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Intelligence artificielle: Pedro Duque inaugure le séminaire Diálogo

Par Vincent Garnier* | Publié le 28/10/2018 à 12:22 | Mis à jour le 28/10/2018 à 12:34
Photo : © Diálogo
pedro duque

La semaine dernière l'association d'amitié hispano-française a organisé au sein des locaux de la prestigieuse écolde de commerce Instituto de Empresas, un séminaire portant sur l'intelligence artificielle et la circulation des données.

 

L'exercice de vulgarisation, structuré autour de deux tables rondes, a mobilisé un public nombreux, autour des dirigeants de grandes entreprises françaises et espagnoles, précurseures dans les processus d'intégration de l'IA, mais aussi de philosophes, chercheurs et juristes, chargés de mesurer l'impact éthique de cette révolution technologique. Pedro Duque, ministre espagnol des Sciences, de l'innovation et des universités, et Yves Saint-Geours, Ambassadeur de France en Espagne, ont ouvert les débats, en pointant l'importance accordée par leurs gouvernements respectifs et au sein de l'UE, à la question.

 

 


C'est comme une autre obsession bien connue : tout le monde y pense, tout le monde en parle et personne ne comprend vraiment de quoi il s'agit. C'est en tous cas la sensation dominante à propos de cette révolution technologique, "aussi importante que l'arrivée de l'éléctricité il y a un siècle", qui va bouleverser, c'est désormais certain, non seulement notre mode de vie, mais aussi et avant tout, la sphère de l'entreprise et le marché du travail. L'intelligence artificielle repose sur la capacité d'analyse d'énormes quantités de données numériques, à l'instar de celles que notre usage d'Internet et des outils connectés engendre, avec les fameux cookies, mais aussi celles que des machines de production -des robots diront certains- peuvent générer. Toujours est-il que cette analyse est désormais possible, et elle constitue le début -ou la première étape, celle contemporaine- d'un processus qui permet déjà de comprendre et prévoir le comportement de systèmes -humains ou industriels, pour reprendre les deux exemples suscités- à partir d'algorithmes puissants. Les implications de cette révolution sont inombrables à l'échelle entrepreneuriale : en termes de production, d'organisation, de logistique, de relation client, de marketing, entre autres. C'est ce que nous connaissons aujourd'hui et ce sont les effets que nous commençons à mesurer, ou dont nous avons l'intuition qu'ils pourront prochainement se produire.

 

Quelles règles devra-t-on inculquer à la machine quand elle sera amenée à prendre des décisions à notre place ?


Stéphane Canu, Professeur de l'INSA de Rouen Normandie, a tenu au cours de la seconde table ronde, centrée sur les questions éthiques, à distinguer 3 types d'intelligence artificielle : celle contemporaine, basée sur l'analyse de données et que l'on vient d'aborder, mais aussi celle de demain, qui devra être en mesure de "comprendre" le "bon sens" qui régit les réactions humaines (ou la morale, ou les règles de vie), pour pouvoir fonctionner. L'illustration de cette nécessité pour la machine, utilisant les données et agissant en conséquence, en lieu et place de l'être humain, est bien connue : un véhicule automatique en circulation, confronté à une situation d'urgence, se trouve devant le dilemme suivant : renverser une femme enceinte, renverser un vieillard, renverser un homme d'affaires, renverser un indigent, ou bien aller s'écraser contre un mur et atteindre à la vie du -ou des- passager. Quelles règles devra-t-on inculquer à la machine quand elle sera amenée à prendre des décisions à notre place ? Quel sens commun, quelle morale, justifieront ces règles ? Enfin, troisième étape pour Stéphane Canu, "la super intelligence artificielle" : celle qui a une conscience propre et qui ne pourra fonctionner que lorsque nous serons en mesure de comprendre ce qu'est l'intelligence elle même. D'une matinée au sein d'une des business school les plus prestigieuses de la capitale, le séminaire Diálogo projetait d'un seul coup toute la salle dans un futur de science fiction digne des ouvrage les plus aventureux d'Hubert Reeves.

