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Isabelle DESJEUX - La curiosité au cœur même de l’art

Par Dominique Langlois | Publié le 02/03/2020 à 15:00 | Mis à jour le 03/03/2020 à 04:37
Photo : @Isabelle Desjeux
stenopé, papier maché, image inversée, Isabelle Desjeux, artiste-chercheur, Pinhole photography, Seeing the obvious, 3Pumpkins

Lepetitjournal.com a eu le plaisir de rencontrer l’artiste-chercheur Isabelle Desjeux au cœur des HDB de Lengkok Bahru. Son exposition « Pinhole in the Neighbourhood » va s’achever prochainement après 3 mois de présence active, d’apprivoisement d’enfants baignés de culture locale, de transmission de savoir et de curiosité mise en exergue. La photographie est abordée sous ses aspects les plus basiques, le sténopé, manipulé et abouti par les enfants eux-mêmes. Isabelle est une passionnée qui passionne en intégrant sa curiosité de chercheuse à la découverte naïve de l’art.

 

Lepetitjournal.com : Isabelle, pouvez-vous nous parler de votre parcours pour le moins atypique ?

Isabelle Desjeux : Ce qui me motive est de comprendre, c’est la curiosité qui me pousse. Détentrice d’un post doctorat en biologie moléculaire et travaillant dans un laboratoire de recherche je pratiquais déjà le dessin. En arrivant à Singapour rapidement les journées de travail, mon rôle maternel auprès de mes deux petites filles et mes activités artistiques ne pouvaient plus se combiner en une seule journée. Le premier janvier 2000 je décide d’être artiste à part entière. J’ai entamé un master en « Fine Art » à LASALLE College of the Arts. Cela m’a permis de m'intégrer dans la scène artistique locale et de comprendre pourquoi je faisais de l’art et comment je pouvais l’utiliser. J’ai choisi comme sujet de master de revenir sur la recherche, ma thèse de master était « Failures Another Biological Object ». Difficile à traduire sans apporter un caractère négatif à « failures», mais il s’agit de l’importance du ratage dans la recherche biologique.

 

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Le ratage est devenu mon objet de recherche, surréel et absurde, où il a un cycle de vie, une évolution. Le résultat de mon master était une grande installation de pataphysique. Il s’agit d’un mouvement fondamentalement français, commencé par Alfred Jarry et continué par Boris Vian, qui consiste à mener jusqu’au bout quelque chose d’absurde.

J’ai gagné un concours annuel à l’alliance française, parmi des artistes français et singapouriens, ce qui m’a permis d’exposer dans la galerie.

J’ai en parallèle travaillé sur un autre projet BUANG, the Lost Malay Scientist, un livre, qui reprend la question de « comment peut-on avoir une validité lorsque l’on n’est pas introduit dans le milieu » ? Qu’il s’agisse du milieu scientifique ou artistique. Ce qui m’intéresse c’est d’ouvrir la discussion là-dessus.

 

Quelles sont vos influences et inspirations ?

Je citerais Francis Alÿs, pour son travail qui met en valeur l’importance de la narration dans la création artistique. Ou comment la création d’une œuvre peut être le départ d’une histoire que l’on raconte. Mark Dion pour son travail connecté à l’histoire naturelle, son travail transdisciplinaire et l’utilisation de techniques de recherches d’autres disciplines dans la création d’œuvres artistiques. Et enfin Céleste Boursier-Mougenot pour la poésie de son travail, et la dimension collaborative de ses œuvres qui continuent de se transformer après leur installation grâce à la mise en place d’un dispositif permettant de créer un résultat incontrôlable.

 

Quelle place tiennent les enfants dans votre travail ?

La place des enfants est prépondérante dans mon travail. J’ai essayé de m’en détacher car on est souvent mis dans une niche ! On apparait rapidement comme professeur d’arts plastiques… On n’est alors plus invité en tant qu’artiste. Mais les enfants m’inspirent énormément.

