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Portraits de New-Yorkais: Victor, le regard différent de l'autiste

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Écrit par Nicolas Cauchy
Publié le 29 mars 2023, mis à jour le 29 mars 2023

Entrepreneurs, conjoint, de passage ou établi : cette rubrique dresse le portrait d'expatriés à New York.

Aujourd'hui, Victor et son combat avec l'autisme. 

"Je suis autiste. Je suis pris par les bruits. Le métro. La foule. J’entends tous les sons. Je n’arrive pas à les ignorer. Tellement de choses en mouvement, surtout à New York. C’est parfois insupportable. 

Il faut que je trouve un job. Tout seul, je ne sais pas dans quelle direction aller. Je sais postuler, remplir un formulaire, mais passer un entretien, c’est plus compliqué. Il y a trop de choses qui me paralysent. J’ai besoin d’aide. 

J’ai été diagnostiqué à l’âge de 4 ans. Nous habitions Londres. J’avais du mal à échanger avec les enfants de mon âge. À l’école, j’évitais les contacts et les sports de groupe. Je préférais lire des encyclopédies pendant la récréation. Je n’ai pas parlé pendant une année entière et à la maison, je ne m’adressais à ma mère qu’en Anglais, alors qu’elle est Française. 

Vers mes 8 ans, nous avons déménagé à Larchmont, à une vingtaine de kilomètres au nord de New York. Nous n’étions que trois Français dans l’école et, venant de Londres,  je n’avais pas les mêmes références. Évidemment, tout le monde jouait au football américain, mais pas moi. J’ai essayé, mais j’ai détesté les plaqués et aussi la texture des vêtements. Mais j’adore voir les matchs. Je suis un grand supporter. 

On s’est aperçu que je souffrais également d’Auditory Processing Disorder. Je perdais le fil de ce qui m’était dit si on ne prenait pas le temps de me répéter les choses calmement. J’avais aussi du mal à visualiser quand je lisais un récit. J’adore la « non-fiction », mais je suis incapable de lire un roman parce que la lecture ne crée aucune image. Quand on m’a demandé de résumer Harry Potter, j’ai répondu que c’était une histoire de hibou. Je ne pouvais pas en dire plus. Je suis plus à l’aise avec les « graphic novel ». 

Comme j’écrivais très lentement, j’ai demandé un ordinateur et dès l’âge de 11 ans, l’école m’en a donné un et j’ai continué à écrire comme ça ensuite. À l’époque, ce n’est pas une chose dont j’aurais pu bénéficier en France, avec leur système de dictées et toute cette rigidité. 

À ce moment-là, je me sentais très seul. Je n’arrivais pas à me faire des amis. Comme je faisais le CNED en parallèle le week-end, j’ai raté à peu près tous les anniversaires de ma classe.

Puis, j’ai changé d’école pour aller à Greenwich entre onze et treize ans. J’adorais les longs trajets en bus qui nous permettaient de jouer à Mario Kart sur nos DS. À la fin de l’année scolaire, on se retrouvait tous dans un grand parc aquatique à Portland, Connecticut pour s’amuser. Ce sont vraiment mes meilleurs souvenirs. 

Ensuite, nous sommes revenus à Londres et mes parents m’ont inscrit dans une école pour dyslexiques qui ne préparait pas aux études supérieures, si bien que j’ai dû de nouveau changer d’école. Je n’arrivais pas à me faire d’amis. J’étais souvent en décalage parce que les autres jouaient à des jeux que je ne connaissais pas. Ou bien parlaient de fêtes auxquelles je ne participais pas, à cause du bruit et de l’alcool que je ne supporte pas. Je ne parvenais pas à connecter. 

J’avais du mal à regarder les autres dans les yeux, à interpréter leurs expressions. Est-ce que je l’ennuie ? Est-ce que je l’intéresse ? Je n’ai pas suffisamment de liens avec les autres pour savoir si j’éprouve de l’empathie. Je pense que oui. Mais la plupart du temps, je ne sais pas comment réagir. 

Finalement je suis diplômé et j’intègre une université au Canada : l'Université de Montréal. L’enfer. Tout à coup, je me retrouve au milieu de deux-cents élèves d’un niveau nettement supérieur au mien, sans aucune aide, livré à moi-même. 

Ma coloc, en revanche, se passe super bien. On se réunit tous autour de Friends le soir. La propriétaire m’adore. Une Russe qui s’occupe de moi comme son fils. Je découvre le basket. Malheureusement, mes résultats ne sont pas à la hauteur et ma mère me fait revenir à New York en cours d’année pour m’inscrire dans une université privée à Manhattan. Comme je ne bois pas d’alcool et que je ne supporte pas le bruit, personne ne m’invite aux soirées. Je prends des cours de dessin en parallèle. 

En 2018, j’intègre une nouvelle université dans le Vermont. Un « Dry Campus ».  Les élèves ne boivent pas parce que tout le monde est sous médicaments. Je m’essaye au codage sans succès, mais, au moins, je me fais une bande d’amis. Enfin ! J’ai exactement ce que je cherche depuis toutes ces années. Je sors même avec une fille, autiste elle aussi, même si c’est plus difficile pour elle de l’admettre. Je suis connu comme « le Français » et discute politique américaine avec des étudiants canadiens. 

Jusqu’au COVID qui a tout mis par terre. 

J’ai été diplômé en décembre et depuis, je cherche un job. J’ai travaillé à la librairie Albertine sur leur base de données. Je postule et passe des entretiens. Tout est plus compliqué ici. Les gens sont très sollicités. Tout le monde adore NYC, sauf moi. C’est une ville très solitaire. J’ai été diplômé en décembre et depuis, je cherche un job. J’ai travaillé à la librairie Albertine sur leur base de données. Je postule et passe des entretiens. Tout est plus compliqué ici. Les gens sont très sollicités. Tout le monde adore NYC, sauf moi. C’est une ville très solitaire. Mais je ne suis plus seul !

Depuis plusieurs mois, je suis accompagné par une amie, Elsa de Saignes qui m’aide à avoir davantage confiance en moi. Et c'est cette confiance qui m'a donné l'envie d'ouvrir un blog sur les USA que le Petit Journal a repris et m'a permis de rencontrer Dylan Thuras, le fondateur d’Atlas Obscura, un magazine online qui publie des articles sur des destinations secrètes et uniques. 

Désormais, je me présente en tant qu’autiste qui voit les choses différemment. Je collectionne les objets que je rapporte de mes voyages. Un peu comme sur la Tribune Tower de Chicago : je voudrais montrer qu‘on trouve des choses intéressantes partout dans le monde, et mon blog est un moyen de les rassembler en un seul endroit."

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