Édition internationale

À Madrid, le nouveau DG de l’AEFE fixe le cap pour le réseau français

Nommé directeur général de l’AEFE le 15 juin, Alexandre Morois a choisi le Lycée français de Madrid pour effectuer sa première rentrée à la tête de l’Agence, le 3 septembre. Alors que les 640 établissements du réseau accueillent 400 000 élèves dans 140 pays, il revient sur les grands enjeux de cette rentrée : réforme de l’opérateur public, attractivité du réseau et priorités pédagogiques, notamment en Espagne.

Alexandre Morois, nouveau DG de l'AEFEAlexandre Morois, nouveau DG de l'AEFE
Alexandre Morois, nouveau DG de l'AEFE / ©Sabrina Budon
Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 10 septembre 2026

 

Diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris, diplomate de carrière, Alexandre Morois est, depuis le 15 juin dernier, directeur général de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), l’opérateur de l’État chargé de piloter le réseau des 640 établissements d’enseignement français homologués scolarisant plus de 400.000 élèves dans 140 pays.

Il a occupé auparavant différentes fonctions à l’étranger, à Vienne, Rabat, près le Saint-Siège et à Athènes, et en administration centrale, notamment au secrétariat général du Gouvernement et à la direction des ressources humaines du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Il était directeur des affaires financières du ministère au moment de sa nomination à l’AEFE.

 

Une première rentrée à la tête de l’AEFE, à Madrid

Vous avez choisi de faire votre rentrée au Lycée français de Madrid. Pourquoi ce choix et quelles sont, pour vous, les priorités de cette rentrée dans le réseau ibérique ?

J’ai fait de nombreuses rentrées comme parent d’élève mais c’était effectivement ma première rentrée en tant que directeur général de l’AEFE. J’ai souhaité me rendre dans le réseau ibérique, un des « réseaux dans le réseau », à la qualité reconnue : avec 23 établissements - 3 établissements en gestion directe, 4 conventionnés et 16 partenaires, et 370 personnels titulaires détachés par l’Agence, le réseau ibérique est le plus développé en Europe. J’ai souhaité mieux comprendre ses enjeux spécifiques et apporter mon soutien à ses établissements qui accueillent près de 20 000 élèves. Dans le réseau ibérique, la première priorité consiste à travailler sur l’attractivité des établissements dans un contexte de baisse de la natalité, d’une qualité croissante du système local, notamment au niveau de la maternelle, et d’une concurrence internationale accrue.

Mon choix s’est porté sur le lycée de Madrid car c’est à la fois un lycée historique (il a plus de 140 ans), un « navire-amiral » du réseau (plus de 4200 élèves) et un établissement à la pointe des innovations architecturales (sa nouvelle médiathèque a valu un prix à son architecte) et pédagogiques, notamment sur l’inclusion scolaire. Il a par ailleurs réussi à enrayer la baisse des effectifs en maternelle. Enfin, cet établissement a accueilli en mai dernier avec succès le 7ème FOMA, forum mondial des alumni des lycées français du monde. Je souhaite renforcer la mobilisation de nos anciens élèves au niveau de l’ensemble du réseau, car ils sont nos meilleurs ambassadeurs. Ce sont eux qui parlent le mieux de tout ce qu’une scolarité dans notre réseau peut apporter.

 

 

Renforcer l’attractivité du réseau français à l’étranger

L’AEFE doit aujourd’hui relever le défi de l’attractivité de son réseau, dans un contexte de concurrence accrue et de contraintes budgétaires. Quelle stratégie souhaitez-vous mettre en œuvre pour renforcer l’attractivité des établissements français à l’étranger ?

