Drake et la fabuleuse histoire de Luna Luna

Par Nicolas Cauchy | Publié le 29/11/2022 à 12:30 | Mis à jour le 30/11/2022 à 09:57
Luna Luna

C’est une incroyable histoire que nous raconte le New York Times cette semaine, avec la redécouverte par Drake - oui, le rappeur - d’un trésor artistique disparu depuis trente ans: le projet fou d’un parc d’attractions décoré par les artistes d’avant-garde des années 80 - Basquiat par exemple. Ou Dali. Ou Hockney - et imaginé par André Heller, un artiste autrichien multimédia, acteur, poète, auteur-compositeur-interprète et impresario de cirque. Voici l’histoire de Luna Luna. 

 

Un projet fou

Dans les années 80, André Heller, un artiste autrichien connu pour ses œuvres monumentales et ses performances, lance le projet d’une fête foraine décorée par des artistes d’avant-garde pour rapprocher l’art de la rue. Il reçoit alors une subvention de $350 000 et parcourt le monde pour convaincre des artistes de participer à son projet. Et bien sûr, il s’arrête à New York. Malade, Andy Warhol lui dit d’aller voir Basquiat, qui lui présente Miles Davis. Roy Lichtenstein lui donne le numéro de Hockney. Philippe Glass accepte de composer la musique. 

 

Cracheur de feu
(c) Luna Luna

Une réalisation d'abord fructueuse 

Luna Luna ouvre ses portes à Hambourg en juin 1987 et attire 250 000 visiteurs au milieu de sa trentaine de pavillons décorés par les artistes - ajoutez à la liste Dali, Sonia Delaunay et Keith Harring. C’est à partir de ce moment que les choses se compliquent. La ville de Vienne veut acheter le parc pour lui offrir une résidence permanente, mais la négociation n’aboutit pas. Une tournée européenne est organisée. Nouvel échec. 

 

The End pour Luna Luna 

Finalement, en 1990, le projet est vendu à un couple de philanthropes, Stephen et Mary Birch, qui veulent le monter à San Diego. Mais, là encore, la gestion des droits est si compliquée que les 30 manèges sont démontés et remisés avec les décors et les costumes dans de grands containers déposés dans la campagne texane.
On est en 2007. Pour André Heller, c’est vraiment terminé. 

 

oeuvre Sonia Delaunay
(c) Luna Luna

2019

En 2019, tout le monde a oublié jusqu’à l’existence de Luna Luna, jusqu’au jour où un Directeur de création, Michael Goldberg, clique un peu par hasard sur un lien qui le mène sur un des seuls site Internet qui évoque le projet.
Intrigué, il en parle autour de lui, mais personne n’en a jamais entendu parler. Il écrit à André Heller qui, au même moment, est en train d’essayer, avec l’aide d’un avocat, de récupérer les droits sur l’œuvre (vous vous souvenez qu’il les avait vendus au couple Birch). Les vendeurs sont prêts à céder à une seule condition: les acheteurs doivent acquérir les containers « à l’aveugle », sans donc pouvoir vérifier l’état des œuvres contenues dans les containers. Personne ne veut se lancer dans une telle aventure. 

 

Drake, le sauveur

Finalement, Michael Goldberg se rapproche de Drake, l’un des rappeurs les plus connus au monde (André Heller n’en avait jamais entendu parler)
Drake dit « OK » et en 30 secondes l’affaire est bouclée. Car Drake est aussi un grand collectionneur et il dispose de plusieurs maisons dans le monde pour exposer ses œuvres - ce qui est assez pratique. Il décide d'investir $100 millions.  En janvier, Luna Luna quitte le Texas pour la Californie et l’on ouvre, avec une certaine appréhension, les containers. (Et là, on pense quand même à la scène finale des Aventuriers de l’Arche perdue). Miracle ! Tout a été bien conservé. Pas de gros dégâts, seulement de la restauration. 

La restauration, justement, et la conservation, c’est le travail de Kathy Noble qui s’émerveille :

Le nombre de mouvements artistiques que couvre le projet est à peine croyable! Abstraction, art brut, Dada, néo-expressionnisme, nouveau réalisme, pop art, surréalisme… Plusieurs expositions ne permettront même pas de couvrir cette diversité.

Une fois la restauration achevée, la fête foraine décorée par les plus grands artistes des années 80 (cherchez par exemple la cote d’un Hockney ou d’un Basquiat) reprendra donc sa route à travers le monde, comme n’a cessé de le vouloir André Heller.

Cela a juste pris 40 ans.

Les photos magnifique de Luna Luna par André Heller

nicolas cauchy

Nicolas Cauchy

Auteur de romans et d’albums jeunesse, journaliste fondateur de la revue Classica, j’ai travaillé une quinzaine d’années dans le marketing de l’édition avant de fonder une agence de storytelling.
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