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Connaissez-vous l'Église uniate, instrument au service de la puissance polonaise ?

En 1596, l’union de Brest, en actuel Bélarus, marque la fondation de l’Église uniate sur le territoire de la République des Deux Nations, l’entité politique qui marque l’union entre le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie. Cette union permet à certains orthodoxes de reconnaître l’autorité papale tout en gardant leur autonomie au niveau des rites. D’abord outil servant à l’expansion orientale polonaise, l’Église uniate a su perdurer à travers les siècles et compte encore aujourd’hui plusieurs millions de fidèles. 

Eglise uniateEglise uniate
"Administrative divisions of the Greek Catholic Church in Polish-Lithuanian Commonwealth in 1772" par Mathiasrex et Maciej Szczepańczyk, disponible sur Wikimedia Commons sous licence CC BY-SA 3.0.
Écrit par Ethan Sebban
Publié le 4 octobre 2026

 

 

L’Eglise uniate en 2025 : une religion qui a traversé les âges 

Aujourd’hui, le terme d'Église uniate est une appellation générale caractérisant les Églises catholiques orientales, présentes en Europe centrale, en Europe orientale, au Moyen-Orient, et, dans une moindre mesure, en Inde du Sud et en Amérique. Ces Églises totalisent 14 millions de fidèles à travers le monde et sont caractérisées par un syncrétisme alliant la reconnaissance de l’autorité papale et une autonomie quant à leurs rites historiques, le plus souvent un rite hérité de la chrétienté orthodoxe. 

Le terme uniate a été utilisé pour la première fois par les élites polonaises et lituaniennes lors de l’Union de Brest en 1596. L’Église uniate issue de cette union compte encore actuellement plusieurs millions de membres sous le nom d’Église gréco-catholique ukrainienne, dont environ six millions de fidèles vivent en Ukraine.

Il est important de ne pas confondre cette Église avec une autre Église uniate présente dans la région : l’Église grecquo-catholique ruthène qui compte environ 400 mille membres, principalement dans les Carpates, et qui est issue de l’Union d’Oujhorod en 1646. 

 

💡 Étymologie du mot uniate

Le mot uniate provient du russe униат, uniat dérivé de уния, uniya qui signifie « union »


 

De l’union de Lublin à l’union de Brest

Le 1er juillet 1569, la Diète polonaise se réunit à Lublin, sous l’initiative du roi Sigismond II Auguste. Lors de cette réunion, le roi prononce l’union indissoluble du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie. Cette union marque la création de la République des Deux Nations, puissance catholique qui domine l’Europe centrale et orientale en s’étendant, à l’acmé de son expansion territoriale, de la Lettonie actuelle au nord jusque dans la plaine du Dniepr en Ukraine au sud, et en s’étendant à l’est jusqu’aux portes de Smolensk en Russie. 

Cette union politique est par la suite complétée par une union religieuse, sous le règne du roi Sigismond III. En 1596, un synode, réuni à Brest, ville du Bélarus actuel, proclame l’union de l’Église catholique de Pologne avec l’Eglise orthodoxe, qui prêche sur le territoire de la République des Deux Nations.

Cette union se fait au profit de l'Église catholique puisqu’en reconnaissant l’autorité papale, les ouailles orthodoxes se convertissent à la religion catholique mais gardent le droit de performer des rites qui leurs sont propres. L’union de Brest donne son nom à cette nouvelle Église qui se nomme uniate et dont la sphère d’influence s’étend principalement en Ukraine et au Bélarus actuels. 

 

💡 L’union d’Oujhorod : une autre Union de Brest

En 1646, 63 prêtres orthodoxes de Ruthénie subcarpathique, désormais nommé région des Carpates orientales et qui se trouve principalement à l’ouest de l’Ukraine, décide de se soumettre à l’autorité papale. Ces prêtres procèdent donc à la création d’une nouvelle Église uniate dans une région qui était à l’époque sous souveraineté hongroise et qui, de fait, n’était pas concernée par l’union de Brest. Aujourd’hui, cette Église uniate, issue de l’union d’Oujhorod, se nomme Église grecque-catholique ruthène pour ne pas se confondre avec l’Église grecque-catholique ukrainienne, héritière de l’union de Brest.
 


 

Un instrument au service de l’impérialisme polonais

À la suite de l’union de Lublin, la szlachta – la noblesse polonaise, investit les régions orientales du nouveau royaume, poussée par la certitude de tirer des profits exceptionnels des terres arables de la plaine du Dniepr. Ce territoire prend peu à peu le nom d’Ukraine, terme slave qui désigne une zone frontalière. Les habitants de cette région sont nommés les Ruthènes. 

L’Église uniate vise à convertir au catholicisme les peuples ruthènes afin de garantir le contrôle spirituel des territoires de la nouvelle République des Deux Nations. La conversion permet de maintenir les élites locales traditionnelles sous le joug de la République des Deux Nations. La liberté religieuse est accordée à la noblesse ruthène, néanmoins si les nobles ruthènes veulent bénéficier des privilèges de la szlachta, ils doivent se convertir au catholicisme, soit polonais soit uniate. Il en va de même pour le clergé orthodoxe ruthène lorsque celui-ci veut bénéficier des avantages du clergé catholique polonais. 

 

Ainsi, cette union offre une perspective bénéfique uniquement à la noblesse et au clergé ruthène. L’essentiel de la population, paysanne, rejette et résiste à cette nouvelle religion, synonyme de domination des nobles polonais. 