L’attractivité du réseau de l’enseignement français à l’étranger constitue l’un de nos meilleurs atouts. Elle ne se dément pas, avec l’augmentation du nombre d’établissements et d’élèves scolarisés, année après année. Mais, dans le contexte de concurrence accrue que vous mentionnez, nous devons être toujours en mouvement et à l’initiative, pour améliorer en permanence notre offre éducative en l’adaptant aux nouveaux défis et aux attentes des parents. Il n’y aurait rien de plus dangereux que de se reposer sur nos acquis. Cela suppose une forte mobilisation, au siège mais aussi dans chaque établissement, avec de nouvelles techniques, de nouvelles approches. Les établissements développent chaque jour des initiatives locales. Notre rôle est de les accompagner et de valoriser des projets qui pourraient être ensuite modélisants pour le réseau. Cette stratégie passe aussi par une communication adaptée : mieux faire savoir ce qui se fait d’innovant dans le réseau, mieux montrer la qualité du quotidien mais aussi, mieux donner à voir ce qui fait l’identité de notre réseau : l’accueil bienveillant, l’ouverture au monde, le développement des valeurs citoyennes - en un mot, mieux montrer pour mieux créer l’adhésion.

L’intérêt pour notre réseau est très fort comme j’ai pu le constater lors de la Fabrique de la diplomatie organisée par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères où nous avons reçu plus de 500 personnes sur notre stand. Cette ouverture à d’autres publics, cette meilleure connaissance de l’AEFE, en France également, passera par un développement de nos outils de communication et je suis d’ailleurs heureux de vous annoncer en avant-première l’ouverture prochaine d’une chaîne de podcasts AEFE : « Résonances, les podcasts des lycées français du monde ».

 

 

Les arguments de l’enseignement français à l’étranger

Si vous deviez convaincre aujourd'hui un parent sceptique pour l'enseignement français à l'étranger, que lui diriez-vous ?

L’enseignement français à l’étranger, en plus de son excellence académique bien identifiée (98,8% au bac cette année, 41 récompenses au concours général), qui permet l’accès de nos élèves au meilleur de l’enseignement supérieur, en France et partout dans le monde, dispose de trois spécificités :

Tout d’abord, le plurilinguisme, c’est-à-dire que nous offrons à nos élèves le développement de compétences renforcées en langues avec la délivrance d’un baccalauréat français international et une ouverture culturelle unique ;

Ensuite, la continuité pédagogique et la garantie d’une qualité pédagogique uniforme dans 140 pays. C’est en particulier très rassurant pour des parents amenés à changer de pays ou à revenir en France. L’intégration dans un nouvel établissement se fait alors sans rupture ;

Enfin, la puissance d’un réseau, avec des événements fédérateurs (comme l’orchestre et le chœur des lycées français du monde, initiés par le lycée français de Madrid, la possibilité pour des élèves de seconde d’effectuer une mobilité dans un autre établissement du réseau, un réseau de 800 000 alumni etc.)

Pour résumer, choisir un lycée français à l’étranger, c’est allier une excellence pédagogique internationale et une identité spécifique, reconnue et appréciée par les parents d’élèves.

 

 

Une réforme de l’AEFE et 28 nouveaux établissements

La réforme de l’opérateur public est l’un des grands chantiers qui vous attendent. Quelles évolutions cette réforme va-t-elle concrètement entraîner pour les établissements, les personnels et les familles expatriées ?

L’Agence a demandé à sa tutelle, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, de lui confier le mandat de proposer une réforme d’ensemble. Nous pensons en effet être les mieux à même d’expertiser les recommandations figurant dans les différents rapports qui ont été publiés à l’été, notamment ceux de Mme Samantha Cazebonne et des trois inspections générales, d'enrichir la réflexion grâce à des concertations engagées avec l'ensemble des acteurs du réseau et une forte mobilisation en interne. Nous visons une réforme ambitieuse, avec un volet important qui concernera directement nos établissements. Nous proposerons notamment une refonte du système des contributions autour de trois objectifs : équité, prévisibilité et soutenabilité. Plus encore que le niveau des frais de scolarité, c’est l’absence actuelle de prévisibilité qui est critiquée par les parents d’élèves. Nous nous devons de leur apporter une réponse concrète pour qu’ils continuent de nous faire confiance en nous confiant leurs enfants.

28 nouveaux établissements AEFE en cette rentrée, comment gérer ces nouveaux entrants à l'heure où une réforme est en cours ?

