Édition internationale

L’Espagne devient le pays le plus protecteur d’Europe pour les personnes LGBT+

L’Espagne prend la tête du classement européen des droits LGBT+. Selon le Rainbow Map 2026 publié par l’organisation ILGA-Europe, le pays est désormais celui qui offre le plus haut niveau de protection légale aux personnes LGBT+ sur le continent, devant Malte, longtemps considérée comme la référence européenne en la matière.

deux femmes de dos avec un drapeau LGBTI+deux femmes de dos avec un drapeau LGBTI+
@Pavel Danilyuk, Pexels.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 13 mai 2026

C’est un petit basculement symbolique dans la cartographie européenne des droits LGBT+. Avec 89 % de conformité aux critères retenus par ILGA-Europe, l’Espagne grimpe de quatre places en un an et déloge Malte, installée au sommet du classement depuis dix ans. Publié chaque année, le Rainbow Map passe au crible 49 pays européens à travers 76 indicateurs liés aux droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes. 

Le rapport examine aussi bien les protections contre les discriminations que le mariage et les droits familiaux, la reconnaissance légale du genre, la lutte contre les crimes et discours de haine, le droit d’asile ou encore la liberté d’association.

Pour Katrin Hugendubel, directrice adjointe d’ILGA-Europe, l’Espagne fait désormais figure de « l’un des pays les plus solides au monde » en matière de protection juridique des personnes LGBT+. Elle salue aussi « une volonté politique claire » dans une Europe où, selon elle, plusieurs gouvernements reculent sous la pression de l’extrême droite.

 

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L’Espagne consolide ses lois LGBT+ malgré la poussée conservatrice

L’organisation internationale met particulièrement en avant la mise en œuvre des lois LGBT+ et trans adoptées en 2023. ILGA-Europe salue notamment l’adoption de plans d’égalité, la création d’une autorité indépendante chargée de garantir l’égalité de traitement, mais aussi la pleine dépathologisation des personnes trans dans le système de santé espagnol.

Le rapport insiste également sur la bataille politique et juridique menée ces derniers mois par le gouvernement de Pedro Sánchez face à certaines offensives régionales contre les droits du collectif. ILGA-Europe cite directement les cas de Madrid et de la Communauté valencienne, où plusieurs réformes soutenues par le PP et Vox ont été contestées par l’exécutif devant le Tribunal constitutionnel.

À Valence, les modifications de la loi trans régionale ouvraient notamment la voie aux thérapies de conversion dites « réparatrices », limitaient les contenus liés à la diversité sexuelle et de genre dans les établissements scolaires et permettaient aux parents de bloquer certains changements administratifs concernant leurs enfants mineurs. Madrid a saisi la justice, estimant que ces mesures portaient atteinte à des droits constitutionnels.

« Le gouvernement a résisté aux tentatives de détricoter les avancées obtenues. C’est particulièrement remarquable », juge Katrin Hugendubel, qui voit dans la position espagnole un contre-modèle face à la poussée conservatrice observée dans plusieurs pays européens.

 

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Une Europe de plus en plus divisée

Le classement 2026 dessine une Europe à deux vitesses. Derrière l’Espagne (89 %) suivent Malte (88 %), la Belgique et le Danemark (85 %), puis l’Islande (84 %). La France, elle, n’arrive qu’en 15e position avec 60 %, loin derrière son voisin espagnol, mais encore au-dessus de la moyenne européenne, fixée à 43 %.

À l’autre bout du tableau, le contraste est brutal. La Roumanie reste le pays le moins protecteur de l’Union européenne, tandis que l’Arménie, la Biélorussie, la Turquie, l’Azerbaïdjan et surtout la Russie ferment la marche. Moscou plafonne à 2 %, dernier du classement pour la troisième année consécutive.

ILGA-Europe alerte sur un recul progressif des droits LGBT+ dans plusieurs pays autrefois considérés comme moteurs. Elle cite notamment le gel du plan national allemand, les velléités de réforme conservatrice au Portugal ou encore les restrictions croissantes du droit de réunion en Italie.

« Le Rainbow Map 2026 raconte deux histoires à la fois », résume Katrin Hugendubel. « Celle du courage politique dans certains pays comme l’Espagne, et celle d’une offensive de plus en plus forte contre les droits LGBT+ et parfois contre les principes démocratiques eux-mêmes. »

 

Lois progressistes, tensions persistantes : les paradoxes espagnols

Malgré cette première place historique, les associations rappellent qu’un bon classement ne protège pas automatiquement de la violence ou des discriminations du quotidien. Les droits inscrits dans la loi ne se traduisent pas toujours dans la rue, à l’école ou sur les réseaux sociaux.

Le rapport pointe plusieurs fragilités persistantes en Espagne : la montée des discours de haine, les agressions LGBTphobes ou encore l’absence de reconnaissance juridique des personnes non binaires, déjà partiellement admises dans des pays comme l’Allemagne, le Danemark ou l’Islande. ILGA-Europe regrette aussi l’enlisement du Pacte d’État contre les discours de haine, annoncé il y a deux ans mais toujours inabouti. 

Pour les organisations LGBT+, cette première place reste malgré tout hautement symbolique. Elle consacre l’image d’une Espagne devenue, en quelques décennies, l’un des pays les plus avancés d’Europe sur les questions d’égalité et de diversité.

Mais le rapport rappelle aussi qu’un cadre légal avancé ne suffit pas toujours à effacer les tensions, les violences ou les fractures qui traversent encore une partie de la société européenne.

 

Classement européen des droits LGBT+ (Rainbow Map 2026)

  1. Espagne — 89 %
  2. Malte — 88 %
  3. Belgique — 85 %
  4. Danemark — 85 %
  5. Islande — 84 %
  6. Finlande — 70 %
  7. Allemagne — 70 %
  8. Norvège — 69 %
  9. Suède — 68 %
  10. Luxembourg — 68 %
  11. Grèce — 68 %
  12. Portugal — 67 %
  13. Pays-Bas — 64 %
  14. Irlande — 61 %
  15. France — 60 %
  16. Autriche — 55 %
  17. Slovénie — 54 %
  18. Monténégro — 53 %

Moyenne de l’Union européenne : 52 %

  1. Croatie — 51 %
  2. Suisse — 50 %
  3. Estonie — 46 %
  4. Royaume-Uni — 44 %
  5. Andorre — 43 %

Moyenne européenne : 43 %

  1. Albanie — 41 %
  2. Moldavie — 38 %
  3. République tchèque — 37 %
  4. Bosnie-Herzégovine — 37 %
  5. Kosovo — 35 %
  6. Serbie — 34 %
  7. Chypre — 34 %
  8. Liechtenstein — 31 %
  9. Lettonie — 30 %
  10. Macédoine du Nord — 29 %
  11. Saint-Marin — 29 %
  12. Slovaquie — 25 %
  13. Italie — 24 %
  14. Lituanie — 24 %
  15. Hongrie — 23 %
  16. Pologne — 22 %
  17. Bulgarie — 20 %
  18. Ukraine — 19 %
  19. Roumanie — 19 %
  20. Monaco — 14 %
  21. Géorgie — 12 %
  22. Arménie — 9 %
  23. Biélorussie — 7 %
  24. Turquie — 5 %
  25. Azerbaïdjan — 2 %
  26. Russie — 2 %

 

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