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« L’urgence écologique se profile » pour l’ancienne candidate EELV

Par Rachel Scharly | Publié le 30/05/2019 à 15:11 | Mis à jour le 31/05/2019 à 12:40
Europe Écologie Les Verts

Professeur des écoles à New York, Manu Garcia-Guillèn a été candidate suppléante de la liste Europe Écologie Les Verts, lors des législatives partielles de 2013, pour la circonscription d’Amérique du Nord. Elle livre au Petit Journal New York son sentiment quant à la percée historique qu’a fait la liste portée par Yannick Jadot aux élections européennes.

 

 

Lepetitjournal.com New York : Pouvez-vous nous parler de votre engagement auprès du groupe politique Europe Écologie ?

Manu Garcia-Guillèn : J'ai commencé mon militantisme politique à EELV auprès du très dynamique groupe local de Toulouse en 2007. J'ai été membre, puis coopératrice du parti pendant plusieurs années et j'étais en 2012 la suppléante du candidat vert Cyrille Giraud aux élections législatives pour la circonscription des français d'Amérique du Nord.

Je n'ai pas renouvelé mon adhésion à EELV aujourd'hui mais cette famille politique reste celle dont je me sens le plus proche et à laquelle je donne le plus souvent ma voix.

 

Comment étiez-vous tombée en politique ?

Je viens d'une famille de gauche qui a toujours été politisée, et ce d'abord de par son histoire : mes grands-parents maternels étaient réfugiés de la guerre d'Espagne, et mon grand-père, anarchiste, a été très actif dans la Résistance. Adolescente, déjà, il me tardait de pouvoir voter. Quand j'avais 15 ans, j'avais écrit sur la porte de ma chambre en 4 langues différentes : "Ici vit une communiste" !  Mon intérêt se portait alors surtout sur les questions sociales : les droits LGBT, la lutte contre le racisme et les injustices sociales... Ma conscience écologique est venue plus tard, en partie de par ma grande amitié pour les animaux, et assez naturellement c'est le parti des Verts puis Europe-Ecologie Les Verts qui m'a semblé incarner au mieux l'ensemble des combats qui me tenaient à coeur.

 

Vous n’avez pas renouvelé votre adhésion au groupe, quelles étaient vos raisons ?

Je ne suis plus membre de EELV simplement parce que cela me permet de mieux conserver ma liberté de pensée et mon esprit critique ; mais c'est un ressenti tout à fait personnel. L'adhésion à un parti ne me convient pas tout simplement, mais je conçois très bien qu'elle puisse convenir parfaitement à d'autres. En ce qui me concerne, je veux pouvoir me sentir libre de changer d'avis, d'évoluer, de trouver des qualités à d'autres formations politiques, du NPA au Parti pour la Décroissance, et de le dire. Les querelles entre partis proches ne m'intéressent pas. Le projet de société porté par EELV a pour moi des liens fraternels évidents avec celui d'autres formations de gauche comme Génération.s, ou La France Insoumise avec qui les divergences me semblent souvent être bien davantage de forme que de fond. Comme le dit Ian Brossat que j'ai beaucoup admiré tout au long de cette campagne, "n'oublions jamais que nous n'avons aucun adversaire à gauche". À une échelle globale, c'est plutôt vrai.  

 

La liste portée par Yannick Jadot a fait aux Européennes une percée historique. Pouviez-vous imaginer un tel score ?

Pour être honnête, dans un premier temps, non. J'ai été très agréablement surprise. Et puis, à la réflexion, je me suis demandé finalement pourquoi donc s'étonner que le travail de terrain, le travail d'information sur l'urgence climatique, le travail d'éducation à une éthique plus éco-responsable porte enfin ses fruits ? 

Par ailleurs, il est intéressant de noter que si EELV a été la surprise des grands partis, le Parti Animaliste a été, lui, la surprise des petits avec son score inattendu de 2,2 %. Je pense que cette concomitance n'est pas sans lien avec l'émergence d'une certaine prise de conscience concernant la condition animale. En cela, le travail d'information mené par L214 sur les conditions d'élevage et les abattoirs, ainsi que leur observatoire Politique & Animaux y a été certainement pour quelque chose.

 

 

Comment vivez-vous le fait de soutenir un parti Vert et de vivre dans un pays dirigé par un Donald Trump qui réfute la question du changement climatique ?

