Mercredi 2 décembre 2020

À NY, écoles et enseignants réagissent à l’assassinat de Samuel Paty

Par Rachel Brunet | Publié le 20/10/2020 à 00:33 | Mis à jour le 20/10/2020 à 10:33
Assassinat Samuel Paty

Un peu partout dans l'Hexagone, des manifestations ont eu lieu pour rendre hommage à Samuel Paty, ce professeur d’Histoire-Géographie sauvagement assassiné vendredi alors qu’il quittait le collège de Conflans-Sainte-Honorine, où il enseignait. Décapité pour un cours dédié à la liberté d’expression, c’est toute la République française avec ce qu’elle a de plus beau, de plus noble qui est visée : l’enseignement, la liberté, la liberté d’expression. Le président Macron a déclaré « l’obscurantisme ne passera pas », et pour cause. Dans notre pays de liberté, l’enseignement est un droit, une valeur, un fondement. Par cet acte terroriste, la France est de nouveau meurtrie, au sein même de son système éducatif, où enseignants dévouent leur carrière à un engagement : faire grandir les élèves, leur donner le savoir et le recul nécessaire à une bonne perception des choses. Leur permettant d’être, de penser, d’être libre. Monsieur Paty est mort à cause d’une leçon d’Enseignement Moral et Civique dont le contenu a été déformé puis amplifié par des moyens numériques. La haine a fait son chemin sur les réseaux sociaux, comme trop souvent ces dernières années.

Notre édition est partie à la rencontre d’enseignants et de directeurs d’écoles de la circonscription. Tous expatriés. Tous dans la région de New York. Avec des valeurs communes : enseigner, transmettre la liberté de penser et défendre les valeurs de la République.

 

Assassinat Samuel Paty

©️Plantu

 

 

Annie Michel, enseignante à Rye Country Day School et Conseillère des Français de l'Etranger

Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, a été lâchement assassiné pour avoir enseigné la liberté d’expression dans son cours d’EMC (Enseignement Moral et Civique), valeur cardinale de notre République. Je suis profondément choquée et je ressens tristesse, incompréhension et injustice face à ce drame barbare d’un extrémiste radicalisé.

J’enseigne depuis 1971 en lycée et j’ai toujours intégré dans mes cours de français, l’enseignement de l’esprit critique des valeurs républicaines selon les termes de la Constitution de la Ve république « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale » à travers l’étude des textes de Hugo, Zola et Camus, et autres auteurs. Cette manifestation de haine et de violence à l’encontre de mon collègue est incommensurable et affecte toute la communauté des enseignants qui se mobilisent pour rappeler que nous sommes contre toute forme de discrimination et de racisme.

 

 

Isabelle Bonneau, fondatrice de Tessa International School of Hoboken

La liberté d'expression est un droit fondamental et son respect le devoir de tous. Nous avons tous été choqués à Tessa International School d'apprendre la décapitation de Mr. Paty, qui est mort pour avoir simplement voulu enseigner ces principes démocratiques fondamentaux. Cette mort est un argument fort pour enseigner dès le plus jeune âge ces valeurs,  que ce soit à Paris, à New York, dans la Creuse, ou le Montana. Il est de notre devoir, en tant qu'enseignants, de rendre cette mort utile et de reprendre le flambeau de l'enseignement de la liberté d'expression comme ciment de nos sociétés multiculturelles.

 

 

Amélie M. Tareen, enseignante à Tessa International School of Hoboken

Enseignante "Belge, du bout du monde", cette horrible affaire m'a fait l'effet d'une bombe. J'étais en colère, tellement en colère... 

En colère non seulement contre le jeune ayant commis l'acte et quel acte ! Mais aussi en colère contre ce père et cet Imam qui ont posté leur bêtise sur Facebook. Sans eux, ce drame ne serait peut-être pas arrivé. Ces personnes ont, en un poste, détruit la vie de bien des gens...

Enseignante depuis 14 ans, je m'efforce de rendre mes élèves responsables : qu'ils puissent agir comme des citoyens honnêtes et respectueux et qu'ils restent alertes face aux dangers, de l'internet notamment.

Qu’en est-il de certains parents ? Combien de fois ne me suis-je pas retrouvée face à un parent enragé ? Insultée, humiliée devant mes élèves par une mère en furie pour une histoire loin d'être la vérité ?

Je suis "soulagée" que la justice tienne pour responsable certains parents ayant "ajouté l'huile sur le feu"... Je souhaite que cette histoire serve de leçon, que certains réfléchissent avant d'agir...

Je souhaite aussi beaucoup de courage aux proches de Mr Paty, mes sincères condoléances à eux.

 

 

Jean-Yves Vesseau, directeur de The École

Tous les personnels de The École sont évidemment sous le choc de cette atrocité. La violence faite à un collègue est une violence que nous ressentons tous et toutes, par dela les frontières et les contextes différents dans lesquels nous exerçons notre métier. Aujourd'hui, c'est tout le corps enseignant qui souffre et nous tenons donc à exprimer notre solidarité sans faille avec nos collègues de France et de par le monde.

