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​​​​​​​Doggy bags, consigne, portions : ce qui change dans les restaurants en Espagne

La nouvelle législation espagnole vise autant les habitudes des consommateurs que celles des professionnels, avec des obligations inédites pour les restaurants, supermarchés et commerces alimentaires. Derrière ces mesures : la volonté de rapprocher l’Espagne des objectifs européens en matière de recyclage et de réduction des déchets.

Une dame dans un restaurant donne un doggy bag à un clientUne dame dans un restaurant donne un doggy bag à un client
Nouvelle loi anti-gaspillage en Espagne : Restaurants et commerces doivent changer leurs pratiques. Un tournant qui va aussi transformer nos habitudes de consommation
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 13 mai 2026

Tupperwares gratuits pour les restes, portions plus souples, plans anti-gaspillage obligatoires… En Espagne, bars et restaurants entrent progressivement dans une nouvelle ère sous pression écologique et réglementaire. Depuis avril 2026, toutes les mesures prévues par la Loi de prévention des pertes et du gaspillage alimentaire sont officiellement applicables, après une année laissée au secteur pour s’adapter. Et ce n’est qu’un début : à partir de novembre 2026, un système de consigne sur les bouteilles plastiques et les canettes viendra encore transformer les habitudes de consommation.

Derrière cette offensive, Madrid et Bruxelles poursuivent le même objectif : réduire un gaspillage alimentaire toujours massif. Chaque année, plus d’un milliard de kilos d’aliments sont encore jetés en Espagne, selon le ministère de l’Agriculture, pour un coût estimé à environ 250 euros par personne. 

 

En Espagne, les restaurants devront proposer des “doggy bags” gratuits

C’est la mesure la plus concrète pour les clients. Désormais, bars et restaurants doivent permettre aux consommateurs d’emporter gratuitement les aliments non consommés à la fin du repas, dans des contenants adaptés, recyclables ou réutilisables.

L’information devra être affichée de manière visible dans l’établissement, de préférence sur la carte ou le menu. Seuls les buffets à volonté échappent à cette obligation, les autorités invoquant des raisons sanitaires liées à la manipulation des aliments.

Très répandue dans plusieurs pays européens, cette pratique du “doggy bag” restait encore relativement peu ancrée dans les habitudes espagnoles. Elle dispose désormais d’un véritable cadre légal.

 

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Petites portions dans les restaurants : ce que dit vraiment la loi espagnole

Ces derniers mois, plusieurs médias espagnols ont annoncé la fin du “plat unique”, affirmant que les restaurants seraient désormais obligés de proposer des portions petites, moyennes ou grandes pour chaque plat. En réalité, le texte est plus nuancé.

La loi encourage bien les établissements à assouplir leurs menus et à proposer différents formats ou grammages afin d’adapter les quantités à l’appétit des clients et limiter les restes. Mais cette mesure relève davantage de la recommandation que de l’obligation sanctionnable.

Le dur de la réforme se situe ailleurs. Tous les acteurs de la chaîne alimentaire devront désormais disposer d’un véritable plan de prévention du gaspillage. Objectif : repérer les pertes, réduire les déchets et définir une stratégie claire pour les surplus alimentaires. La hiérarchie fixée par la loi est stricte : priorité à la consommation humaine et aux dons, avant l’alimentation animale, le compost ou la valorisation énergétique.

Jusqu’à 500.000 euros d’amende

Le gouvernement espagnol entend faire du gaspillage alimentaire un véritable enjeu économique, et non plus seulement moral ou environnemental. Les sanctions prévues par la loi peuvent atteindre 2.000 euros pour les infractions légères, 60.000 euros pour les graves et grimper jusqu’à 500.000 euros dans les cas les plus sérieux ou répétés.

Les supermarchés sont eux aussi dans le viseur. La loi les pousse à multiplier les promotions sur les produits proches de leur date limite, à encourager les produits de saison ou encore à commercialiser des fruits et légumes “imparfaits”, écartés jusqu’ici pour des raisons purement esthétiques malgré leur parfaite qualité sanitaire.

 

Une consigne sur les bouteilles et canettes dès novembre 2026

Autre révolution en approche : à partir de novembre 2026, l’Espagne commencera à déployer un système de consigne sur les bouteilles plastiques et les canettes, dans la lignée de pays comme l’Allemagne, le Danemark ou, plus récemment, le Portugal.

Le principe est simple : lors de l’achat d’une boisson, le consommateur paiera un petit dépôt supplémentaire — autour de 10 centimes dans la plupart des cas — qu’il récupérera ensuite en rapportant l’emballage vide dans un point de collecte autorisé.

Ce dispositif, baptisé SDDR (Sistema de Depósito, Devolución y Retorno), doit permettre à l’Espagne de combler son retard en matière de recyclage. En 2023, seuls 41,3 % des bouteilles plastiques à usage unique avaient été collectés dans le pays, très loin des objectifs européens fixés à 70 %.

Supermarchés, commerces et une partie du secteur de la restauration vont donc devoir intégrer progressivement cette nouvelle logique de retour et de réutilisation des emballages.

Entre pression écologique venue de Bruxelles, lutte contre le gaspillage et transformation des habitudes de consommation, la restauration espagnole amorce ainsi un virage profond, plus durable… et plus réglementé.


 

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