L’érouv : Quel est ce fil religieux qui entoure des quartiers juifs du monde entier ?

Par Anne-Claire Voss | Publié le 08/04/2022 à 10:45 | Mis à jour le 08/04/2022 à 14:46
lepetitjournal.com Tel Aviv décrypte pour vous cette tradition juive, implantée à l’international

Avez-vous déjà remarqué ce petit fil à symbolique religieuse, nommé érouv, qui entoure un quartier de votre ville ? Vous êtes-vous déjà demandé de quoi s’agissait-il et comment était-il perçu par la loi ? lepetitjournal.com Tel Aviv décrypte pour vous cette tradition juive, implantée à l’international.

 

Érouv : quel est ce fil juif qui entoure un quartier ?

Souvent passé inaperçu alors qu’il est juste au-dessus de notre tête, l’érouv (érouvin au pluriel) est la limitation tracée et bénie par un rabbin permettant à la communauté juive, durant Shabbat et d’autres fêtes religieuses, de réaliser des actions normalement interdites. Il est en effet défendu pendant Shabbat de transporter un objet du domaine privé vers le domaine public. Sac, parapluie ou livre… rien ne passe ! L’érouv rassemble alors les éléments et transforme des rues, des maisons et des commerces séparés en un seul et même terrain. Entouré de barrières, le domaine public devient privé et les règles s’allègent.

 

L’érouv naturel le plus grand d’Europe… à Strasbourg

L’érouv peut être déjà implanté grâce aux éléments naturels. Ils sont définis et bénis par un rabbin. À Strasbourg, le centre-ville est entouré par le Rhin, créant ainsi cette délimitation. Cet érouv alsacien est d’ailleurs considéré comme le plus grand d’Europe. Les Juifs peuvent donc dans cet espace porter leur sac ou balader leurs enfants en poussette sans inquiétude.

 

Carte de Strasbourg, permettant de voir l'érouv naturel autour du centre-ville
Carte de Strasbourg, montrant l'érouv naturel (avec le Rhin) autour du centre-ville

 

Les érouvins naturels ne sont cependant pas présents dans toutes les villes. Cette délimitation peut alors être symboliquement tracée à l’aide d’un simple fil tendu entre des arbres ou poteaux électriques.

 

Le Royaume-Uni, les États-Unis ou Israël dessinés par des érouvins

Nous peinons à croire que quoi que ce soit de suspendu puisse passer inaperçu, et pourtant, il existe dans de nombreuses villes des érouvins artificiels. Depuis 1914, un réseau de 30 kilomètres de fils translucides zèbre par exemple le quartier de Manhattan.

 

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L’érouv est monnaie courante aux États-Unis où la communauté juive est importante. Chicago, Atlanta, Baltimore, ou Dallas et bien d’autres villes sont concernées. Les synagogues orthodoxes new-yorkaises se cotisent même pour subvenir à l’entretien du réseau. Les fils sont alors inspectés tous les jeudis par un rabbin afin de vérifier leur bon état avant Shabbat. Si nécessaire, une équipe de maintenance vient les réparer le vendredi matin.

 

En Israël, le quartier Ramote Poline à Jérusalem est entouré d’une véritable clôture. Tel Aviv ou Bnei Brak bénéficient évidemment aussi d’un érouv artificiel.

 

Au Royaume-Uni, les quartiers Stamford Hill et Golders Green disposent aussi depuis longtemps d’érouv. En France, ces délimitations se trouvent à Strasbourg, Metz ou Reims. Au total 200 quartiers juifs seraient délimités dans le monde par un érouv.

 

L’érouv fait débat

Malgré la discrétion de ces fils, la question de l’érouv est parfois sensible. Certains les voient comme une récupération religieuse de l’espace public. En 2001, une demande pour un érouv dans un quartier montréalais avait été d’ailleurs refusée par les autorités de la ville, puis finalement accordée par la Cour supérieure du Québec. Paris ou d’autres agglomérations françaises ont vécu ce même dilemme où l’installation a été refusée.

 

Les lois autour de l’érouv sont aussi discutées au sein même de la communauté juive. Les ultra-orthodoxes estiment par exemple que l’érouv n’est pas cacher. Il n’est en effet pas une prescription qui apparaît dans la Torah, mais est issue du Talmud (un des textes fondamentaux du judaïsme). L’interprétation de l’érouv peut alors varier selon les différentes traditions communautaires. 

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Anne-Claire Voss

Anne-Claire Voss

Diplômée d'un Bachelor en Management et médiation culturelle à l'ICART (Paris), elle décide de réaliser un Master en journalisme à l'ISFJ (Paris) et de se former avec notre rédaction.
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