 

 

Anne-Sophie Gueguen, fondatrice de French American Academy

La French American Academy se joint aux hommages rendus à Samuel Paty pour défendre la liberté d'expression et la liberté d'enseigner. Nous constatons que la route est encore longue pour la compréhension et la tolérance entre les uns et les autres. Ce chemin commence à l'école où nous devons continuer à forger l'esprit critique de nos élèves et lutter contre les extrémismes. Plus que lire, écrire et compter, notre mission est d'ouvrir les esprits et de cultiver l'acceptation de la différence pour stopper la sauvagerie du monde qui nous entoure parfois.

Merci à tous nos enseignants qui prennent à coeur leur métier. Gardons l'espoir et poursuivons nos efforts.

 

 

Aline Elwert, enseignante à French American Academy

Tout d'abord, je souhaite adresser toutes mes condoléances à la famille de Samuel Paty et aux enseignants en France et partout dans le monde.

Sans ces derniers, parmi lesquels je m'inclus, il n'y a pas de démocratie et je pense que nous devons soutenir la liberté d'expression. 

Samuel Paty exerçait son métier en transmettant à ses élèves les savoirs et les valeurs qui sont notre bien commun. 

En d'autres termes, selon moi, nous devons continuer à éveiller l'esprit critique de nos élèves à travers des ateliers de philo et des débats. 

Cela, dans le but de former des futurs adultes capables de penser par eux même et d'agir en faveur d'un monde bienveillant. 

Pour conclure, Samuel Paty, tout comme nous autres enseignants, apportait sa goutte. Chose que nous sommes en devoir de faire pour faire grandir l'océan afin de nous permettre de surfer sur les vagues.

 

 

Jennifer Mazigh, enseignante à New York

Que devons-nous enseigner aux enfants? À penser un maximum, à découvrir le plus de choses, de cultures...

La liberté d’expression se doit d’être et se doit d’être apprise dès le plus jeune âge.

Cette montée d’extrémisme religieux partout dans le monde, et en France depuis bien trop longtemps, non seulement ternie la religion mais aussi essaye d’installer une peur qui n’est qu’à vomir .

Quand on enseigne, on veut être libre et sentir que les enfants sont libres de penser, de s’exprimer. C’est ça l’éducation !

Je suis toujours aussi choquée, triste et accablée de savoir combien la violence, l’intolérance persistent dans ce monde ignorant des autres, et continuera à persister si nous ne continuons pas à lutter contre ces phénomènes pour nos enfants et pour les générations à venir.

 

 

Alain Licari, ancien enseignant au Lycée Français de New York

Depuis longtemps, les profs tirent la sonnette d’alarme sur la dégradation de leurs conditions de travail et sur les difficultés qu’ils rencontrent en salle de classe. Très souvent, ces remarques sont balayées d’un revers de main par les institutions et la société - « les profs ne sont jamais contents », « ils sont toujours en grève », « ils sont toujours en vacances »...-. Évidemment, il ne s’agit pas d’instrumentaliser ce crime atroce. Mais celui-ci est aussi, probablement, l’expression d’une crise sociale et éducationnelle qui couve depuis longtemps et que personne n’a su, ou voulu, voir.

Il y a quelques mois, nous applaudissions les personnels de santé pour leur dévouement face au Covid 19. Aujourd’hui, tout le monde est « Je suis enseignant ». J’espère que cette fois, les institutions et la société ne l’oublieront  pas.

 

 

Un hommage national sera rendu mercredi en France, à Samuel Paty. Emmanuel Macron a choisi la cour de la Sorbonne, lieu symbolique de l'esprit des Lumières et de l'enseignement, comme lieu de l'hommage. Ce choix de la Sorbonne plutôt que la cour des Invalides, met ainsi à l'honneur la profession d'enseignant de la victime.

Notre édition du Petit Journal New York salue la mémoire de Samuel Paty et rend hommage à cet enseignant sauvagement assassiné parce qu’il enseignait la liberté d’expression à des élèves de 13 ans. En France, pays de liberté et de tolérance.

 

 

 

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Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal.
1 Commentaire (s)Réagir
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NICOLAS THOMAS dim 25/10/2020 - 05:25

pluie d’émotions également ressentie à l’étranger, où la communauté française était unie derrière la liberté d’expression, le principe de laïcité et la formation de l’esprit critique." Je ne comprends pas que tant de gens se sentent Charlie ou cet enseignant au nom de la liberte d'expression, la liberte c'expression ce n'est pas d'insulter des religions pas des caricatures et de les montrer dans une classe en ecartant un eleve de les voir. a force de repousser les limites de cette liberte on risque de la perdre. la liberte de l'un s'arrette ou commence la peine de l;'autre. et ce ne;st que comme ca que les differents communautes pourront vivrent ensembles.mais pour ca il faut de la compassion et de l;empathie mais malheureusement on ne nait pas avec. j';ai perdu un copain lord de l'attaque de Charlie, il s'appelait Bernard Maris, il ne faisait pas les caricatures il etait prof d'economie et avait quelques articles dans Charlie.Il est mort a cause de dessins. et Brassens chantait" Mourons pour des idées d'accord, mais de mort lente, mais de mort lente.- RIEN N:EsT FAIT POUR DURER -Des idees ou des dessins c'est la meme chose.ceux d'aujour'dhui ne seront pas c eux ceux de demain alors pourquoi ne pas s'imposer des limites a cette liberte d'expression AU LIEU A CHAQUE FOIS D'EN REPOUSSER LES LIMITES? et donc je ne serai jamais Charlie ni cet enseignant meme si leur mort a ete des plus atroces. Nicolas THomas Bijoutier a chiangmai

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