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Les portici, le nouveau mot de l’instagrameur

Un hommage aux « portici », ces passages ouverts, couverts et continus qui font les cartes postales de nombreuses villes italiennes, des arcades extravagantes et quotidiennes.

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Photo de Caio Fernandessur Unsplash
Écrit par Françoise Danflous
Publié le 15 avril 2026

Les portici, les arcades comme on dit, sont des passages ouverts, couverts et continus qui font les cartes postales de nombreuses villes italiennes. Oh ! les enfilades et les jeux d’ombres ! Oh ! le bel ocre, le beau rouge et les lumières ! Les portici sont remarquables de l’un à l’autre bout des générations, les grands sages de l’Unesco les inscrivent dans leur patrimoine et les tout jeunes les font, osons le mot qui tue, aussi instagrammables qu’un verre de Spritz au crépuscule !

De Turin à Bologne, l’art des portici 

C’est qu’ils sont étonnants ces couloirs séculaires qui s’emboitent, tous pareils, prestigieux, démesurés (à Turin c’est la règle), comme à l’usage de géants à haut-de-forme et géantes à froufrous ! Ou ceux-là, célébrissimes à Bologne, se démultipliant, changeant d’époque, de façades et de colonnes tout le temps ! On avance entre des pans colorés ou sous des voûtes à fresques et le touriste éclairé, Routard à la main, saura qu’un musée, une église n’est pas loin. Puis c’est le tour de plafonds moins chics teinte unie et bois ou grisaille de béton. Par terre, des lastre, des dalles, pour les charrettes des marchands ou du marmo, du marbre, pour faire glisser les courtisans à petits pas. Puis fi tout à coup des courtisans, on se retrouve sur ce qui ressemble au prolongement d’une cuisine années 60, l’infiniment italien terrazzo alla veneziana, populairement, affectueusement rebaptisé pavimento della nonna, sol de grand-mère, du ciment avec des éclats colorés de marbre ou de pierre dedans. Tiens, chez nous, c’est seulement « granito », un nom de gringo à la Walt Disney. Trois manières de désigner un même sol qu’à la fin on s’y perd ! On a compris, bien menteur qui voudrait réduire les portici à une seule image. Restons-en au premier enseignement que reçoit le néophyte et pratiquons l’art des portici : faire tout sans hâte ou rester à ne rien faire et toujours vivre sans impatience.

 

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Photo de Ubaldo Bitumisur Unsplash

Un refuge

Les portici sont la maison de tous les pedoni, piétons, du monde, enfants à ballon, mémés, pépés à cabas, pauvres bougres, lycéens révisant leur Divina commedia, instagrameuses se selfiant en aguicheuses patentées. D’ailleurs portici appartient à la famille de « porte », passage, et de « port », abri. Et les choses sont bien faites si l’on considère l’origine de riparo, abri, issu du latin repatriare, « faire retour dans sa patrie ». Et c’est exactement la réalité quand la météo s’en mêle : on court s’y protéger. Eh oui, il y a des villes, comme ça, qui sortent toujours sans éventail, sans parapluie. Qu’il pleuve ou neige, tous à l’assaut des portici. Qu’il fasse chaud, tous à la recherche de leurs ombres et courants d’air, la meilleure parade contre le solleone, ce mot terrible avec un lion dedans (sole, soleil, leone, lion, celui du zodiaque de plein été) voulant dire canicule et faisant suffoquer. Ou alors quand vient l’afa, mini mot à tête d’onomatopée imitant un gentil soupir mais qui, ô suprême artifice, désigne une « chaleur étouffante » faisant blêmir, pâmer, trépasser tout autant le quidam imprudemment sorti. Le refuge des portici dure longtemps : 62 km de soulagement à Bologne, 25 à Padoue, 18 à Turin. Mais pas de quoi mourir de morosité entre deux accalmies.

Des Arcades divines et sucrées

Les portici traduits en français : on se demande bien pourquoi « portiques » non, « arcades » oui. C’est que l’usage destine le premier d’abord aux galeries des cloîtres, l’autre plus facilement à la protection des marchés et des commerces. Hop-là, la bonne nouvelle, les portici, les arcades, sont donc génétiquement voués à faire plaisir avec leurs vitrines chics à borsalinos et grands parfums, cafés, pâtisseries et traiteurs historiques (pas la peine de chercher, ils apparaîtront vite) ou petites merceries aux articles introuvables.

Les portici transforment naturellement en flâneur, en sympathique perdigiorno, littéralement celui ou celle qui perd ses journées. Le perdigiorno, c’est aussi la manière familière de citer le héron, qui passe son temps sur une patte à tout observer : tout comme le flâneur d’ici lorgne à grands regards à droite, à gauche, en haut, en coin sans beaucoup remuer ! Drôles de gens, disent les uns, c’est insta, disent les autres, et clic-clac, c’est dans la boîte. Les portici sont tellement singuliers que, une fois par an, ils existent même sous des noms à eux qui ne sont pas des noms de rue. A Turin, on les appelle Portici divini, Arcades divines (jeu de mot divin/vin) pour nommer la kermesse de grands crus qui s’y tient. Ou Portici di carta, Arcades de papier, deux kilomètres de foire aux livres. Ou dolci Portici, Arcades sucrées, la fête aux petits gâteaux. Des gourmets, des intellos, des touristes, des passants et encore des passants et des perches à selfie qui dépassent d’un peu partout. Bravo ? Pas bravo ? L’important, c’est, mais oui, qu’on rende tous les jours hommage à cette famille d’arcades extravagantes et quotidiennes !

 

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