À la Richard Taittinger Gallery, une exposition très féministe de Charlotte Abramow

Par Rachel Brunet | Publié le 30/11/2021 à 18:33 | Mis à jour le 12/01/2022 à 17:20
Photo : (c) Charlotte Abramow
Une oeuvre de Charlotte Abramow

« Started From The Body », le nom de la première exposition solo à New York de Charlotte Abramow. C’est à la Richard Taittinger Gallery, dans le Lower East Side que cette exposition, basée sur les représentations des femmes à travers un regard intimiste, a lieu jusqu’au 31 janvier. Et c’est à découvrir absolument !

 

Charlotte Abramov

L’artiste Charlotte Abramow

 

Une exposition féministe signée Charlotte Abramow

Désexualiser le corps féminin, c’est en ça que l’artiste Charlotte Abramow s’engage dans cette exposition « Started From The Body ». Tout part du corps, il faut bien l’avouer. Une image sexuée de la femme que l’on contemple — ou subit — au fil des pages de tous les magazines, de toutes les publicités. La femme réduite à un corps. Mais l’image d’un corps dans laquelle ne se reconnaissent pas une large majorité de femmes. C’est ce que l’artiste déconstruit au travers d’une série d’œuvres qui respectent l’authenticité du corps de chacune. Les imperfections intérieures et extérieures qui font d'un corps une beauté naturelle. Unique.

« J’ai l’envie de désexualiser le corps dit féminin, le montrer sous un axe différent qu’un oeil de désir, de fantasme, pour plaire à l’autre. Montrer l’honnêteté, la fragilité, la solitude, l’humour, la rêverie des jeunes filles de mon âge. Et de mon expérience de jeune femme qui grandit, montrer le regard sur le corps qui change. Je tourne alors en dérision les attributs hypersexualisés, je veux montrer de la curiosité, de l’absurde, de la bienveillance, du jeu avec notre corps, » explique la jeune femme. Parce que si elle est une artiste, elle est aussi une vingtenaire. Une jeune femme qui ne se reconnaît pas dans l’image de la femme imposée à la société occidentale « les représentations où l’on ne se reconnaît pas forcément, même quand on est pourtant mince, blanche, jeune, valide. Un comble ! » détaille-t-elle, non sans humour. Une marque de fabrique.

Dans cette exposition, on admire le travail de Charlotte Abramow lequel respecte l’authenticité du corps des femmes. Dans leurs différences. Un corps qui est aussi une histoire. Intime et intimiste. Des corps de femmes faits d’imperfections intérieures et extérieures, loin des clichés. Une réalité qui fait de chaque corps une beauté naturelle. L’artiste rit avec le corps, et non de lui. Elle le voit comme une peinture, un paysage, une enveloppe, un tout qui prend vie avec notre esprit. Les bourrelets deviennent nuages, les vergetures sont comme les branches du delta d’un fleuve. Bref, le corps est une oeuvre. Une oeuvre naturelle, une oeuvre de vie. Et Charlotte lui rend hommage. Jusqu’à la naissance du monde.

L’artiste explique « dans un second temps, je pense à reprendre possession de ce corps, de son pouvoir de désir et de plaisir. Par soi et pour soi, l’indépendance et l’émancipation. Je découvre le pouvoir politique du corps. J’avance doucement sur le chemin du féminisme, celui que je sens viscéral, mais qui est tellement plus grand que moi. Je comprends petit à petit comment les regards aveuglés de stéréotypes, enferment nos corps selon notre apparence. Je commence à comprendre les rapports de force et de domination qui s’articulent sur ces corps féminins selon le genre, la race et la classe. Je veux mettre en lumière la parole de ces femmes, parmi tant d’autres, qui se battent pour toujours plus de justice, de compréhension et d’équité. Un long chemin que je commence pour comprendre le monde à travers les femmes, et nous battre ensemble pour qu’il soit plus juste. ». Dans l’exposition, on voit même Rokhaya Diallo, dans l’objectif de l’artiste. Figure contemporaine du féminisme.

 

Charlotte Abramow

(c) Charlotte Abramow

Dénoncer !

Si Started From The Body remet le corps de la femme à une place qu’il lui est du, celle du respect, en dénonçant l’instrumentalisation qui est faite par la société et le politique du corps féminin, elle dénonce aussi autre chose. La censure. Celle qui est faite sur le corps d’une femme et non sur le corps d’un homme. Une autre inégalité. Pourquoi Instagram censure un téton de femme mais accepte celui d’un homme ?

Dans l’exposition, l’œuvre « Absurde Censure ». De celle-ci, Charlotte Abramow explique, « c’était une image prise à l'origine pour un projet sur un couple ». Alors qu’elle voulait publier l'image originale non censurée sur Instagram, celle-ci est rejetée par le réseau social. « Mais bien sûr, le soi-disant mamelon féminin étant extrêmement dangereux pour la société, l'application a immédiatement supprimé mon image. Agacée, sur le moment, j'ouvre Photoshop, sélectionne le mamelon de l'homme, le copie et le colle sur le mamelon de la femme. Cette fois, l'application accepte l'image. Un téton, pourtant, n'a pas de sexe, mais en 2018, et encore aujourd'hui, pour censurer un téton dit féminin, il suffit de le cacher avec un soi-disant mamelon masculin. ». Dénoncer, encore et toujours…

« Started From the Body », c’est une exposition de photographies et de vidéo. Forte, qui décrit le quotidien de femmes violentées. Dans l’aspect insupportable de cette scène de vie malheureusement ordinaire pour trop de femmes, une pointe d’humour. Là, encore la signature de l’artiste. « C'est mon premier court-métrage, qui comprend plusieurs épisodes courts pour la série, H24, 24h dans la vie d'une femme qui vient de sortir sur ARTE, une chaîne culturelle européenne. La série parle de la violence faite aux femmes qui se cache dans la vie quotidienne et de nombreux aspects de leur vie. Dans mon film, une jeune femme intervient dans une violente dispute conjugale sur le parking d'un fast-food ».

 

Charlotte Abramow

(c) Charlotte Abramow

 

L’artiste mèle des images fixes et du mouvement. Du papier sur lequel sont photographiés des corps. Des femmes. Des photographies, aussi, qui font écho au sexe de la femme, avec la série Vulvotopia. Et des écrans, où est criée une réalité insupportable. Au centre, toujours la Femme. À cor et à cris.

Cette première exposition solo aux États-Unis à la Galerie Richard Taittinger retrace sept années de photographie et met en lumière l'évolution du regard de l'artiste sur les femmes.

Richard Frerejean Taittinger, le fondateur de Richard Taittinger Gallery casse les codes du monde de l’art, il donne aussi une valeur éthique à sa galerie. Pour le galeriste, « le monde de l’art doit changer, il doit apporter plus de diversité, de transparence et il doit soutenir des causes ». La cause des femmes en est une ! C’est dans sa magnifique galerie de Ludlow Street que l’art de Charlotte Abramow est exposé jusqu’au 19 décembre et, c’est à découvrir absolument.

De l’art à l’état pur. Des corps à l’état pur.

 

Pour en savoir plus sur Richard Taittinger Gallery

Richard Taittinger Gallery

154 Ludlow Street

New York, NY 10002

Charlotte Abramow - Started From The Body -

À voir jusqu’au 31 janvier 2022

 

Charlotte Abramow

 

 

 

 

Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef des éditions New York et Miami du Petit Journal.
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