Édition internationale

Politesse : l’Espagne mal classée dans le monde, pourquoi ça coince

22e sur 25 : l’Espagne recule dans un classement mondial de la politesse. En cause, moins un manque de savoir-vivre qu’un choc de cultures.

Deux scènes côte à côte : à gauche, deux pratiquants d’aïkido s’inclinent en silence dans un dojo japonais ; à droite, deux hommes se saluent par une bise dans une rue animée en Espagne, illustrant deux codes culturels du respect.Deux scènes côte à côte : à gauche, deux pratiquants d’aïkido s’inclinent en silence dans un dojo japonais ; à droite, deux hommes se saluent par une bise dans une rue animée en Espagne, illustrant deux codes culturels du respect.
@Image générée par IA via DALL·E – OpenAI
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 21 avril 2026

Dire « bonjour », faire la bise, garder ses distances, parler à voix basse ou occuper l’espace… Autant de gestes anodins qui, d’un pays à l’autre, ne racontent pas la même chose. La politesse, loin d’être universelle, fonctionne comme une langue, avec ses règles, ses nuances, et parfois ses malentendus.

C’est ce que met en lumière une enquête mondiale menée par Remitly auprès de plus de 4.600 personnes dans 26 pays. Ici, pas question de diplômes ni de systèmes scolaires : l’étude s’intéresse au savoir-vivre tel qu’il est perçu — respect, amabilité, patience, manière d’interagir avec les autres. Et dans ce jeu de regards croisés, l’Espagne se retrouve reléguée… en bas de classement.

 

Villes d’Espagne : où les habitants sont-ils les plus aimables… et les moins ?

 

Politesse mondiale : le Japon écrase le classement

Le score ne laisse guère place au doute : le Japon survole le classement, avec plus de 35 % des voix — presque trois fois le Canada, bon deuxième à 13,4 %. Une domination qui tient à des réflexes bien installés : respect des autres, discrétion — notamment dans les transports publics —, ponctualité, goût de l’harmonie.

Derrière ce duo de tête, le Royaume-Uni complète le podium, tandis que la Chine et l’Allemagne ferment le top 5. Un peloton de tête sans grande surprise, mais révélateur d’une certaine idée, très codifiée, de la politesse.

 

Le Nord en modèle, l’Espagne à la traîne

Plus largement, l’Europe s’impose comme la région la plus représentée dans le classement : plus de la moitié des 25 pays cités viennent du Vieux Continent. Mais là encore, un clivage apparaît. Ce sont surtout les pays du nord — Suède, Danemark, Finlande — qui tirent leur épingle du jeu, portés par une culture du civisme et de la retenue très valorisée à l’international. À l’inverse, les pays du sud ont tendance à apparaître plus bas.

L’Espagne pointe ainsi à la 22e place sur 25, loin derrière la plupart de ses voisins européens. De quoi surprendre pour un pays souvent associé à l’accueil et à la convivialité. Mais ici, tout est affaire de regard. Ce classement mesure une perception extérieure, filtrée par d’autres codes. La proximité, la spontanéité, le volume sonore ou la franchise — autant de marqueurs de chaleur en Espagne — peuvent, ailleurs, passer pour un manque de distance et donc de respect.

 

Mon premier jour en Espagne : 5 expatriés racontent leur arrivée

 

Bise ou révérence : deux visions du respect qui s’opposent

Ce décalage rappelle une évidence : la politesse n’est jamais universelle, elle est une affaire de codes. Là où certains valorisent la retenue et la distance, d’autres privilégient le contact et la spontanéité, sans que cela soit moins respectueux.

Un exemple très parlant : en Espagne, il est courant de saluer quelqu’un par deux bises, y compris dans un contexte professionnel ou lors d’une première rencontre. Un geste perçu comme chaleureux, naturel, presque indispensable. Au Japon, en revanche, ce contact physique serait profondément inapproprié : on privilégie l’inclinaison du buste, sans toucher l’autre, pour marquer le respect et maintenir une distance codifiée.

Le malentendu ne tient donc pas à l’intention, mais à la forme. Là où l’Espagnol cherche à réduire la distance pour signifier la considération, le Japonais la maintient pour exprimer ce même respect. Deux gestes, deux intentions similaires — montrer du respect — mais deux langages culturels radicalement différents.

Ces nuances façonnent l’image d’un pays aux yeux des visiteurs, et pèsent, bien plus qu’on ne le croit, dans les échanges touristiques comme dans les relations internationales.

 

Français vs Espagnols : les différences culturelles vues par des lycéens

 

L’Espagne progresse à l’école, mais reste mal perçue sur le savoir-vivre

Un autre débat, bien distinct, concerne l’éducation au sens scolaire du terme. Et là, le tableau se nuance. L’Espagne a fait de nets progrès, avec un décrochage scolaire tombé à 12,8 %, loin des plus de 30 % du début des années 2000. Une baisse tangible, même si le pays reste au-dessus de la moyenne européenne.

Dans le même temps, le système éducatif fait face à plusieurs défis : fortes disparités entre les régions, critiques persistantes sur le niveau des élèves, et poussée du privé, désormais sur le point de rattraper, voire dépasser, le public en nombre d’établissements.

Au fond, ce classement parle peut-être moins des pays que de ce que le monde attend d’eux. L’Espagne, elle, continue de jouer sa partition : proximité, spontanéité, expressivité... Des qualités qui plaisent, mais qui débordent parfois les cadres plus “normés” de la politesse.

Dans un monde globalisé, comprendre ces différences devient essentiel. Car derrière un simple classement se cache une question plus large : faut-il se conformer… ou assumer pleinement sa différence ?

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.