C’est d’abord pour nous une grande joie que de voir la grande famille des établissements homologués s’enrichir de 28 nouveaux arrivants. Cela nous permet de toucher de nouveaux publics et de tendre vers une couverture universelle puisque, grâce aux deux nouveaux pays qui accueillent pour la première fois un établissement d’enseignement français à l’étranger, Malte et la Nouvelle-Zélande, nous sommes désormais présents dans 140 pays.

L’Agence dispose d’une longue expérience dans l’accueil et la gestion des nouveaux établissements. Ils vont bénéficier d’un appui particulièrement attentif du siège et seront accompagnés sur le terrain par les formateurs. L’entrée dans le réseau signifie pour eux un accès à une gamme de services de l’agence très étendue, qu’il s’agisse des actions de formation délivrées dans leur zone respective, des outils collaboratifs leur permettant de s’intégrer dans différents groupes selon les thématiques qu’ils souhaitent ou encore de projets pédagogiques conçus autour des priorités du réseau, comme ADN demain durable qui fait travailler ensemble des classes du monde entier autour de la thématique du développement durable ou encore l’action pédagogique « j’écris, je crée » qui permet aux élèves de s’approprier la langue française.

 

 

Les priorités pédagogiques pour 2026-2027

Au-delà de la question des effectifs, quelles sont vos priorités pédagogiques pour les prochaines années et, plus particulièrement, quelles ambitions portez-vous pour le réseau français en Espagne ?

Chaque rentrée scolaire, nous mettons en place des priorités qui vont rythmer l'année. À la rentrée 2026, il y en aura trois principales.

Tout d’abord, le déploiement d'un plan langue française. Au sein du réseau AEFE, deux tiers de nos élèves ne sont pas de nationalité française, ils n’ont donc pas la langue française comme langue maternelle. Parfois, ils nous rejoignent en cours de scolarité. Nous souhaitons donc adapter ces parcours avec des réponses pédagogiques adaptées selon leur situation personnelle, pour que la maîtrise du français reste un facteur de réussite. Notre réseau connaît un nombre croissant d’arrivées d’élèves en cours de cycle scolaire et nous devons nous adapter à cette réalité nouvelle pour les intégrer le plus rapidement possible.

Ensuite, le plan « maternelle ». Ce sont des années de scolarité où beaucoup de choses se mettent en place. Nous souhaitons faire valoir les spécificités du modèle français de la maternelle : permettre à chaque enfant de grandir dans un environnement bienveillant et sécurisant qui s'adapte au rythme de l'enfant, avec un parcours fondé sur l'exploration et le jeu qui nourrit les apprentissages. Cette priorité répond également au besoin de nos établissements en Espagne.

Enfin, j’ajouterai la santé, qui sera notre grande priorité pédagogique de l'année, comme en France, à travers le thème « Communiquer, prévenir, accompagner, agissons ensemble pour notre santé ». Nous voulons porter une approche globale des problématiques de santé pour les élèves et aussi pour les personnels. Cela inclut aussi la santé mentale. Nous aurons plusieurs rendez-vous en ce sens, notamment la semaine des lycées français du monde, les jeux internationaux de la jeunesse au Caire, la journée de la résilience le 13 octobre, et une journée organisée par l’OMS le 07 avril 2027.

A côté de ces priorités annuelles, nous poursuivrons notre action dans les domaines de la formation et de l’innovation. Le réseau est constitué de 300 formateurs et possède 16 instituts régionaux de formation. Ils ont dispensé l’année dernière 40 000 heures de formation, qui contribuent au renforcement de la qualité de notre enseignement. Nous avons également développé un label « e-nov », qui permet de valoriser les établissements particulièrement engagés dans l’innovation pédagogique.

S’agissant plus spécifiquement de notre réseau en Espagne, l’une de nos priorités pédagogiques sera de continuer à accompagner les parcours linguistiques dès les petites classes et de renforcer l’enseignement de et en anglais. C’est une forte demande des parents et l’AEFE entend y répondre.

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