Pour l’historien français Daniel Beauvois, la création de l’Église uniate est une forme de l’impérialisme polonais, au sens d’une volonté expansioniste, devant permettre un ralliement pacifique à la polonité dans les nouvelles régions. Néanmoins, les résistances à l’Église uniate par la majorité des populations ruthènes, thème abordé dans la suite de cet article, remettent en cause la thèse d’un ralliement uniquement volontaire. 

Par exemple, l'évêque de Mohilev, unique siège orthodoxe en Pologne, Georges Koniski fait état en 1758 du sort de deux églises orthodoxes dans la voïvodie de Polotsk qui ont été privées de leurs terres et de leurs revenus, et dont leurs fidèles ont été violemment intimidés afin de rejoindre l’Église uniate. 

 

💡 Les Ruthènes

Le terme Ruthène servait, à la fin du Moyen-Âge, à désigner, de façon générale, les populations slaves de l’est de l’Europe. Ce terme regroupe les populations ancêtres des Bélarusses et des Ukrainiens actuels. 

Au cours de la période moderne, le terme de ruthène était le plus souvent utilisé pour désigner les populations slaves orientales de la République des Deux Nations, c’est-à-dire les populations slaves vivant à l’est du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie, sans être ni Polonais ni Lituaniens. 

 

 

Des résistances diverses face à ce syncrétisme

Dès le XVIIIe siècle, la domination polonaise, politique et religieuse, provoque un « irrédentisme ukrainien » - un « mouvement nationale » ruthènes s’opposant au joug polonais sur le plan religieux, culturel et politique. Ne voulant se soumettre à l’autorité de la République des Deux Nations, de nombreux paysans ruthènes fuient à l’est du Dniepr et rejoignent les Cosaques. 

Ces paysans ruthènes pratiquent, sous l’égide de Cosaques, une forme d’insurrection proche de la guérilla à partir des années 1730 : le haïdamak. Cette pratique est dirigée à l’encontre des envahisseurs de l’Ukraine actuelle : Polonais, Russe ou Tatar. Dans la partie sous contrôle polonais, les propriétaires terriens, les régisseurs juifs – c’est-à-dire l’administrateur d’un domaine, qui est souvent d’origine juive, et le clergé catholique uniate sont visés par des attaques meurtrières. En 1768, ce mode d’action atteint son paroxysme lorsque 2.000 juifs et catholiques se font massacrer. 

 

Le premier partage de la Pologne en 1772 marque le début d’une descente funeste pour l’Église uniate. La Russie et son clergé orthodoxe entreprennent d’effacer méthodiquement les traces de l’Eglise uniate sur les territoires que la Russie s’est emparée. 

Cet effacement fait suite à la manipulation des tensions religieuses par la Russie et la Prusse entre catholicisme, orthodoxisme et protestantisme qui ont servi de justification aux partages de la République des Deux Nations et du royaume de Pologne.


 

💡 Les Cosaques zaporogues

Les Cosaques des rives du Dniepr sont un groupe social semi-nomade composé de populations multiples qui s’installe en Ukraine actuelle aux alentours de 1490. Ils sont décrits par les sources de l’époque comme des mercenaires, des gardes-frontières, des guides de la steppe, des marchands, des diplomates, et souvent comme des pillards attaquant villages et caravanes. Peu à peu, les bandes cosaques ont accueilli les fugitifs des États voisins qui fuyaient, en famille, le servage, les lourds impôts ou la guerre.

Ainsi, les Cosaques de la région du Dniepr sont nommés Cosaques zaporogues et sont un amalgame de populations slaves venues du duché de Kiev ou de Biélorussie. Les Cosaques zaporogues sont principalement orthodoxes mais une minorité, de l’ordre d’un dixième, était des Polonais catholiques.


 

L’Eglise uniate à travers le XIXe et le XXe siècle

Après la chute de la République des Deux Nations, le processus d’élimination de l’Église uniate par la Russie s’est achevé en 1839 en Ukraine et Biélorussie actuels et en 1875 en Pologne occupée, avec la suppression du diocèse uniate de Chełm, dernier diocèse uniate de Pologne. De nombreux uniates sont obligés de se convertir à l’orthodoxisme ou d’adhérer au catholicisme de rite romain, et donc d’abandonner leur spécificité uniate. 

Il existe toutefois une exception dans la partie autrichienne de la Pologne où l’Église uniate est tolérée. 

 

Après la fin de la Première Guerre mondiale et le retour d’une Pologne indépendante, l’Église uniate resurgit quelque peu, notamment dans les régions à forte présence de populations ukrainiennes. 

 

Néanmoins, dès la fin de la Seconde guerre mondiale et le début de la domination soviétique, l'Église uniate est une nouvelle fois mise à mal. Dans les territoires de la République ukrainienne de l’URSS, les évêques de l’Église uniate sont arrêtés et condamnés à la prison, et les fidèles sont obligés de se convertir à l'orthodoxisme.

En Pologne, l’opération « Vistule » de 1947, conduite par les forces de la PRL – République Populaire de Pologne, marque le déplacement des Ukrainiens du sud-est de la Pologne vers l’Ukraine. Ce déplacement fragilise fortement l’Église uniate qui perd ses structures ecclésiastiques et qui abandonnent de nombreuses églises. 

La chute des régimes communistes à partir de 1989 permet un nouveau retour de l’Église uniate et de la pratique par ses fidèles en Pologne et en Ukraine. 

Aujourd’hui, en Pologne, l’Église uniate revendique 35.000 fidèles, contre six millions en Ukraine.



 

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