Le voyage sur mesure a-t-il encore besoin de l'humain ? Barbara Colzani, Travel Designer chez Eluxtravel, décrypte les raisons pour lesquelles l’expertise humaine reste au cœur du voyage expérientiel.

Aujourd’hui, n’importe qui peut organiser son voyage sur Internet. Pourquoi faire appel à un Travel Designer ?
La différence est fondamentale et tient avant tout à la qualité du service et à la dimension humaine de notre métier. Nous ne proposons pas un simple assemblage de vols et d’hôtels, mais des voyages qui vont au-delà des attentes de nos clients. Le but : qu’ils vivent des expériences inédites et enrichissantes, ramènent des souvenirs inoubliables.
Mes clients ont une vie professionnelle intense, des agendas particulièrement chargés. Dans leur quotidien, ils ou elles sont habituées à faire des choix en permanence, voyagent souvent déjà beaucoup pour leur travail et connaissent un niveau d’hospitalité exigeant. Aussi, lorsqu’ils s’accordent une parenthèse loin de leur environnement professionnel, ce temps est particulièrement précieux. Travailler avec un spécialiste du voyage sur mesure leur permet non seulement de gagner du temps, mais aussi de recevoir de bons conseils et une assistance efficace de l’organisation jusque dans le suivi.
Eluxtravel réalise des voyages premium sur mesure. À quoi reconnaît-on un voyage véritablement sur mesure, par opposition à un séjour simplement personnalisé ?
Tout repose sur la créativité et la capacité à sourcer des expériences rares. Adapter une proposition standard en fonction des dates, modifier la catégorie d'hébergement ou ajouter des visites en option ne constitue pas un véritable voyage sur mesure ! Celui-ci consiste à construire, étape après étape, un itinéraire adapté au rythme, aux besoins, aux envies du voyageur, jusqu’à une passion singulière qui l’anime.
C'est précisément là que notre créativité entre en jeu. Qu’il s’agisse d’un voyage orienté sur la nature, la culture, le partage, la gastronomie ou encore le sport, j’imagine ce qui permettra au client de réaliser ses rêves, de vivre des émotions intenses. En tant que Travel Designer, je suis capable de leur proposer des moments forts - des Luxpériences© - comme une visite privée exclusive, un dîner dans un lieu exceptionnel, une expérience de prière aux côtés d'un moine bouddhiste.

Comment parvenez-vous à comprendre ce que votre client recherche réellement, au-delà de ce qu’il vous demande au départ ?
Tout passe par l'écoute. J’approfondie ma connaissance du client grâce à des questions qui, sans être intrusives, me permettent d'aller au-delà de sa demande initiale. L'objectif est de faire émerger des goûts, des passions et des centres d'intérêt qu'il n'aurait pas nécessairement exprimés spontanément.
Cet échange peut ainsi donner naissance à des projets inattendus : une rencontre avec un chef ou encore un itinéraire de rêve à vélo au Japon, par exemple.
Une IA peut concevoir un itinéraire en quelques secondes. Qu’est-ce qu’elle ne sait pas faire, qu’un Travel Designer sait faire ?
L'intelligence artificielle peut générer un itinéraire, mais elle ne dispose pas du regard expert et critique d'un Travel Designer. Elle ne sait pas toujours évaluer la faisabilité d'un programme ni l'adapter au rythme réel des voyageurs.
Je pense notamment à des clients venus nous voir avec un projet de voyage en Australie comprenant un itinéraire extrêmement dense, probablement élaboré avec l'aide de l'IA. Le programme comportait tellement d'étapes qu'il aurait été difficilement réalisable sans imposer un rythme particulièrement fatigant aux voyageurs.
Je leur ai conseillé de supprimer une étape afin de consacrer davantage de temps à une autre et de s'accorder une expérience véritablement mémorable : dans ce cas précis, un vol en hélicoptère pour rejoindre les iles Orpheus.
Pouvez-vous raconter un voyage qui illustre concrètement votre valeur ajoutée ?
Récemment, un couple d'un certain âge appréhendait beaucoup son voyage. Nous les avons accompagnés au quotidien en organisant et en réservant pour eux chaque déplacement, leurs dîners et les différents services dont ils avaient besoin.
