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Zineb Ghout: "On peut être maman et avoir un poste à responsabilité"

Par Vincent GARNIER | Publié le 30/01/2018 à 15:19 | Mis à jour le 30/01/2018 à 15:22
Photo : Renault Espagne
zineb ghout renault espagne


Directrice marketing Iberia pour Renault depuis l'été dernier, cette Franco-algérienne de 38 ans s'est construit un solide parcours professionnel au sein de la marque au losange. Dans un univers réputé masculin, le constructeur automobile français se distingue toujours plus par sa politique en faveur de la diversité, favorisant notamment l'intégration croissante des femmes dans les comités de direction. En Espagne, Renault clôt une année 2017 exceptionnelle, avec un leadership clair, dans un marché en croissance, privé pour la première fois de plan d'aide gouvernemental.

 

Elle a débuté sa carrière chez Renault en 2003 comme chef de produit junior pour les pays internationaux. Quatre ans après, en 2007, le constructeur lui propose une mission à l'international... en Algérie. "Je suis partie seule, à un moment où le pays n'était pas encore très stable", se souvient-elle. Pendant 8 ans, elle participera au développement de la marque, avec des ventes passant de 25.547 à 111.378 unités annuelles, entre son arrivée et son départ. D'abord comme coordinatrice marketing, puis comme responsable du back-office du réseau, avec une quarantaine de personnes à sa charge, comme brand manager des marques Renault et Dacia ensuite et en tant que directrice marketing enfin, elle acquiert, au cours d'une phase de fort lancement de produits, des compétences toujours plus complémentaires, dans le domaine de la vente. En 2014, elle est nommée directrice de concession de Renault Retail Group dans le 8e arrondissement à Paris, où elle gère, sur 4 sites, 110 employés, avec des enjeux liés à la vente, mais aussi à l'après-vente, avec la réparation en atelier. Responsable de deux concessions, elle est en charge de quelque 200 personnes lorsqu'elle prend son congé maternité, courant 2016. "J'ai profité du fait d'être enceinte pour changer de poste, notamment parce que j'étais bien consciente qu'une concession ne peut pas rester sans responsable pendant 6 mois", explique-t-elle. Profitant de la forte sensibilisation de Renault sur la question de la conciliation entre vie professionnelle et maternité, elle demande sa mise en disponibilité, puis obtient d'être nommée directrice marketing pour l'Espagne et le Portugal. Elle se déplace au printemps à Madrid, avec dans ses bagages son bébé de 5 mois et son mari, qui l'accompagnent dans l'aventure. "Je ne suis pas carriériste", déclare-t-elle. "Ce que je veux, c'est apprendre et évoluer et il se trouve que mon entreprise m'a toujours ouvert les portes". "On peut être mère de famille et avoir un poste à responsabilité", défend-elle, "nous devons servir d'exemple aux autres femmes qui n'en sont pas encore convaincues".

 

lepetitjournal.com : Quels sont vos enjeux, en tant que directrice marketing Iberia ?
Zineb Ghout :
Nous devons d’abord comprendre le marché, nos clients, adapter notre offre, avoir une communication pertinente et cohérente afin de réaliser notre objectif de performance -et cette performance doit être rentable. Notre priorité c'est la satisfaction client et la préparation de l’avenir : avec la montée du digital, le métier de directeur marketing a beaucoup changé au cours de ces dernières années et nous devons adapter notre stratégie à une clientèle qui arrive désormais dans les concessions avec un maximum d'information récoltée sur Internet, en amont. Il est donc indispensable de savoir faire parvenir à ces acheteurs le bon message, au bon moment. Nous nous appuyons pour cela sur la stratégie digitale du groupe et sur la montée en compétences de nos équipes. 
Afin d'assurer une croissance rentable, il s'agit en outre de définir, en accord avec les particularités du marché local, une palette de véhicules avec un mix options intelligent, permettant une bonne montée en gamme et une réponse en adéquation avec les attentes et les besoins de nos clients, tout en respectant nos marges. En Espagne, qui est un marché très concurrentiel, nous nous forçons de mesurer régulièrement notre compétitivité en termes de prix, afin de positionner le plus finement possible nos produits par rapport à ceux de la concurrence. 

