Filiale de l'Agence française pour le développement (AFD), Proparco (Promotion et participation pour la coopération économique) propose des financements dans le secteur privé avec pour objectif une croissance et un développement durable dans les pays émergents. Lepetitjournal.com a rencontré Myriam Bouslama, la responsable de la zone Amérique du Sud, et Etienne Le Pargneux, chargé d'affaire dans leurs bureaux de São Paulo.
Lepetitjournal.com - Qu'est-ce que Proparco ? Quelle est sa relation avec l'AFD ?
Myriam Bouslama et Etienne Le Pargneux - Proparco appartient au groupe AFD, établissement public au c?ur du dispositif français de coopération qui est rattaché au ministère de l'Economie et des finances ainsi qu'à celui des Affaires étrangères. Filiale de l'AFD créée en 1977, Proparco a pour mission de favoriser les investissements privés dans les pays émergents et en développement, en faveur de la croissance et du développement durable. Proparco vient compléter l'offre de l'AFD en adoptant la même philosophie, mais exclusivement au profit du secteur privé. L'AFD recourt à des fonds publics, alors que Proparco est une institution financière dont près de 40% de l'actionnariat est privé. Sur le plan mondial, Proparco compte 180 employés et un réseau de 11 bureaux de représentation.
Quand le bureau Amérique du Sud a-t-il ouvert ses portes ??
A l'origine, l'AFD a été fondée principalement pour accompagner les anciennes colonies, donc l'organisme est particulièrement présent sur le continent africain qui demeure une priorité. Mais peu à peu les zones couvertes ont été étendues. La présence de Proparco en Amérique du Sud est très récente puisque nous nous sommes installés à São Paulo (seul bureau de Proparco sur la zone, ndr) en 2007. L'AFD a ouvert à Brasilia la même année. Les deux premières années, Proparco a d'abord concentré ses activités sur le Brésil avant d'aller explorer les pays voisins dès 2009. Le bureau est composé d'une équipe de six personnes : une représentante régionale, son adjoint, trois chargés d'affaire et une assistante.??
Dans quels pays agissez-vous ??
Outre le Brésil, nous couvrons depuis São Paulo les 12 pays d'Amérique du Sud et intervenons activement en Argentine, au Paraguay, en Uruguay, en Bolivie, au Pérou, au Chili et en Equateur. La Colombie est une priorité pour 2015, tandis que le contexte politique n'est pas favorable à une entrée au Venezuela.
Quelle est votre philosophie d'intervention ?
Notre postulat, dans la lignée de celui de l'AFD, est double. Tout d'abord, pour que le développement des pays se fasse de manière pérenne, l'aide doit être faite sur une base "gagnant-gagnant". Nous ne proposons pas d'aide humanitaire, mais tissons des liens commerciaux pour tirer le pays vers le haut de façon durable. Par ailleurs, le cadre économique du pays doit être sain, son industrie dynamique et attrayante pour les investisseurs. Nous souhaitons démontrer qu'il est rentable d'investir au Sud et tentons d'inciter les banques commerciales locales à miser sur les entreprises locales. Nous nous positionnons donc en complément de l'offre commerciale pour répondre aux insuffisances de marché. En fonctions des zones, nous fixons des priorités dans nos champs d'action, mais nous visons à investir dans des initiatives qui soient le plus exemplaires possibles sur le plan environnemental et qui propose un développement responsable sur le plan social, ce qui passe notamment par des contrats de travail et des conditions de travail décents.??
Combien de projets ont déjà été élaborés en Amérique latine ?
On compte 28 projets, dont 15 au Brésil. Chaque projet met environ une année à se concrétiser.
Dans quels domaines intervenez-vous prioritairement ?
Les secteurs d'activité sur lesquels nous travaillons sont variés. Dans le domaine de la santé, Proparco a participé au financement de projets pour les hôpitaux Sirio Libanes et HCor à São Paulo. Pour l'éducation, nous intervenons à tous les niveaux de l'enseignement, et nous pouvons également travailler avec des entreprises fournissant du contenu éducatif. Au Brésil, nous avons soutenu le projet de l'institution Anhanguera, qui vise le public d'élèves de la classe moyenne et souhaite ouvrir plus de centres à travers le pays. Le climat est aussi l'une de nos priorités : sont donc financés à long terme des projets d'énergie renouvelable (éolien, petites centrales hydroélectriques, etc.), comme ce fut le cas par exemple avec le parc éolien AKUO en Uruguay. Sur le plan des transports, sont favorisés les projets visant à réduire l'utilisation de la voiture et des camions (métro, tram, transport fluvial). La question de l'eau et de l'assainissement est également un grand sujet au Brésil : c'est un secteur encore dominé par les instances publiques, qui n'ont pas les ressources suffisantes pour couvrir les immenses besoins d'investissements et améliorer le service rendu aux populations. Le secteur privé a donc un rôle très important à jouer sur ce secteur. Dans le domaine de l'agro-industrie, Proparco peut financer toute partie de la chaîne de valeur (depuis la production jusqu'à la consommation d'aliments). Restant dans l'idée de la sécurité alimentaire, nous ne finançons pas les produits OGM. Au Brésil, un prêt a été accordé à l'entreprise Guarani, productrice de sucre, qui souhaitait se moderniser. Nous intervenons également auprès des banques et des services de microfinance. Proparco offre une ligne de crédit à ces banques, les fonds sont alors dédiés aux petites et moyennes entreprises, clientes des banques, et dont l'activité est correspond au mandat de Proparco. Enfin, des financements peuvent également être réalisés dans le secteur du tourisme, comme par exemple la construction hôtelière. Nous estimons ce secteur intéressant dans la mesure où il permet de stimuler l'économie locale. Nous restons toutefois très exigeants concernant les impacts sociaux et environnementaux de ce type de financement.
Quels sont vos moyens financiers d'intervention ??
Nous portons un intérêt aux projets sur le long terme (5 à 18 ans) pour lesquels les banques sont parfois plus frileuses. Le financement peut prendre deux formes : du simple crédit bancaire à la prise de participation minoritaire dans le capital de l'entreprise. Mais cette pratique permet, en participant au conseil d'administration, d'apporter notre regard afin d'aider l'entreprise à se structurer. Sur le plan mondial, Proparco possède actuellement un portefeuille constitué à 85% de prêts, mais souhaiterait développer la part de participation au capital des entreprises. Les relations de confiance tissées avec les acteurs du marché brésilien permettent aujourd'hui d'envisager une croissance de ces prises de participations.
Quel est le portefeuille de Proparco en Amérique latine ?
400 millions d'euros de projets ont déjà été apportés en Amérique du Sud, dont 260 au Brésil. Pour 2014, l'objectif est d'avoir signé 145 millions d'euros supplémentaires, dont 115 millions de crédits et le reste en fonds propres.
Propos recueillis par Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 4 novembre 2014


































