Exposition – EUROPA OXALÁ à la Fondation Gulbenkian

Par Thomas Ladonne | Publié le 01/06/2022 à 22:55 | Mis à jour le 02/06/2022 à 10:45
Photo : ©T. Ladonne
Exposition Europa Ooxala

Depuis le 4 mars, la Fondation Gulbenkian présente dans le cadre de la Saison France-Portugal, l’exposition EUROPA OXALÁ. Lepetitjournal.com revient sur ce rendez-vous culturel qui se terminera le 22 août.

 

La Saison France-Portugal 2022, lancée depuis le 16 février 2022 fait définitivement naître des initiatives riches. EUROPA OXALÁ en est le témoin. Cette exposition étonnante et resplendissante de cohérence est visitable à la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, depuis le 4 mars et jusqu’au 22 août.

Europe Oxala
©T. Ladonne


EUROPA OXALÁ, l’héritage des anciennes colonies françaises et portugaises d’Afrique

Dans cette vaste galerie d’exposition temporaire de la Fondation Gulbenkian, la nouvelle pièce phare du catalogue du musée, EUROPA OXALÁ, s’approprie parfaitement les lieux. L’exposition veut montrer un art qui provient de l’héritage des anciennes colonies françaises et portugaises d’Afrique. Les descendants des victimes de la colonisation s’expriment et façonnent EUROPA OXALÁ.

En arpentant l’exposition, notre œil se pose sur des œuvres d’artistes ayant pour origine le Congo, le Bénin, l’Algérie, Madagascar, d’anciennes colonies françaises, mais aussi l’Angola, une ancienne colonie portugaise. A travers des souvenirs, des histoires, des habitudes, des images, ces artistes se sont approprié cet héritage à leur manière, laissant leur art s’exprimer sous différentes formes.  
Ainsi, près de 60 œuvres sont exposées. Elles sont une réflexion sur le racisme, sur la décolonisation des arts, le statut de la femme dans la société, la déconstruction de la pensée coloniale. Nombre de thèmes qui font écho avec les temps qui courent, et qu’il est bon de voir sous un œil artistique.

 

Exposition Europa Oxalá
©T. Ladonne


Un art sous toutes ses formes

Loin de là l’exposition rectiligne de tableaux se succédant avec un espace blanc entre chaque pièce identique au millimètre près. La galerie de la Fondation Gulbenkian est profonde et en longueur, ce qui s’accorde parfaitement avec EUROPA OXALÁ : on avance petit à petit, en découvrant chaque pièce une par une, parfois en revenant sur nos pas. C’est une véritable promenade au milieu du florilège d’œuvres que propose l’exposition.

Il est aussi remarquable que les œuvres exposées soient faites de multiples techniques artistiques. On retrouve de la peinture, de la photo, du dessin, de la céramique, des installations – dont un espace occupé par un champ de pots de fleurs, et un grand globe terrestre tournant à grande vitesse sur lui-même, symbole de l’exposition – ainsi qu’une large place accordée à la vidéo.
La vidéo est effectivement centrale dans cette exposition. Au détour d’un ensemble de photographies ou d’une grande toile en deux parties, des petites salles plongées dans le noir s’offrent à la poursuite du parcours. Ces salles se comptent au nombre de quatre. La vidéo semble être un moyen d’expression plus concret pour dénoncer les traumatismes des relations afro-européennes à travers les siècles.

 

Exposition Europa Oxala
©T. Ladonne


Focus : Mélas, un court-métrage surprenant

Une de ces vidéos retient l’attention. C’est un court-métrage intitulé Mélas, réalisé par Joséfa Ntjam en 2020. Ce film de 11 minutes 32 secondes mêle l’art moderne à l’évolution du digital, en tendant la main à une promenade graphique sous-marine. Au bout de ce sentier aquatique, le message politique de l’artiste nous parvient. Persona, un personnage répétant des phrases de manière plus ou moins robotique interpelle le spectateur. Une réflexion sur « l’origine » débute alors. Persona explique qu’elle est un cyber-masque étant une sorte d’évolution de la « mélas », une matière noire qui semble être à l’origine de la diversité. Persona révèle alors que l’origine est diverse, elle est plusieurs et plurielle. Cette immersion sonore et visuelle amène à se questionner, à réfléchir, sur ce pan de l’Histoire.

 

Exposition Europa Oxala
©T. Ladonne

 

Une invitation à la réflexion

Cette exposition a évidemment un caractère politique. La colonisation a eu des répercussions sans équivoque sur l’histoire des relations entre les pays africains et les colons européens. Pourtant, on ne ressent pas une volonté de la part des artistes de faire le procès du fait colonial. Ce qui est frappant, c’est cette envie d’affirmation, de montrer que leur art, de par leurs héritages personnels et communs à la fois, prend une dimension existentielle et réflective puissante.

 

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Maria Sobral

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