Édition internationale

Pourquoi l’Espagne croît deux fois plus vite que la zone euro, selon le FMI

Selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international, l’Espagne continuera de surclasser les grandes économies européennes en 2026 et 2027. Avec une croissance attendue de 2,3 % en 2026, Madrid distance nettement l’Allemagne, la France et l’Italie, confirmant un décrochage économique de plus en plus visible au sein de la zone euro.

Vue aérienne de Madrid avec les Cuatro Torres, symbole du dynamisme économique de l’Espagne selon les prévisions du FMI.Vue aérienne de Madrid avec les Cuatro Torres, symbole du dynamisme économique de l’Espagne selon les prévisions du FMI.
Image générée par IA via DALL·E – OpenAI
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 20 janvier 2026

Dans sa mise à jour publiée à Bruxelles, le Fonds monétaire international a revu à la hausse ses prévisions pour l’Espagne. La croissance attendue en 2026 gagne trois dixièmes, à 2,3 %, avant de ralentir légèrement à 1,9 % en 2027 (+0,2 point). Une correction notable, la plus marquée parmi les économies avancées.

Le contraste est net avec ses principaux voisins européens. À horizon 2026, l’Allemagne plafonne à 1,1 %, la France à 1,0 %, l’Italie à 0,7 %, tandis que la moyenne de la zone euro s’établit à 1,3 %.

L’Espagne avance donc à un rythme presque deux fois supérieur à celui de l’ensemble de la zone euro, et plus de trois fois à celui de l’Italie. Une divergence qui, loin de se résorber, s’est accentuée depuis la sortie de la crise sanitaire.

 

Économie espagnole en 2026 : à quoi s’attendre vraiment ?

 

L’Europe à plusieurs vitesses : l’Espagne devant, les autres à la peine

Le décrochage n’a plus grand-chose de conjoncturel. Le FMI constate que l’Espagne s’est peu à peu éloignée de ses grands voisins européens en termes de dynamisme économique. Cette trajectoire permet une lente convergence en niveau de PIB et de PIB par habitant, sans pour autant effacer des écarts encore profonds.

 

tableau des previsions du FMI
@Informes de Perspectivas de la Economía Mundial (Actualización), FMI. 

 

Allemagne : un modèle industriel sous pression

Première économie du continent, l’Allemagne continue de buter sur la faiblesse de ses exportations. Son appareil industriel reste pénalisé par le niveau durablement élevé des prix de l’énergie, tandis que les investissements technologiques peinent à compenser le ralentissement de la demande extérieure.

 

L’Espagne devant l’Allemagne : le renversement que personne n’attendait

 

France : une reprise sans accélération franche

La France suit une trajectoire plus stable, avec quelques secteurs moteurs, notamment l’aéronautique et les services. Mais l’ensemble reste modéré, sans véritable impulsion structurelle capable de rapprocher son rythme de croissance de celui de l’Espagne.

 

Italie : la croissance sous contrainte

L’Italie ferme la marche. La révision négative de ses perspectives pour 2026 reflète des fragilités bien connues : dette élevée, gains de productivité limités et pression démographique persistante, qui continuent de brider son potentiel de croissance.

 

Pourquoi l’économie espagnole résiste mieux que ses voisines

Pour le FMI, la performance espagnole repose sur une combinaison de facteurs désormais bien identifiés. D’abord, une expansion rapide de la population active, largement alimentée par l’immigration, qui soutient à la fois l’emploi et la demande. Le marché du travail, plus dynamique qu’ailleurs en Europe, continue d’afficher une progression du taux d’emploi, renforçant la résilience de l’économie.

À cela s’ajoute la solidité du secteur des services, en particulier le tourisme, toujours l’un des principaux moteurs de la croissance espagnole. Les fonds européens jouent aussi un rôle d’amortisseur, prolongeant l’élan de l’investissement et de l’activité.

Surtout, l’économie espagnole bénéficie d’un puissant « effet de traînée ». En 2026, près d’un point de croissance est déjà acquis grâce à un second semestre 2025 particulièrement vigoureux. Autrement dit, même sans nouvelle accélération de l’activité, la croissance espagnole partirait avec une avance mécanique, difficile à ignorer dans un paysage européen en perte de vitesse.

 

Une trajectoire budgétaire plus favorable que prévu.

 

Autre fait marquant : la croissance espagnole s’accompagne d’un redressement progressif des finances publiques, sans passage par une politique d’austérité. Le déficit devrait ainsi être ramené à 2,2 % du PIB en 2026, alors que la dette publique se rapproche du seuil des 100 % du PIB, avec une dynamique désormais orientée à la baisse.

Cette amélioration intervient pourtant dans un contexte de dépenses publiques record, qui dépassent les 700 milliards d’euros. Un contraste saisissant avec d’autres grandes économies européennes, où les efforts de consolidation budgétaire pèsent plus lourdement sur l’activité et limitent les marges de manœuvre pour la croissance.

 

Sous le vernis de la croissance espagnole, le FMI repère les premières fissures

 

FMI : l’exception espagnole

À l’échelle continentale, le FMI reste prudent. La zone euro continue de composer avec des blocages structurels tenaces, un retard marqué dans les investissements liés à l’intelligence artificielle et les effets prolongés de la crise énergétique. La croissance y demeure fragile, sans moteur commun.

Dans ce paysage atone, l’Espagne – aux côtés de l’Irlande – fait figure d’exception, tirant vers le haut une zone euro en quête de souffle. Le Fonds n’ignore pas pour autant les risques qui pèsent sur cette trajectoire : tensions commerciales avec les États-Unis, incertitudes géopolitiques et dépendance croissante à un nombre limité de moteurs de croissance, en premier lieu la technologie. Mais à l’horizon 2026-2027, le constat s’impose : en Europe, l’Espagne n’est plus dans le peloton. Elle mène la course.

 

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