 

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Je bénéficie d’un laboratoire à l’Observatoire au sein de la Blue House Preschool. C’est un studio indépendant en relation avec l’extérieur. Intégrer les enfants à mon travail d’artiste fonctionne. On me demande en échange du studio d’inspirer la communauté de l’école (les enfants mais aussi professeurs et parents y sont bienvenus). Si je travaille avec du papier mâché les enfants peuvent repartir en classe et travailler dessus. Si je travaille en camera obscura ils peuvent visiter l’atelier et s’en inspirer pour fabriquer la leur. Si je travaille avec des microscopes ils peuvent aussi les emprunter ou les refabriquer. Je suis amenée à travailler aussi à l’extérieur, de résidence en résidence. Mon studio est alors à la disposition d’artistes locaux, cela devient leur espace sacré pour un mois ou plus avec comme seule contrainte de s’impliquer et de partager avec les enfants. Une quinzaine d’artistes singapouriens sont déjà venus. Le but est de travailler sur quelque chose de nouveau, expérimental (une nouvelle matière, un nouveau projet, un nouveau sujet) mais toujours quelque chose de risqué. Ce qui est intéressant c’est le processus plus que le résultat.

J’interviens au lycée français avec les classes de CM1 via l’intervention de Nathalie Marcias, institutrice à l’IFS. Je propose une lecture performée en amphithéâtre puis de classe en classe, sur l’imprimerie avec des matériaux non classiques mais avec une presse ancienne. Prochainement je vais interagir avec les classes de CP sur le recyclage.

 

Quelles sont vos expositions artistiques notables passées et à venir ?

J’ai fait quelques expositions, notamment au Singapore Art Museum en 2014 sur les graines d’hévéa. Une autre exposition au ArtScience Museum sur les lentilles optiques, sujet qui rejoint le projet actuel. En 2018 une autre toujours au ArtScience Museum, en réponse à l’exposition WindWalkers de Theo Jansen. L’année passée, j’ai invité trois artistes singapouriens à collaborer avec des chercheurs en neuroscience à l’occasion d’un symposium de neuroscience. Cela a donné lieu à deux expositions, une au sein du symposium, l’autre à la Substation, une galerie indépendante dans le centre de Singapour.

 

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Je fais partie de collectifs :« The Artists Village », le « Wessex Art Walk », et plus récemment le « Fertile Art Refinery » qui permettent de présenter régulièrement des œuvres lors d’expositions collectives. Je fais également partie de l’Institute of Unnecessary Research, un groupe collectif international qui met en avant les pratiques de collaboration transdisciplinaire entre les arts et la science. C’est à travers ce groupe que je participe les 2 et 3 mars au symposium « Art-Sciences Residencies » à l’IRCAM à Paris (à distance, depuis Singapour).

L’exposition actuelle Pinhole Photography in the Neighbourhood s’intègre dans le projet pilote de Miss Lin Shiyun « Seeing the Obvious» au nom des 3Pumpkins. Elle se déplace dans les quartiers défavorisés de Singapour et développe des ateliers créatifs au sein des HDB avec les enfants. Aujourd’hui c’est à Lenkok Bahru. Le but est d’améliorer le quotidien des enfants de la communauté en s’entourant d’artistes et d’étudiants de polytechnique. Je joue ici avec la photographie au sténopé, je développe des moyens et des méthodes pour partager la technique avec les enfants et leurs familles. Ce projet vise à habiliter les enfants en leur apprenant à fabriquer leur propre appareil photo, à prendre des photos de leur quartier et à en partager le résultat et la technique. Ils transforment ainsi une vitrine en un espace de travail et d'exposition d'art communautaire. L'œuvre cherche également à découvrir l'impact social d'un espace d'art dans le quartier. Un livre est à venir reprenant ces recherches. Faisant suite à ce projet nous prévoyons avec Lin Shiyun pour mars 2021 une camionnette en camera obscura qui parcourra un quartier choisi par NAC pour leur programme de Arts in the Neighbourhood (NAC étant le mécène du projet). Seront projetées à l’envers à l’intérieur les images extérieures. Les spectateurs étant assis dans la camionnette.

J’aime dans l’idée d’une exposition, d’un laboratoire que le visiteur puisse se mettre à la place du chercheur et puisse manipuler lui aussi.

 

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@marihadalittlesheep

 

Merci Isabelle de nous avoir ouvert les portes de ton atelier de photographie au cœur des HDB et surtout celles de ton univers pour le moins déroutant. Voici le lien vers ses vidéos pour une appréhension de son monde plus imagée.

L’album de l’expo de Lengkok Bahru et 3Pumpkins

Blog: http://isabelledesjeux.com

Instagram: @idesjeux

Retrouvez Isabelle Desjeux sur L'Observatoire (the residency program of Blue House International School, Singapore) et  sur facebook 

Dominique Langlois, Petit Journal Singapour

Dominique Langlois

Orthophoniste de formation, aimant la langue française, la gastronomie et l’œnologie, Dominique se fait un plaisir de partager ses découvertes, ses rencontres et ses coups de cœur.
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