Ils savaient qu'ils pouvaient compter sur nous, non seulement avant leur départ, mais aussi tout au long de leur séjour. Et c'est exactement ce qui s'est passé.
Cette disponibilité repose sur une organisation collective et une expertise qui vont bien au-delà du travail individuel du Travel Designer. Je travaille en binôme avec des spécialistes des opérations qui prennent le relais auprès de nos fournisseurs pour s’assurer que chaque service, chaque visite, chaque transfert est reconfirmé, pour communiquer toutes les informations utiles à nos clients avant et pendant leur voyage.
Eluxtravel compte quinze Travel Designers de différentes nationalités, présents sur plusieurs marchés. Ils sont de véritables experts de certaines destinations et la mise en commun de ces connaissances constituent un patrimoine difficilement comparable sur le marché.
Notre organisation s'appuie également sur des équipes spécialisées : certains collaborateurs sont dédiés à la production des voyages, d'autres sont experts des vols, tandis que d'autres encore se consacrent aux négociations avec les grands noms de l’hôtellerie de luxe comme avec les hôtels indépendants.
L’IA est-elle en train de devenir un concurrent direct du Travel designer ou peut-elle, au contraire, être un allié ?
L'intelligence artificielle est avant tout un outil. Elle filtre, classe et organise des données déjà disponibles sur Internet, qu'il s'agisse des horaires des musées ou des possibilités de transport aérien. Et en cela, elle est peut m’être utile pour améliorer mon efficacité au quotidien,
Eluxtravel investit d'ailleurs dans des projets spécifiques fondés sur l'intelligence artificielle, actuellement en cours de développement. Dès 2027, je vais travailler avec un assistant IA personnalisé qui a accès à toutes nos plateformes, contrats, historiques des devis, descriptifs produits, afin d’accélérer mon travail d’élaboration des projets et des propositions. En outre, en toute transparence avec nos clients, nous allons mettre à leur disposition une interface reliée à notre base de produits, disponibilités et de tarifs qui sera capable de les aider à définir leur projet en amont et ainsi affiner la qualification. Cela me permettra de me concentrer sur les aspects du voyage à enjeux et forte valeur pour le client.
En clair, l'IA nous permet d'être plus rapides, mais la valeur reste créée par les personnes et leur capacité à collaborer.
Enfin, l'IA n'assume pas les responsabilités qui incombent aux professionnels d'un secteur aussi réglementé que celui des agents de voyages. Cette responsabilité reste bien exclusivement humaine.
Le Travel Designer restera ainsi un tiers de confiance, capable de transmettre ses connaissances, de comprendre les aspirations des voyageurs et de les accompagner face aux aléas du voyage. Certes, l'IA saura faire toujours plus de choses, mais elle ne pourra pas remplacer cette relation de confiance.
Selon vous, quelle sera la place du Travel Designer dans dix ans, dans un monde où la technologie aura encore progressé ?
Il est difficile de prédire l'avenir : personne n'a de boule de cristal ! Mais notre profession a déjà traversé de nombreuses révolutions technologiques, depuis l'arrivée d'Internet jusqu'aux plateformes de réservation en ligne, et aujourd'hui l'intelligence artificielle.
Nous observons notamment que les nouvelles générations, mais aussi les moins jeunes, suivent de plus en plus les influenceurs. Cela contribue à concentrer les flux touristiques dans les mêmes destinations, en raison même du fonctionnement des algorithmes. Dans ce contexte, savoir distinguer les informations pertinentes et dénicher des expériences moins conventionnelles deviendra essentiel.
C’est exactement ce que viennent chercher nos clients : une signature, un regard et un service zéro défaut. Les anglosaxons ont un adjectif qui définit bien ces attentes « discerning clients ». En effet, c’est un plaisir d’échanger et de concrétiser le voyage de personnes qui font la différence, « che non si accontentano » disent les Italiens.
J’ose aussi espérer que l’on aura davantage besoin de relation humaine. Je mise sur la relation unique que j’instaure avec mon client, et je sais que cela fonctionne lorsqu’il me sollicite pour un nouveau voyage.
Sur le même sujet









