 

Aujourd'hui, toute l'industrie n'est pas encore préparée

Science fiction ou pas, la réalité d'aujourd'hui prépare clairement le chemin vers un avenir où la machine prendra un rôle prépondérant, reléguant l'être humain à d'autres fonctions. L'entreprise s'y prépare, l'anticipe, ou l'utilise pour améliorer sa compétitivité. Pernod Ricard España, Prosegur et Dassault Systèmes ont illustré lors de la première table ronde, dans quelle mesure l'intelligence artificielle était intégrée dans leurs processus, évoquant les défis, les implications et les avantages liés à cette démarche. Ils sont en tous cas les précurseurs d'une tendance qui devrait impacter l'ensemble de la chaine de production : à l'instar de Dassault Systèmes, qui développe des logiciels permettant de modéliser des grand volumes de données, dans une multitude de domaines. A l'image aussi du co-leader mondial sur le secteur des boissons alcoolisées, et de son usine espagnole, qui utilise l'analyse des données pour améliorer ses processus de fabrication, encourageant ses sous-traitants à intégrer eux aussi l'IA, afin de prolonger la démarche hors de la structure et en amont, et contrôler plus encore les variables et les coûts de production. "Nous fabriquons en Espagne pour plus de 60 pays", a expliqué Pedro Casablanca, Directeur des Opérations, "et l'usage des techniques algorithmiques nous permet de réaliser une planification avancée, qui suppose des approvisionnements et un suivi des matières premières en résonnance, obligeant nos fournisseurs à s'adapter pour être capables de nous fournir les données permettant de consolider cette planification". Et le constat est que clairement, aujourd'hui, toute l'industrie n'est pas encore préparée pour jouer dans cette ligue.

 

Il y a une véritable guerre pour séduire les talents

A l'aune de l'industrie 4.0 l'intelligence artificielle va néanmoins supprimer un grand nombre de postes de travail dans la chaine de production. La machine remplacera l'homme, comme elle l'a fait dans moult processus par le passé, mais à une échelle plus importante et plus rapide encore. "Il va se détruire de l'emploi, mais se créer de nouveaux postes en parallèle", ont avancé les intervenants, qui ont par ailleurs souligné leurs difficultés à embaucher dès aujourd'hui des profils capables de superviser des opérations industrielles intégrant cette technologie. "Il y a une véritable guerre pour séduire les talents", a reconnu le représentant de Prosegur. "Nous sommes en concurrence non seulement avec les entreprises de notre secteur, mais aussi avec des Google ou des Amazon, pour embaucher des personnes qualifiées". Autre table ronde, autre analyse : oui, il va se détruire et se créer de l'emploi en même temps, mais les deux phénomènes n'affecteront pas les mêmes populations de travailleurs. Toujours est-il que les nouvelles compétences requises par l'émergence de l'intelligence artificielle, et celles qui vont être demandées dans 10 ans, vont obliger les gouvernements à créer les filières universitaires correspondantes, s'ils souhaitent être de la bataille -et à cet égard ni la Chine ni les Etats-Unis ne nous attendent, ont glissé les différents intervenants. Le séminaire ne l'a presque pas évoqué, mais ces mêmes gouvernements devront aussi savoir gérer les ressources humaines exclues du marché du travail. Seul Javier Rodríguez-Alcázar, Professeur de Philosophie morale de l'Université de Grenade, a averti : dans un processus où l'être humain sera toujours plus relégué au statut de consommateur, et chaque fois moins inclus dans la production, il sera peut être nécessaire, pour la survie même des entreprises, d'envisager la création d'un revenu universel. Lors d’un discours à Harvard en mai 2017, un certain Mark Zuckerberg défendait déjà la même idée. Bonne ou mauvaise, elle pose clairement la question du que fera-t-on des exclus du 4.0.

 


En introduction du séminaire, Pedro Duque, ministre espagnol des Sciences, de l'innovation et des universités, avait longuement détaillé les différents outils mis en place à l'échelle espagnole et européenne pour accompagner le développement de l'Intelligence artificielle. L'ex-astronaute a notamment cité la France comme modèle en la matière pour l'Espagne. "Nous nous trouvons à un tournant et devons faire face à de nombreux défis", avait pour sa part résumé l'Ambassadeur de France en Espagne, Yves Saint-Geours. "Si nous ne nous organisons pas au niveau européen, nous risquons de nous retrouver dans une situation difficile", avait-il évoqué, eut égard à l'avancée en la question d'autres régions du monde. Devant l'ampleur des bouleversements liés à l'IA, l'ambassadeur a défendu la nécessité de vulgarisation et de partage, afin de préparer l'ensemble de la société à la question et de faire prendre part l'ensemble des acteurs aux débats -notamment ceux éthiques. Les débats ont amplement confirmé son postulat.

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