De la même façon que je vis le fait d'habiter dans le pays du capitalisme par excellence, moi qui me sens profondément anticapitaliste ; un pays où existe encore la peine de mort, où le système de santé est catastrophique, où sont remis en question le droit à l'avortement et les droits des personnes transgenres : je le vis assez mal. Mais je garde espoir quand je vois le dynamisme de nouvelles figures politiques telles que la benjamine du Congrès américain, la très charismatique Alexandria Ocasio-Cortez, qui défend avec beaucoup d'ardeur et d'intelligence le Green New Deal. Paradoxalement, c'est le choc de l'élection de Trump qui a réveillé la gauche américaine et a favorisé l'émergence de ces socialistes démocrates qui tirent le parti démocrate sur sa gauche et vers une conscience écologique.

 

Êtes-vous engagée auprès d’organisations, d’associations américaines qui se battent pour la préservation de l’environnement ?

Je suis enseignante bouddhiste auprès de l'école Zen Kwan Um, et en tant que telle, je dirais que mon engagement pour le respect du vivant, porté par des valeurs d'humilité et de simplicité volontaire, est quotidien. Il est difficile d'inciter les gens à agir concrètement pour la préservation de l'environnement si l'on ne les fait pas par ailleurs questionner leur propre rapport au vivant et à la nature, la place de l'ego dans leur vie, le sens qu'il veulent donner à leur passage sur terre. Il me semble essentiel d'éduquer à une vision plus humble de la place de cet animal singulier qu'est l'Homme, sur une planète qu'il partage avec d'innombrables autres êtres vivants.

Je suis engagée par ailleurs auprès d'associations à caractère plus social, qui luttent contre la peine de mort ou en faveur des demandeurs d'asile, mais tout cela est lié : il s'agit d'un engagement pour l'altruisme et la bienveillance.

 

Quand vous voyez tous ces adolescents se battre pour l’environnement, arrivez-Vous à vous dire que l’avenir est plus vert ?

En tant que professeur des écoles, je vois dans cette mobilisation de la jeunesse un grand espoir ! Grâce à elle, le monde semble enfin se réveiller face à l'immense défi qui nous attend. C'est un éveil tardif, certes, mais nous pouvons encore agir. Ce qui me semble cruel toutefois, c'est de constater que ce sont les premiers concernés, cette génération d'adolescents, qui se doivent d'ouvrir les yeux à leurs aînés. C'est un appel au secours en amont générationnel qui survient maintenant, alors que depuis des décennies les écologistes ne cessaient d'appeler justement à la responsabilité envers les générations suivantes. Que certains puissent encore ne pas percevoir l'urgence écologique qui se profile me parait non seulement très inquiétant mais aussi relever d'un certain égoïsme.

 

Est-ce que cet élan national vous donne envie de retourner sur le terrain et en politique ?

Je n'ai jamais vraiment quitté le militantisme politique. Je suis très liée au groupe EELV de Toulouse, où je milite, bien qu'à distance, auprès de mon ami Antoine Maurice, candidat vert aux élections municipales de 2014. Je m'intéresse aujourd'hui beaucoup au collectif "Archipel Citoyen" qui s'apprête à constituer à Toulouse une liste citoyenne dans une démarche ouverte et participative pour les élections municipales de 2020.

Quant à mon engagement à New York, j'étais sur le terrain le jour même des élections européennes : je suis allée m'asseoir et méditer en silence devant les différents bureaux de votes de New York pour appeler, avec un petit panneau à mes pieds, à une Europe de l'empathie. C'est certes une façon peu orthodoxe de faire de la politique, mais dans le brouhaha de notre monde, je crois aux vertus du silence. Quant au fait d'appeler à l'empathie, empathie pour les animaux, pour les migrants, pour la planète, pour les laissés-pour-compte..., c'est une façon de faire du militantisme non-partisan, dans un esprit de dialogue et d'ouverture à l'autre. L'empathie n'est pas un parti politique, c'est une qualité humaine que nous portons tous quelque part en nous, et une valeur à laquelle nous pouvons tous nous ouvrir.

 

 

Rachel Scharly

Rachel Scharly

Après avoir travaillé de nombreuses années dans la presse économique et spécialisée, Rachel Scharly est la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal
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