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PORTRAIT - La grâce de Garrel

Héritier d'une belle lignée, Louis Garrel promène depuis quelques années son charme désinvolte dans le cinéma d'auteur. Il est à l'affiche de La Belle personne, une transposition délicate de La princesse de Clèves dans un lycée parisien

Le cheveux en bataille et le regard noir, Louis Garrel vient d'une illustre famille (photo Le Pacte)

Penser Garrel, c'est avant tout penser filiation. Si les allures de jeune premier romantique de Louis font aujourd'hui les couvertures des magazines, sa jeunesse ne fait pas encore tout à fait oublier l'immense acteur de théâtre et l'intense second rôle à l'écran que fut, et est toujours, son grand père Maurice.
De même, le nom de Garrel reste, pour les cinéphiles, celui de Philippe, son père, réalisateur exigeant, compagnon de route de l'icône Nico -avec qui il a tourné Les cicatrices intérieures en 72, et architecte d'une ?uvre rigoureuse et personnelle, volontiers en noir et blanc.
Hérédité de première classe, donc, pour le petit Louis qui avait 6 ans en 1989 lorsqu'il est apparu pour la première fois devant la caméra paternelle dans Les baisers de secours.
Cet arrière plan art et essai intello fait sans doute partie intégrante de son charme. A 25 ans, Louis Garrel sait incarner ce que sa génération a de plus libre en assumant le lien au passé.

A la Léaud
Le hasard veut que Mai 68 ait marqué fortement son début de filmographie. Sous l'oeil de Bernardo Bertolucci, il insufflait un certain trouble à Innocents (The dreamers) aux côtes d'Eva Green. En 2005, son magnétisme s'imposait et il obtenait le César du meilleur espoir masculin pour Les amants réguliers, une grande évocation des barricades et de leur après signée par son père.
Mais c'est peut-être la rencontre avec Christophe Honoré, le cinéaste français actuel qui assume le plus ouvertement l'héritage de Truffaut ou des films en-chantés de Demy qui permet, à ce jour, de cerner le mieux la palette accrocheuse de l'acteur.  
En quatre collaborations (Ma mère, Dans Paris, Les chansons d'amour et La belle personne), s'est dessiné un personnage qui alterne, avec une virtuosité désinvolte, les allures ténébreuses, les moues d'enfant gâté, les douleurs intérieures et les fantaisies les plus inattendues. A l'image de Jean-Pierre Léaud, Louis Garrel émet par la voix, les regards, le corps, une musique à part. Il impose une manière d'être à la fois proche et déroutante. Cette façon de tordre le réel à soi, de bousculer le jeu, à quelque chose de ceux que Deleuze qualifiait de "non-acteurs professionnels"en pensant aux comédiens de la Nouvelle-vague. Comme eux à leur âge, Louis est porté par une grâce qui semble devoir se prolonger.
Après un détour devant la caméra de sa compagne Valeria Bruni Tesdeschi dans Actrices, le beau Louis sera de nouveau à l'affiche d'un film de son père en octobre : La frontière de l'aube.
Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) mercredi 8 octobre 2008
Article initialement paru le lundi 22 septembre 2008

Bande annonce de La belle personne

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