La première fois que j'ai mis les doigts de pieds dans un hammam, ici à Casa, c'était avec une amie marocaine. Et heureusement, parce que l'initiation est technique. Un peu timide, je la suis aveuglément jusqu'aux vestiaires, enfin jusqu'au couloir dans lequel les femmes se changent
Ne m'étant pas entretenue au préalable avec mon amie sur les conditions à remplir pour remporter cette épreuve (le hammam ? bien sûr que je connais…j'y suis déjà allée plein de fois !), j'avais bien entendu fourré dans mon sac tout ce qui me semblait être approprié à la séance. A savoir un gel douche, un shampoing, une serviette et… un maillot de bain.
Donc, mon sac et moi nous engouffrons dans une mini cabine au rideau un peu étroit où je tente pudiquement d'enfiler mon maillot. Je ne sais pas à ce moment là si le rideau en question me rend vraiment service, mais je suppose que s'il y a des cabines, c'est qu'il est de bon ton de ne pas trop dévoiler son corps. L'exercice de contorsion réussi, je sors fièrement de ma cabine avec mon maillot et ma serviette sur la tête (comme dans les films). Mon amie Lamia éclate de rire, ainsi que les quelques Marocaines présentes…et là, je réalise que quelque chose cloche. Il me suffit d'un rapide coup d'œil autour de moi pour que mes suppositions s'envolent : toutes les femmes sont presque nues, bustes fièrement dévoilés et petite culotte de rigueur… Je ne me démonte pas et décide aussitôt de jouer le mimétisme. Après tout, si l'on n'ose pas la nudité dans un endroit comme celui-ci, on n'osera nulle part ailleurs. Je retourne dans ma petite cabine et ressors en moins de trente secondes avec juste ce qu'il faut pour me fondre dans le décor. Cette fois-ci, c'est parti…
Nous entrons dans la salle chaude, marbrée du sol au plafond et garnie de petits lavabos le long des murs. Des femmes sont installées sur des sortes de tabourets en plastique et sont là à se frotter, se coiffer, papoter, rigoler, une vraie ruche. Je sens quelques regards se poser sur moi, mais Lamia m'entraîne dans un coin et me pose sur un tabouret. Elle commence à déballer sa trousse magique qui regorge de tubes et de pots tout en faisant couler de l'eau dans le lavabo. Je me sens un peut bête avec mon shampoing et mon gel douche, surtout je réalise que je suis passée à côté de l'essentiel : le savon noir. Qu'à cela ne tienne, je me fais dépanner aisément et entame ma séance d'imitation des habituées. Je lave, je rince, je frotte, je vais de salles en salles, puis je rince, et relave, puis frotte de nouveau, je répète autant de fois que nécessaire tous ces gestes donc je ne saisis pas bien l'utilité… Une fois lavée, on est propre, non ?
Et vient enfin mon tour de gommage. Une Marocaine plutôt charpentée me fait signe de grimper sur cette table en marbre qui glisse comme une patinoire, m'enduit à nouveau de savon noir et me presse un demi citron sur le ventre. Ça va bien se passer… (Est-ce qu'elle m'aromatise avant de me manger ?). J'ai juste le temps de m'agripper aux rebords de la table que ma gommeuse commence à me frotter telle une poêle avec une paille de fer. Je n'ose évidement pas protester, même si mes grimaces me trahissent sûrement. J'essaie un timide « chouia… » (Heureusement que je l'ai appris celui-là !), mais je crois qu'elle n'entend pas. Heureusement mon amie Lamia arrive juste au moment où je pensais ne pas pouvoir aller plus loin, et demande à la gommeuse d'y aller un peu plus doucement « tu sais, c'est une française, elle n'est pas habituée, c'est la première fois pour elle. Sois gentille avec elle, fais plus doucement ». Ouf, sauvée.
Je crois que j'ai perdu 300g ce jour-là, entre la vapeur et tous ces petits spaghettis bizarres qui sont sortis de ma peau. Mais je dois avouer que ça faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi bien. Lessivée mais détendue, apaisée comme si mes soucis étaient partis avec les spaghettis ! Depuis j'y suis retournée avec mon amie, plusieurs fois, puis seule. Je teste différents hammams et en profite pour me faire un masque, prendre soins de mes pieds, et toutes ces petites choses que je ne fais pas dans ma salle-de-bain.
J'ai compris que hammam est bien plus qu'une salle-de-bain aujourd'hui, c'est le temple du soin, accessible à toutes les femmes. Et lorsque je parle de soins, il ne s'agit pas de se passer sous la douche et de se faire gommer en quatrième vitesse ! Même s'il n'est pas forcément évident pour nous de prendre le temps de passer en revue chaque centimètre carré de son corps et par là même de redécouvrir des parties qu'on avait parfois oubliées... Pour moi le hammam n'est pas tant un lieu de soins au sens physique qu'un lieu de soins psychologiques, le paradis de la décompression, où maman peut se faire un masque sans être obligée de s'enfermer à double tours dans la salle-de-bains! Depuis je suis devenue hammam-addict !
J.A. (www.lepetitjournal.com-casablanca), vendredi 04 décembre 2009


































