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Les missionnaires de l’Asie ou l’expatriation ad vitam

Par Justine Hugues | Publié le 19/12/2017 à 18:00 | Mis à jour le 20/12/2017 à 17:27
Photo : Le Père Damien Fahrner au Cambodge © MEP
père MEP Cambodge

L’évangélisation du continent asiatique est fondamentalement liée à l’histoire des Missions Etrangères de Paris (MEP). Depuis sa création en 1658, cette société de prêtres a envoyé près de 4.500 missionnaires vers l’Asie et l’océan indien. Portrait d’une institution qui continue de susciter des vocations, à l’heure où les diocèses français peinent à recruter.

 

Entre Matignon et l’ambassade d’Italie, en plein cœur du septième arrondissement de Paris, se cache un monumental jardin d’un hectare, construit par un disciple de Le Nôtre. Pères MEP de passage, jeunes en période de « discernement » et prêtres asiatiques en formation s’y croisent, sous les timides rayons d’un soleil automnal. C’est cet îlot de verdure chargé d’histoire que sept missionnaires ont quitté, le 1er octobre dernier, pour des cieux tropicaux. L’histoire des MEP commence au 17ème siècle, lorsque le missionnaire jésuite Alexandre de Rhodes, chassé de Cochinchine, comprend que les jeunes communautés chrétiennes ne pourront subsister sans prêtres locaux. Il défend l’ordination d’un clergé indigène, seul capable d’instruire les fidèles et de survivre aux persécutions. Aujourd’hui, du Japon à Madagascar, ce sont 13 pays qui accueillent presque comme les leurs, 200 prêtres français.

 

Voyage sans retour vers l’inculturation

« Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France? […] N’introduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne blesse ni les rites ni les usages d’aucun peuple, mais bien au contraire veut qu’on les garde et les protège ». Les instructions romaines de 1659 sont, aux MEP, toujours d’actualité. Pour Julien Spiewak, responsable de la revue de l’institution, « ce n’est pas l’export de la France en Asie. Les prêtres, avant leur travail pastoral, passent trois ans dans le pays pour apprendre la langue, connaître les us et coutumes ».

Pour le Père Damien Fahrner, missionnaire au Cambodge que nous avons interrogé, « la principale difficulté reste la langue, sans laquelle on ne peut pénétrer l’intelligence d’un peuple et sa culture. Pour le reste, je ne parlerai pas de difficultés, mais de nombreux défis à relever, qu’ils soient humains, sociétaux ou spirituels » L’inculturation commence à Paris lorsque les futurs missionnaires, en formation biblique et théologique dans leur diocèse, viennent 4 à 5 fois par an pour des modules spécifiques. En mission, il s’agit avant tout pour un Père MEP de s’adapter aux pratiques catholiques locales et de rester humble. « Lorsqu’un chrétien cambodgien m’en bouche un coin, par sa charité, sa foi, son ardeur », poursuit le Père Fahrner, « j’ai plus l’impression de recevoir que de donner. Bien que l’on trouve des différences mineures, liées à la jeunesse de l’Eglise ici - celle-ci n’a commencé à se relever de ses cendres que dans les années 1990-, et au contexte culturel, la foi que l’Église professe n’a pas varié dans son essence depuis 2000 ans… C’est du cœur des chrétiens cambodgiens que jaillira l’expression d’une foi inculturée. J’aurai beau faire, je resterai toujours français dans l’âme ». 

 

Père MEP Cambodge
                                          Le Père Fahrner dans sa paroisse © MEP

 

Des herbiers à la construction d’hôpitaux, une utilité sociale qui fait peau neuve

Pour Julien Spiewak, « l’apport des MEP dans un certain nombre de domaines scientifiques est très reconnu. On doit aux pères Delavay et Soulié la découverte de centaines de plantes, qui ont enrichi le musée d’histoire naturelle et la connaissance botanique en général. Les missionnaires ont également dessiné un grand nombre de cartes là où il n’y en avait pas et rédigé des dictionnaires et des grammaires dans une soixantaine de langues asiatiques ».

Aujourd’hui, cet utilitarisme français pour les trouvailles des missionnaires a davantage cédé le pas à des projets sociaux sur place. Construction d’un hôpital à Madagascar, vente en ligne de tissus Karen pour financer des projets dans les camps de réfugiés en Thaïlande : les pères MEP se doivent d’aider les plus marginalisés. Ils bénéficient depuis 15 ans du renfort de volontaires laïcs. 200 jeunes entre 20 et 30 ans sont envoyés chaque année pour des courtes missions variées : enseignement, soins, animation d’aumôneries, de centres pour handicapés ou enfants des rues…

 

 

Des Français de l’étranger pas comme les autres

« L’annonce de mon envoi au Cambodge était à la fois une surprise, car pour diverses raisons je m’attendais à être envoyé plutôt en Asie du Nord, et à la fois une suite logique de mon expérience passée. Indéniablement, ma vie devait être liée à ce peuple et à cette terre, comme un époux à son épouse… et c’est ma joie ». A l’exception de quelques Pères comme Damien Fahrner, qui avait fait, plus jeune, un volontariat MEP au Cambodge, la grande majorité des missionnaires sont envoyés à vie dans un pays dont ils ignorent tout. Une différence, et pas des moindres, avec leurs concitoyens expatriés. « A l’époque, il n’y avait aucun retour en France possible ; les trajets duraient des mois et certains prêtres n’arrivaient même jamais à destination », nous dit M. Spiewak. « Aujourd’hui, même s’ils restent des prêtres locaux ad vitam, ils reviennent quelques semaines tous les trois ans. Certains peuvent rentrer au bout de 40 ans pour administrer la maison mère. D’autres prêtres sont rattachés aux MEP pour quelques années, mais c’est très marginal ».

L’autre différence majeure réside dans les suspicions ou interdictions de séjour dont les prêtres français peuvent faire l’objet localement. A côté de la petite chapelle parisienne où sont inscrits les noms des 23 missionnaires, morts pour leur foi, qui ont été canonisés, M. Spiewak raconte les relations parfois tendues entre gouvernements et Églises locaux. « Parce qu’ils sont auprès de minorités persécutées ou font simplement partie d’une religion qui n’est pas celle de l’Etat, les Pères peuvent être dans des situations délicates ». Dans certains pays, les Pères MEP rencontrent parfois des difficultés pour renouveler leur visa. Dans d'autres, comme la Birmanie, trois Pères ont récemment pu, à l'inverse, intégrer des diocèses locaux après des décennies de fermeture.

Les liens entretenus par les Pères MEP avec les communautés françaises expatriées varient d’une mission à l’autre. Si le père Fahrner est davantage aux côtés des cambodgiens, dans le quartier de Silom à Bangkok, la paroisse francophone regroupe hebdomadairement, bon nombre d’expats, pendant la seule messe en français du pays.

Malgré les défis, les nouvelles vocations de missionnaires ne tarissent pas. « Ces dernières années, on a eu pas mal de séminaristes », explique M. Spiewak. « Quand on sait qu’il y a beaucoup de diocèses en France où il n’y a plus d’ordination, avoir récemment envoyé sept Pères en mission, c’est énorme ».

 

Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
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