Le parquet de Rome a annoncé mener une enquête sur des faits de corruption et de divulgation d’informations confidentielles dans le cadre du projet de construction du pont de Messine.


Le pont sur le détroit de Messine serait-elle la nouvelle tour de Babel ? Ce mardi 9 juin, la justice a annoncé, par une note officielle, avoir lancé une enquête sur le projet de construction. Les investigations visent l’ancien vice-président de la Cour des Comptes Tommaso Miele, l’homme d’affaires Vincenzo Virgiglio, et l’avocat Giacomo Francesco Saccomanno.
L’ancien vice-président de la Cour des Comptes au cœur de l’affaire
Selon l’enquête, l’entrepreneur Vincenzo Virgiglio et Giacomo Francesco Saccomanno, membre du conseil d’administration de la société Stretto di Messina Spa, auraient tenté de corrompre les juges de la Cour des Comptes afin de faire infléchir la position de l’institution sur le pont de Messine. En contrepartie, les deux hommes auraient promis de soutenir les magistrats pour des postes futurs dans des organismes publics après leur départ en retraite.
L’ancien vice-président, Tommaso Miele, aurait servi d’indicateur, informant Virgiglio et Saccomanno des opinions de ses collaborateurs mais aussi de l’état d’avancement de la procédure. L'enquête atteste d’une relation étroite entre Virgiglio et Miele puisque le magistrat a notamment sollicité l’homme d’affaires « afin d’identifier des architectes de confiance pour explorer la possibilité d’obtenir des devis moins chers pour la conception et la rénovation des maisons de ses enfants », comme le rapporte SkyTG24.
Tentatives d’influences présumées sur la Cour des Comptes
En cause : le rejet de la résolution Cipess du 6 août 2025 par la Cour des Comptes. Le Cipess, organe gouvernemental présidé par le Président du Conseil, a approuvé en août dernier le projet définitif du pont sur le détroit. Le projet avait été relancé par le gouvernement Meloni en 2023 par un décret législatif. Celui-ci avait remis sur pied la société Stretto di Messina Spa.
Le 24 septembre 2025, la résolution du CIPESS avait été renvoyée par la Cour des comptes demandant plus de précisions à l’exécutif. Finalement, l’institution qui est en charge de la régularité des comptes publics refuse l’approbation et l’enregistrement de la résolution suspendant son application et mettant un frein au projet. La décision des juges est notamment motivée par le dépassement de 50 % des coûts initiaux qui entraîne, selon la directive européenne sur les marchés publics, le lancement d’un nouvel appel d’offres. Le 17 novembre 2025, la Cour des comptes met un deuxième coup d’arrêt en refusant d’approuver l’arrêté interministériel en date du 1er août.
Le pont de Messine : un rêve suspendu
Les autorités italiennes envisagent de relier la Calabre à la Sicile par un pont depuis plus de cinquante ans. En 1968, les premières opérations d’évaluation sont menées. Trois ans plus tard, le gouvernement autorise la création d’une société pour la construction et la gestion de l’infrastructure. C’est notamment Silvio Berlusconi qui fera du pont de Messine son cheval de bataille. Arrêté en 2008, le projet repart en 2011 sous le gouvernement Berlusconi. Finalement suspendu un an plus tard, il faut attendre les années 2020 pour que le projet refasse surface avec le gouvernement Meloni dont Matteo Salvini en est le principal défenseur.
Le chantier des désunions
L’État devrait débourser pas moins de 13,5 milliards d’euros pour financer l’ouvrage. Cette somme colossale allouée au projet est source de tensions dans le Mezzogiorno moins bien doté en infrastructures que le nord. C’est notamment ce que dénonce le comité local « No Ponte » qui rassemble les Messinois opposés à la construction du pont qui pointent un « gaspillage de l’argent public ».
En janvier 2026, les oppositions ont réclamé de rediriger ces fonds vers la reconstruction des zones touchées par la tempête Harry. Les dégâts avaient été estimés à plus 2 millards d’euros. Le gouvernement avait alors rejeté cette proposition. « Ce pont est indispensable aux Siciliens ; en effet, grâce à lui, les secours pourront probablement arriver plus rapidement en cas de catastrophe », avait répondu, Matteo Salvini.
Les associations de défense de l’environnement alertent aussi sur les conséquences qu’impliquerait un tel projet sur les écosystèmes. La région est notamment connue pour un être un couloir migratoire ornithologique. Avant même qu’une première pierre ait été posée, le pont de Messine n’a pas fini de diviser la société italienne.
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