

Francis Evrard, 63 ans, déjà condamné à huit reprises depuis 1965, a passé 35 ans de sa vie en prison. Son procès pour le viol d'Enis s'est ouvert lundi et doit durer cinq jours. Le verdict est attendu vendredi.
Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Les deux premiers jours ont été marqués par les aveux d'Evrard et par les témoignages émouvants de la famille de la victime. Les experts eux sont unanimes, Evrard est un pervers.
Rappel des faits
Le 15 août 2007, à peine un mois après sa sortie de prison où il avait purgé une peine de 17 ans pour le viol de deux petits garçons, Francis Evrard enlève à Roubaix. Enis alors âgé de cinq ans. Il séquestre alors l'enfant dans son garage et le viole. Ce n'est que tard dans la nuit que la police les retrouvera grâce au plan Alerte enlèvement.
Mi-octobre, Evrard écrit au président de la République lui demandant sa castration physique.
Evrard avoue son crime sans grande conviction
Le procès s'est ouvert lundi sur les aveux du pédophile. Francis Evrard (AFP) reconnaît mollement les faits « il est temps de dire que c'est vrai. J'ai toujours un doute, mais je pense que si on dit que je l'ai fait, c'est que je l'ai fait. » et les experts expliquent son geste par des « pulsions » et par son viol à l'âge de 10 ans par un homme de 20 ans. Il accuse également la justice « si on m'avait donné le traitement hormonal, je ne serais pas là » (à sa sortie de prison en 2007, il s'était fait prescrire du viagra). Bombardé par les questions des avocats, il explose finalement et déclare «Enis n'a subi aucun préjudice physique, que je sache. » Aussitôt suivi par le père d'Enis qui lui hurle « Je vais te tuer ».
Une vidéo de l'enfant bouleverse l'assistance
Mardi a été une journée riche en émotion. Le matin a été entendu le témoignage vidéo du petit Enis. Le film en noir et blanc d'une durée de 22 minutes montre la victime interrogée peu après sa libération par des enquêteurs. A l'issue du visionnage de la video, Evrard déclare : « Ca m'a fait vraiment mal au coeur de le voir là dans un lit. J'ai même eu des larmes quand je l'ai vu tout à l'heure. Si j'ai eu un sourire, c'est à cause de ses réponses, parce qu'il est marrant. »
La confrontation entre le père et le pédophile récidiviste a également eu enfin lieu, Mustafa K, le père de l'enfant, sanglotant, a raconté l'enfer qu'est devenue sa vie depuis ce triste jour d'août 2007. «Depuis deux ans, j'ai fait des dépressions, je suis devenu alcoolique et j'ai perdu mon boulot. Tout ça à cause de lui».
Les experts sont unanimes
Le deuxième jour du procès a aussi été marqué par les témoignages des experts psychiatriques qui, unanimes, soulignent une personnalité perverse sur laquelle les traitements hormonaux ont peu de chances de réussir. Déjà en 1973 le rapport d'un expert concluait "Il n'est ni curable, ni adaptable. Il représente pour la société française une impasse tant pour la psychiatrie que pour la répression pénale". Francis Evrard avait alors 27 ans. Jean-Pierre Choquet qui avait examiné l'accusé à Caen en 2000 et 2002 a déclaré douter de l'efficacité d'une castration chimique sur lui « Mais il n'empêche pas la tête d'avoir des pensées perverses et d'utiliser d'autres moyens pour assouvir sa perversion. »
Magali MASSA (www.lepetitjournal.com) jeudi 29 octobre 2009
En savoir plus:
Article du Monde- Francis Evrard, une vie de pulsions
Article du Point- Criminels sexuels: le député UMP Eric Ciotti propose un durcissement de la loi
Un procès qui intervient en plein débat sur la récidive
Le débat avait été relancé suite au meurtre récemment de la joggeuse de l'Essonne. La polémique rebondit avec le procès. Le député UMP Eric Ciotti en a profité mardi pour déposer à l'Assemblée nationale trois propositions de loi pour "renforcer les moyens juridiques des forces de l'ordre et des magistrats face aux criminels sexuels récidivistes"et rendre la castration chimique obligatoire dans certains cas. L'élu revendique le contexte dans lequel il dépose ces propositions "alors que le procès du pédophile récidiviste Francis Evrard vient de s'ouvrir devant la cour d'assises de Douai pour l'enlèvement et le viol du petit Enis le 15 août 2007, 45 jours après sa sortie de prison".


































