Le matin du dernier jour du 35e Forum économique, un entretien a eu lieu avec le vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, Władysław Kosiniak-Kamysz. La rencontre était animée par Krzysztof Stanowski, rédacteur en chef de Kanał Zero. La table ronde a porté sur la défense de la Pologne face aux menaces actuelles, notamment celles liées à l'agression russe contre l'Ukraine.


La préparation de la défense polonaise
Krzysztof Stanowski a demandé au chef du ministère de la Défense nationale (MON) d’identifier les enjeux les plus urgents en matière de défense polonaise. Le vice-Premier ministre a désigné la désinformation omniprésente comme le danger principal. Malgré les efforts continus du gouvernement pour la contrer, elle se propage largement dans la société en raison de sa diffusion massive par des agents étrangers. Pour un agresseur, de telles actions constituent une solution optimale en raison d’un ratio exceptionnellement favorable entre des coûts faibles et une efficacité élevée. Le vice-Premier ministre a averti que le seul antidote à la désinformation réside dans la vérification régulière des sources d’information et dans le développement de la capacité à évaluer de manière critique les contenus relayés par les médias.
Indice mondial de la paix 2026:la Pologne un pays à la fois pacifique et militarisé
L’animateur a toutefois exprimé des doutes quant au niveau de préparation de l’État face à un éventuel conflit armé. Il a déclaré que la société polonaise ne recevait pas suffisamment de conseils sur la manière de se comporter en situation de crise. En outre, il a souligné que l’absence de communication claire du gouvernement avec les citoyens alimente l’anxiété sociale et entrave le renforcement de la résilience face aux fausses informations relayées par les médias, ce qui a également un impact négatif sur la lutte des autorités contre la désinformation. « Quelles mesures concrètes le gouvernement prend-il face à la menace russe ? », a-t-il demandé au ministre. En réponse, Władysław Kosiniak-Kamysz a énuméré les programmes les plus importants destinés directement aux citoyens et aux entreprises. Il a annoncé que le gouvernement allouait 6 milliards de zlotys par an à la défense civile, ces dépenses couvrant la formation à la défense, les cours de premiers secours, les exercices scolaires et le projet « Vacances avec l’armée » (“Wakacje z wojskiem”). Le ministre a assuré que les autorités amélioraient en permanence les méthodes de promotion de ces initiatives afin d’investir les fonds de la manière la plus efficace possible et de former le plus grand nombre de personnes.
Pologne : programme de protection civile et guide de crise - “poradnik kryzysowy”
Tempête, pluie, déminage, neige… Alert RCB le SMS qui avertit du danger en Pologne
Au cours de la discussion, il a été souligné qu’une attaque militaire directe de la Russie contre la Pologne n’était actuellement pas à craindre. Cependant, de graves menaces hybrides existent, notamment la propagation de la propagande mentionnée plus haut et l’exploitation du massacre de Volhynie pour attiser la haine mutuelle entre Polonais et Ukrainiens. Il faut également s’attendre, dans un avenir proche, à une recrudescence des actes de sabotage et à des tentatives plus fréquentes de violation de l’espace aérien du pays par des forces étrangères. Le vice-Premier ministre a réaffirmé que la Pologne continuait néanmoins à s’armer et à se préparer à tous les types de dangers, en mettant particulièrement l’accent sur la modernisation des systèmes de détection des menaces. Des fonds importants sont investis dans le développement de la défense aérienne, notamment dans les systèmes anti-drones et l’acquisition de drones de précision de pointe à longue portée (UAVs).
Faisant référence à une récente déclaration du général Michał Marciniak concernant la « couverture insuffisante » de la défense aérienne polonaise, Kosiniak-Kamysz a admis que « le temps est notre ennemi » et qu’on ne peut pas dire que l’infrastructure de défense soit actuellement au sommet de ses capacités. Toutefois, la modernisation des équipements et des systèmes se poursuit sans relâche. Il a résumé son intervention en soulignant les trois piliers de la sécurité sur lesquels le gouvernement fonde sa politique de défense : une société forte, une armée forte et des alliances solides. Le développement de chacun de ces éléments, et surtout leur synergie, sont essentiels à la sécurité globale du pays.
Constat : la Marine polonaise (Marynarka Wojenna), parent pauvre des forces armées
Guerre en Ukraine : la Pologne, belligérante à sa manière d’un conflit régional
Le sujet suivant abordé a été la situation en Ukraine et l’aide polonaise qui y est dirigée. Le vice-Premier ministre n’a pas caché son approbation des décisions prises par le président Andrzej Duda peu après le déclenchement de la guerre. Il a estimé qu’un soutien sans compromis et inconditionnel était nécessaire au cours des premières semaines des affrontements, alors que le sort de notre zone tampon de sécurité à l’Est était en jeu sous les yeux du monde entier. Dans le même temps, il a admis comprendre l’évolution de ce soutien et le changement de nature de celui-ci, passant d’un élan de loyauté pure à une relation de partenariat et d’affaires, cultivée dans un esprit de réciprocité et de développement d’avantages mutuels. En outre, il a évoqué la coopération avec le président de l’IPN, Karol Nawrocki, en matière de défense et d’aide à l’Ukraine, décrivant les efforts conjoints pour la sécurité des citoyens comme la plus haute raison d’État.
Le vice-Premier ministre a évoqué le ressentiment croissant envers les Ukrainiens au sein d’une partie de la population polonaise, qui résulte en grande partie des activités de propagande menées par des structures hostiles aux deux nations. Cette stratégie visant à semer la discorde exploite des faits historiques douloureux, tels que le massacre de Volhynie perpétré par la population ukrainienne entre 1943 et 1944, afin d’aggraver les divisions sociales et de détourner l’attention des Polonais de la menace russe. Il a toutefois été explicitement souligné que la vérité historique concernant les événements de Volhynie devait, en fin de compte, être reconnue par la partie ukrainienne. De plus, la conviction a été exprimée que « sans reconnaître la vérité sur la Volhynie, l’Ukraine ne pourra pas adhérer à l’Union européenne ». Kosiniak-Kamysz a insisté sur le fait que les chapitres sombres de l’histoire commune ne devaient pas laisser l’intérêt commun actuel des deux pays en matière de défense dans l’ombre, et que la priorité de la Pologne reste de soutenir stratégiquement l’Ukraine alors qu’elle défend farouchement la porte d’entrée de l’Europe.
La Diète adopte une résolution commémorant les massacres de Volhynie
Au cours du débat, le vice-Premier ministre a également fait une déclaration importante concernant la réaction de la Pologne face à une éventuelle agression russe contre les États baltes. Interrogé par M. Stanowski sur ce scénario, M. Kosiniak-Kamysz s’est déclaré tout à fait prêt à prendre des mesures décisives et à déclencher les procédures de l’alliance prévues à l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord. « Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que d’autres demandent l’invocation de l’article 5 en notre nom si nous ne la demandons pas nous-mêmes en cas d’attaque russe contre les États baltes », a déclaré le chef du ministère de la Défense, soulignant sans équivoque la nécessité pour la Pologne de respecter le principe de solidarité qui lie tous les membres de l’OTAN.
Pour lire cet article en polonais et consulter le carousel complet de photos, rendez-vous sur la page de notre partenaire Economic Forum en cliquant sur ce lien.
Pour nous soutenir :
Soutenez votre édition le petitjournal.com Varsovie

Sur le même sujet























