à jour le 8 mars 2026

Ramadan en Turquie : un marqueur social

 

Le Ramadan ne se limite pas à la sphère religieuse en Turquie. Il change le visage des villes. Les tables d’iftar gagnent les places publiques, les commerces ajustent leurs horaires, les soirées se prolongent bien après la tombée du jour. Le mois sacré quitte l’intime pour occuper l’espace commun. Reste à comprendre comment les jeunes générations jeûnent, se retrouvent et croient. 

 

Jeunes et numérique : quand le Ramadan se vit aussi en ligne

 

La Turquie est aujourd’hui massivement connectée. En 2025, plus de 90 % des 16-74 ans utilisent internet selon les données de l’Institut turc de statistique (TÜİK). Les réseaux sociaux font partie du quotidien : on estime à environ 62 millions le nombre d’utilisateurs actifs en Turquie en 2025, soit près des trois quarts de la population.

Dans ce contexte, le Ramadan ne se limite plus aux salons, aux mosquées ou aux tables familiales. Il circule aussi sur les écrans. Sur Instagram et TikTok, des vidéos d’iftar cumulent des millions de vues. Des jeunes partagent leurs menus, leurs horaires, leurs moments de rupture du jeûne.

Les applications comme Muslim Pro ou Ezan Vakti Pro servent de repères : heure exacte du coucher du soleil, rappel du sahur, direction de la Qibla. Pour ceux qui vivent loin de leur famille, c'est un moyen de ne pas perdre le rythme du mois sacré, même à distance.

 

Mehmet, 22 ans, Ankara : "Je suis étudiant et je vis loin de ma famille. Grâce aux réseaux sociaux et aux applications, je peux me sentir plus proche des traditions et suivre les prières en ligne." 

 

L’iftar au grand air

 

Les grandes tablées familiales n’ont pas disparu. Elles cohabitent désormais avec d’autres habitudes. Dans les grandes villes comme Istanbul ou Izmir, de jeunes groupes se retrouvent dans les parcs au moment du coucher du soleil. On étend une couverture, on partage des dattes, du pide encore chaud, parfois un plat préparé à la maison. Le Bosphore, les pelouses de quartier ou les quais deviennent le décor de la rupture du jeûne. L’iftar quitte les appartements sans perdre son sens.

 

Jeunes générations partageant un iftar en plein air à Istanbul pendant le Ramadan 2025.

À Istanbul, les jeunes générations privilégient les iftars en plein air pour partager un moment convivial durant le Ramadan.

 

En ville, une autre manière de rompre le jeûne gagne du terrain : rester chez soi et commander en ligne. 

À l’heure du coucher du soleil, les applications de livraison s’activent. Cette progression s’inscrit dans un contexte plus large : le commerce en ligne en Turquie continue de croître, porté par la généralisation des usages numériques et des paiements mobiles. Les plateformes comme Getir ou Yemeksepeti voient ainsi leurs pics de commandes se concentrer autour du coucher du soleil pendant le Ramadan.

 

Ces startups turques qui révolutionnent le quotidien des habitants en 2025

 

Commander ne veut pas dire tourner le dos à la tradition. Pour beaucoup, c’est une question d’horaires et de fatigue liée à un rythme de vie plus pressé après la journée. Dans les assiettes aussi, les choses changent. Certains choisissent des plats plus légers ou végétariens. Le jeûne demeure. Le menu, lui, varie.

 

Ahmet, restaurateur à Istanbul : "Nous avons adapté nos horaires pour répondre à la demande des clients qui commandent après le coucher du soleil. Le Ramadan représente 30 % de notre chiffre d’affaires annuel." 

 

Le Ramadan, temps fort pour l’économie

 

Le Ramadan n’est pas seulement un temps spirituel. C’est aussi une période qui pèse sur la consommation. En 2025, la Turquie compte 58,5 millions d’utilisateurs de réseaux sociaux : une immense vitrine pour les marques qui adaptent leur ton, leurs visuels, leurs offres et leur calendrier. 

À l’approche de la fin du Ramadan et de l’Eid al-Fitr, l’activité commerciale s’intensifie. En 2025, les professionnels du commerce anticipaient un chiffre d’affaires pouvant atteindre 120 milliards de livres turques pendant la période d’achats liée à l’Eid al-Fitr, notamment dans l’alimentaire et l’habillement. 

Côté produits, les classiques restent au centre : pide du Ramadan, dattes, fruits secs, boissons traditionnelles. Les volumes importés témoignent de l’ampleur de la demande. La Turquie a importé 67 093 tonnes de dattes en 2025, un record qui rappelle le poids de ces produits pendant le mois sacré.

 

Marché d’Istanbul proposant dattes et fruits secs, essentiels du Ramadan 2025 en Turquie.
Un étal de dattes et fruits secs à Istanbul, produits phares du Ramadan en Turquie.

 

Sur Instagram et TikTok, les contenus “iftar”, recettes et routines de Ramadan deviennent des supports de visibilité à part entière. Les collaborations avec des créateurs de contenu se multiplient, souvent autour d’éditions limitées, de menus dédiés ou de formats pensés pour l’heure de la rupture du jeûne.

 

Ramadan en Turquie : que mange-t-on à l’iftar et au sahur ?

 

Changer sans rompre

 

Les écarts entre générations existent, mais ils ne prennent pas la forme d’une rupture nette. Les parents vivaient le Ramadan d’abord en famille, au rythme de la mosquée et des recettes transmises. Les plus jeunes naviguent davantage entre sphère domestique et univers numérique.

Le suivi du mois sacré passe encore par les proches, mais aussi par les applications. La lecture du Coran se fait à la maison comme en ligne. Les dons continuent, parfois sous forme de cagnottes numériques plutôt que de contributions en nature. Les habitudes évoluent mais le mois sacré garde sa place.

 

Elif, 26 ans, Istanbul : "Nos parents vivaient le Ramadan différemment, mais cela ne signifie pas que nous avons moins de respect pour cette période. Nous l’adaptons simplement à notre mode de vie." 

 

Chaque année, le même rendez-vous

 

Le Ramadan en Turquie ne ressemble plus tout à fait à celui d’hier. Les écrans se sont invités à table, les pelouses accueillent des iftars improvisés, les applications indiquent l’heure du coucher du soleil.

On continue de jeûner. De se retrouver. De partager le repas du soir. Le cadre change parfois mais le rendez-vous reste le même. 

 

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