En Espagne, la campagne de la déclaration de revenus 2025-2026 marque un tournant discret. Plus de 3,5 millions d’avis seront envoyés aux contribuables : le fisc espagnol (Hacienda) n’attend plus, il anticipe, alerte et encadre. Une stratégie assumée par la directrice de l’Agencia Tributaria, Soledad Fernández Doctor, qui redéfinit en creux la relation entre l’administration et les citoyens.


Depuis l’ouverture de la campagne début avril, les contribuables peuvent déclarer leurs revenus en ligne jusqu’au 30 juin. Mais cette année, une nouveauté de taille s’impose en Espagne : le déploiement massif d’alertes personnalisées.
Au total, plus de 3,5 millions de notifications seront envoyées pour signaler d’éventuels oublis ou incohérences. L’objectif est clair : éviter les erreurs avant qu’elles ne deviennent des infractions.
Concrètement, ces avis concernent plusieurs situations bien identifiées :
- les ventes sur des plateformes comme Wallapop ou Vinted
- les locations immobilières (résidence principale ou touristique)
- les opérations en crypto-monnaies
- les revenus perçus à l’étranger
Le fisc s’appuie désormais sur un croisement massif de données : plateformes numériques, administrations étrangères, communautés autonomes… Un filet qui se resserre, où les angles morts fiscaux se font de plus en plus rares.
Wallapop, Airbnb, cryptos : ces revenus que Hacienda ne laisse plus passer
Dans le viseur, une économie en pleine expansion : celle des revenus digitaux.
Près de 437.000 contribuables recevront un rappel concernant leurs ventes en ligne. Sont concernés ceux qui dépassent 30 transactions annuelles ou 2.000 euros de gains. Une conséquence directe de la directive européenne DAC7, qui oblige les plateformes à transmettre les données des utilisateurs.
Même logique pour :
- 867.000 propriétaires percevant des loyers
- plus de 1,2 million d’utilisateurs de cryptomonnaies
- plus d’un million de contribuables avec des revenus à l’étranger
Autrement dit, vendre un vélo sur une appli, louer un appartement ou investir en crypto n’est plus invisible pour l’administration.
Trois temps pour éviter l’erreur
La grande nouveauté réside dans la méthode. Le fisc espagnol structure désormais son action en trois phases :
- Avant la déclaration : des alertes apparaissent dès la consultation des données fiscales
- Pendant : des avertissements signalent incohérences ou oublis
- Après : des messages invitent à corriger volontairement sa déclaration
Ce dernier point est loin d’être anecdotique : l’an dernier, un contribuable sur deux ayant reçu ce type de courrier a finalement corrigé sa déclaration. Un chiffre qui illustre autant l’efficacité du système que son pouvoir dissuasif.
Autre innovation notable : le fisc ne se contente plus de pointer les erreurs, il signale aussi certaines déductions possibles. Pour la première fois, certains contribuables recevront des notifications leur indiquant qu’ils pourraient bénéficier de déductions régionales non utilisées. Dans la même optique, une déduction automatique a été introduite pour les salariés au salaire minimum (SMI), pouvant atteindre 340 euros.
Le fisc espagnol à l’heure des algorithmes… et des rentrées fiscales record
Derrière cette modernisation, une réalité budgétaire : l’État s’attend à une forte hausse des recettes.
Les montants à payer devraient bondir de 18,4 %, atteignant près de 24,6 milliards d’euros. Deux moteurs principaux expliquent cette progression :
- l’immobilier, avec la hausse des prix qui génère des plus-values imposables
- les marchés financiers, dont les gains ont fortement augmenté ces derniers mois
Résultat : plus de 7,7 millions de contribuables devront payer cette année, en nette hausse.
Au-delà des chiffres, cette campagne marque une transformation plus profonde : celle d’un fisc de plus en plus automatisé, fondé sur la donnée et l’anticipation.
Officiellement, l’objectif est double : améliorer le taux de conformité volontaire et limiter les contrôles lourds et coûteux. Dans les faits, cette montée en puissance du croisement de données réduit progressivement les marges d’erreur, ou de tolérance.
Pour les expatriés comme pour les résidents, le message est clair : en Espagne, déclarer ses revenus devient un exercice de plus en plus balisé, et de moins en moins contournable.
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