 

Comment s'est terminée l'année 2017 pour Renault, en Espagne et au Portugal ?
Le groupe Renault en Espagne a une histoire très forte, une implantation industrielle historique. C'est une marque qui fait partie de l'histoire automobile du pays. ce qui explique sûrement que nous enregistrons toujours de très bonnes performances ici. Cela dit, 2017 a été l'année du "Grand Chelem", puisque nous avons terminé leader du marché, tant sur le segment relatif eux véhicules particuliers et utilitaires, que sur le seul segment des véhicules particuliers. Nous sommes également leaders sur l'électrique, avec le modèle Zoé qui représente un tiers des ventes nationales. Au total, nous avons vendu 184.719 véhicules, en hausse par rapport à 2016, et augmenté nos parts de marché (12,9%) dans un marché qui a globalement crû, en dépit de la fin des plans PIVE. Au Portugal aussi nous avons effectué de bonnes performances, avec 44.723 véhicules vendus et notre position de leadership consolidée (17,2% de parts de marché). Les volumes ont donc été assurés, et les ventes se sont faites en préservant nos marges : il s'est donc agi d'une année saine, avec de bons résultats, dont nous ne pouvons qu'être satisfaits.

 

Quels sont les défis de Renault pour 2018 ?
Conforter notre leadership dans un contexte de changement de normes. Au niveau de notre offre notamment, il va falloir s'adapter et être le plus flexibles possible pour intégrer les nouvelles obligations européennes en matière de process de test et d'homologation, qui auront des conséquences sur l'évolution de certaines pièces des véhicules. 

 

Et à votre échelle ?
On a la chance d'avoir une équipe très expérimentée, avec un bon niveau de compétences dans le pays. Mon enjeu est désormais de préparer l'entreprise pour affronter les enjeux de l'avenir, à savoir notamment la digitalisation, avec ses incidences commerciales et l'apparition prochaine des show rooms en ligne, mais aussi, je l'ai dit, l'adaptation aux nouvelles normes, notre capacité à être là où le client veut que nous soyons, ou encore la qualité des services rendus. Bref, il va falloir se préparer à un marché va être de plus en plus exigeant.

 

Vous faites carrière dans un métier qui reste très masculin. C'est difficile ?
Oui, l'automobile n'est pas encore forcément féminine. Cela m'a valu quelques anecdotes lorsque j'ai pris la direction de la concession à Paris, et que j'ai eu à manager un garage, avec ses équipes de mécaniciens dans les ateliers. On n'y était pas forcément habitué à voir une femme donner des ordres. Cela dit, au-delà des premières périodes de test, après avoir dépassé les premiers a prioris, cela s'est toujours très bien passé. Jeune femme d'origine maghrébine, je cumulais aux débuts de ma carrière trois facteurs de discrimination : j'ai appris à vivre avec cette sensation qu'il faut toujours prouver un peu plus que les autres, de ressentir ce besoin de confirmer qu'on est à sa place. Globalement, et même si les choses changent peu à peu, les femmes occupent plus souvent des postes de support que des postes opérationnels de business, notamment parce que c'est plus compliqué pour elles de concilier vie personnelle et vie professionnelle. Or, pour ma part, j'ai la chance d'avoir toujours été soutenue par mon entreprise. Il y a certes, dans l'investissement professionnel une limite liée à la maternité, mais l'entreprise le conçoit et le comprend, et c'est essentiel. Je suis entourée de managers qui sont des hommes et qui m'accompagnent, qui s'intéressent à ma vie personnelle et professionnelle, toujours avec bienveillance. Ce n'est pas un hasard si aujourd'hui en Espagne, il y a désormais quatre femmes qui ont intégré le Comité de direction : l'ensemble de l'entreprise est sensibilisée au fait que la complémentarité homme / femme est un élément positif pour la performance. Alors, même si c'est parfois compliqué, même si cela demande une organisation particulière et beaucoup d'énergie, même si c'est aussi un choix de vie, je crois qu'il est important de montrer que c'est faisable d'être à la fois mère de famille et occuper un poste à responsabilité. C'est notamment le sens du réseau Women@Renault, qui permet de sensibiliser l'ensemble du personnel à la question, mais aussi de donner l'exemple, afin de briser les barrières psychologiques que les femmes sont parfois susceptibles de s'imposer.
 

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