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« Figuring a scene », la nouvelle exposition de la National Gallery de Singapore

Lepetitjournal.com a pu visiter cette exposition, qui se tient jusqu’au 1er décembre 2024 dans l’espace Dalam Southeast Asia, en compagnie de son commissaire, Dr Patrick Flores. Celui-ci a partagé son éclairage de créateur, celui de la création d’une exposition comme celle-ci : quel chemin intellectuel il décide de tracer et quelles œuvres choisit-il pour venir nourrir ce chemin. Cet article vise à retranscrire son approche, et ainsi vous donner quelques clés participant à votre expérience personnelle de l’exposition.

Figure a scene est la nouvelle exposition de la National Gallery de Singapour.Figure a scene est la nouvelle exposition de la National Gallery de Singapour.
Figuring a Scene, vue d’ensemble (@National Gallery)
Écrit par Lucie Wullschleger
Publié le 23 avril 2024, mis à jour le 30 avril 2024

L’espace Dalam, un espace expérimental.

Tout d’abord quelques mots sur l’espace Dalam Southeast Asia et sa fonction au sein de la National Gallery. Cet espace accueille deux expositions par an et est dédié à l’expérimentation de nouvelles façons de créer des expositions mettant en lumière différemment l’art d’Asie du Sud-Est.

Quelle expérience alternative à l’exposition chronologique, historique, sociale ou thématique peut-on offrir aux visiteurs ? Comment faire naître chez le visiteur des sensations uniques, en créant un chemin particulier de juxtapositions artistiques ? L’espace Dalam tente d’y répondre.

Eclairage sur le titre de l’exposition

Dr Patrick Flores, revient sur le choix de ce verbe « Figuring » qui doit être compris dans le sens de « figuring out » : mettre en lumière, chercher à comprendre personnellement, trouver du sens pour soi.

La compréhension de l’art commence par son ressenti

Dr Patrick Flores prend le parti de se concentrer sur l’expérience, le ressenti personnel et unique du visiteur cherchant à créer par l’association de formes, mots, couleurs, volumes, concepts, des sensations faisant naître l’expérience de l’œuvre artistique. Ressentir pour comprendre.

L’exposition interroge la raison, et invite le visiteur à se connecter à ses propres sensations face aux œuvres mises ensemble. Elle invite à se reconnecter aux sources du matériel artistique sans explication, mais en s’attachant à une simple liberté de ressentir.

Ainsi Dr Patrick Flores nous rappelle que la compréhension de l’art passe avant tout par notre expérience sensorielle et nos émotions, quand souvent on cherche à se raccrocher à l’histoire, la chronologie, la thématique.

Il rappelle que chacun peut apprécier à sa façon les différentes facettes de ce choix d’œuvres qu’il a articulé autour de 6 épisodes présentant 1 à 4 œuvres d’artistes d’Asie du Sud-Est, utilisant des médiums très différents allant du texte à l’installation, en passant par la peinture, la photo ou la sculpture.

Les 6 Épisodes de Figure a scene

Episode 1 : Le Feu

Au travers de 3 représentations une peinte, une dessinée, une imprimée, Le Feu aborde les concepts de transformation de la matière, d’avant/ après, de destruction et reconstruction. Pour nous amener vers une nouvelle forme, urbaine.

Episode 2 : La Ville

2 sculptures en bois d’HDB s’élèvent et un texte d’urbanisme à l’origine de la stratégie urbaine résidentielle de Singapore érige cette habitation en symbole, en culture.

 

Dr Patrick Flores est le commissaire de l'exposition Figure a scene.
Dr Patrick Flores devant l’œuvre de Shui Tit Sing. « Cooperation » (@ National Gallery)

Episode 3 : Le Fruit

S’encrant dans sa mission de représentant de l’art et de la culture d’Asie du Sud Est, le durian est à l’honneur. Trois œuvres en juxtaposition invitant l’audience à l’exploration de ses propres sensations. “Vous ne ressentez rien ? Vous ne trouvez aucune relation entre les différents objets ? C’est tout à fait ok, aussi.” dit Dr Patrick Flores.

 

Le durian est au cœur d'un des épisodes de l'exposition Figure a scene.
Episode 3 : Le Fruit (@ National Gallery)

C’est un épisode puissant dans l’art qui se trouve entre les œuvres. Comment notre cerveau crée des sensations liées aux connections qu’il fait entre les pièces. Le cliché photographique montrant l’arbre et la nature calme et immense se trouve en arrière-plan d’une sculpture, forme matérielle ovale et géante, présence dans l’espace et symbole du fruit connectant avec la peinture à l’huile, sur votre droite, emplie de vie humaine et de couleurs. Cette association donne la sensation entière de l’expérience du fruit. Sans thème, sans histoire, sans explication. Désarticuler les conventions, les normes, dans un geste de curation unique pour faire valoir notre subjectivité personnelle et appeler nos sensations, nos émotions avant notre compréhension, tel est le dessein de Dr Patrick Flores.

Le chemin se trace d’épisode en épisode, du feu créant le néant, à la ville, renaissance vers la productivité humaine et ses dessous.

Episode 4 : L’Ombre

Un couloir isolé du reste de la salle, une œuvre de l’artiste malaisienne Sharon Chin pour parler à notre conscience et évoquer sous la forme d’ombres chinoises animales, une contradiction entre célébration et cataclysme : les animaux protestent et leurs ombres se forment sur les murs éclairés par la lumière des puits de pétrole enflammés.

Les ombres deviennent politiques et font le lien, ou non - libre à chacun - avec la crise écologique et la surproduction humaine.

 

L'épisode 4 de l'exposition Figure a scene a pour thème l'ombre.
Creatures on the Move (In the Death of Night) by Sharon Chin (@ National Gallery)

Episode 5 : L’Air

Trois tableaux, photographies et peinture, font écho au mystère, substance immobile en mouvement, visible et invisible, et comment le médium artistique rend visible l’atmosphère : néant omniprésent qui se lie avec le thème de l’épisode suivant.

Episode 6 : La Cire

Dans Remains, pièce phare et ambiguë de l’artiste contemporain philippin Renato Habulan, on reconnaît des mains de bois de statues d’églises mises en rangs concentriques comme un mandala autour d’un trône occupé par une sorte de jeu d’échecs. En fond, une forêt de morceaux de bois se dresse à la verticale, notre regard s’y plonge et reconnait soudain un fémur ou une grenade. Signes de religion, de pouvoir et de guerre se mêlent, encrés, coulés dans un bain de cire. Libre au visiteur de lier, ou non, l’œuvre aux affrontements dans le sud des Philippines entre catholique et musulmans, ou, plus globalement, d’interroger le rôle de la religion dans le théâtre de la guerre.

Dr Patrick Flores, termine notre visite par l’œuvre la plus lourde de sens et la plus connectée à l’histoire actuelle et l’on en profite pour refaire un tour visuel de l’espace qui nous entoure pour se rendre compte que tout recommence. Notre regard repart vers la droite, le feu, destruction et un recommencement certain. L’impression d’être au centre d’un cercle de vie qui recommence sans cesse : feu, ville, fruit, ombre, air, cire.

Espérons que cet éclairage du travail du Dr Patrick Flores vous incitera à visiter cette exposition et vous aidera à apprécier ce beau parcours sensoriel de l’espace Dalam.

Remains de l'artiste philippin Renato Habulan fait partie de l'exposition Figure a scene à la National Gallery.
« Remains » par Renato Habulan (@ National Gallery)

 

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