Pas moins de 100 nations participent à la 61e édition de la Biennale de Venise. Pour vous guider, la rédaction a sélectionné 5 pavillons à ne pas manquer avant la fermeture le 22 novembre.


Des jardins jusqu’au centre historique en passant par l’Arsenal, la Biennale de Venise investit tous les quartiers de la Sérénissime. Depuis sa première édition en 1895, l’exposition internationale est devenue la boussole de l’art contemporain. Au cours de l’événement, les pavillons nationaux et les expositions collectives présentent la quintessence de la création artistique contemporaine. Cette année, sept pays dont le Qatar et le Vietnam exposent pour la première fois dans la cité des Doges. Cinq pavillons ont retenu l’attention de notre rédaction.
Le pavillon français : un voyage poétique et méditatif
Le projet artistique intitulé « Comme Saturne » propose une exploration de cet astre mythologique. L’artiste Yto Barrada s’inspire notamment de cette phrase prononcée en 1793 de Pierre Victurnien-Vergniaud, figuré clé de la Révolution française : « La Révolution, comme Saturne dévore ses enfants ». Cette déclaration reflète les multiples sens que cache Saturne. L’exposition française approfondit l’ambivalence de Saturne, divinité grecque qui élimine sa progéniture et planète inspiratrice de la Renaissance. En écho au mythe de Saturne, Yto Barrada utilise notamment la technique du dévoré qui consiste, par altération chimique de la fibre textile, à faire apparaître des motifs semi-transparents sur le tissu. Le rocher en résine qui fait face à l’entrée rappelle le subterfuge de Rhéa pour sauver le dernier fils de Saturne qu’elle remplace par une pierre.
Le pavillon égyptien : une invitation à la contemplation silencieuse
L’artiste égyptien, Armen Agop, invite le spectateur à s’ouvrir au mystère et à l’imperceptible dans une installation d’une simplicité éblouissante. Quand les autres pavillons ont recours aux nouvelles technologies et aux écrans, Le Caire renoue avec le minéral et les sens. Des sculptures monolithiques en granite, une toile d’un bleu lapis-lazuli, un parfum subtil de lotus : tels sont les œuvres présentées par l’Égypte. « Armen Agop s’inspire des traditions sculpturales de l’Égypte antique où le granit symbolisait la permanence et la force, du sentiment d’intemporalité du désert et d’un paysage culturel méditerranéen plus vaste, qui fait le lien entre l’Orient et l’Occident », précise le ministère de la Culture égyptien. Le projet invite, en somme, à ressentir l’ineffable et à pénétrer dans l’intériorité des œuvres.
Le pavillon chilien : une question de point de vue
Le projet de Norton Maza « Inter-Reality » démultiplie les points de vue pour interroger le concept de vérité. L’artiste chilien a conçu une œuvre immersive où le spectateur est invité à se rapprocher et à renouveler sans cesse son regard sur l’installation afin de l’embrasser dans sa totalité. Au centre d’une vaste plateforme métallique se dresse une cabine métallique polygonale. Des œilletons permettent d’en admirer l’intérieur. Le contraste est alors saisissant. L’habitacle à l’apparence sobre et anguleuse renferme une maquette représentant un paysage bucolique foisonnant de roches, d’arbres et de rochers. « L’installation et ses éléments – l’objet architectural échoué sur un amas rocheux, les dioramas qu’il renferme, la figure humaine, l’échelle d’embarquement, le casque de pilote, le faucon et la structure de transmission d’énergie - fonctionnent comme des seuils symboliques qui suscitent la mémoire, la responsabilité civique et une réflexion sur le pouvoir, la vérité et la liberté », précise la Biennale de Venise. Cette œuvre interroge l’illusion et la fragmentation du réel et se présente donc comme un support de réflexion à l’heure de la post-vérité.
Le pavillon japonais : une œuvre qui interroge le déclin démographique
L’installation « Grass Babies, Moon Babies » part d’un constat établi par le Fonds Monétaire International. Dans un article paru en juin 2025, l’institution fait état d’une baisse de la fécondité qui devrait entraîner une baisse significative de la population dans certaines régions du monde. Le Japon est aussi concerné par la baisse démographique. En 2025, l’archipel a enregistré son niveau le plus bas de naissances depuis 1899. L’artiste Ei Karawa-Nash interroge le futur à partir de ces prévisions : « que signifie ce déclin spectaculaire du taux global de fécondité ? Est-ce simplement le signe d’une société à maturité, un pessimisme croissant envers le futur, ou peut-être l’acceptation collective de l’éphémère ? », questionnent les curateurs, Horikawa Lisa et Takahashi Mizuki. Les visiteurs sont invités à suivre un parcours avec un poupon entre les bras, guidés par la voix des enfants de l’artiste. Ei Arakawa-Nash puise ainsi son inspiration dans sa propre parentalité.
Le pavillon espagnol : un musée alternatif
Le projet artistique « Los restos » est le fruit d’un travail de collecte mené par Oriol Vilanova pendant plus de vingt ans. Les murs du pavillon espagnol sont habillés de cartes postales acquises par l’artiste au marché de Sant Antoni à Barcelone puis au marché aux puces de la place du Jeu de Balle de Bruxelles. L’accumulation des images provoque un effet de dilution et forme une mosaïque de dégradés de couleurs. En réunissant ces fragments de correspondance personnelle sans hiérarchie ni narration, l’artiste propose un musée alternatif. Oriol Vilanova s’intéresse au matériel visuel reproductible, matière première d’un art inépuisable, plutôt qu’aux œuvres d’art originales. Ces cartes postales qui, à leur dos, contiennent un message sont aussi détournées de leur destinataire pour être exposées. « Dans Los restos, ces documents ne servent plus de représentations de lieux ou de monuments, mais de fragiles témoins de la manière dont la mémoire s’estompe et ressurgit », détaille la Biennale.
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