Édition internationale

Trump menace l’Espagne, Sánchez répond : « No a la guerra »

Le refus de Madrid d’autoriser l’utilisation de ses bases militaires pour l’offensive américaine et israélienne contre l’Iran a déclenché un nouveau bras de fer avec Washington. Donald Trump a dénoncé un « allié terrible » et menacé de suspendre les échanges commerciaux avec l’Espagne, voire d’imposer un embargo. Pedro Sánchez, lui, a choisi de répondre en ressuscitant un slogan chargé d’histoire : « No a la guerra ».

pedro sanchezpedro sanchez
@Pool Moncloa / Carlos Spottorno de las Morenas. / Photo officielle du président du gouvernement, Pedro Sánchez.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 4 mars 2026

No a la guerra.

Lors d’une déclaration institutionnelle depuis le palais de la Moncloa, Pedro Sánchez a résumé la position de l’Espagne en quatre mots : « No a la guerra ». La formule n’a rien d’anodin. Elle renvoie immédiatement aux grandes mobilisations de 2003 contre l’invasion de l’Irak menée par les États-Unis, à laquelle le gouvernement de José María Aznar avait alors apporté son soutien. Des millions d’Espagnols étaient descendus dans la rue derrière ce slogan devenu emblématique.

En le reprenant aujourd’hui, Sánchez s’inscrit dans cette mémoire politique : celle d’une Espagne qui, face à une intervention militaire contestée, revendique le primat du droit international et de la diplomatie.

Le chef du gouvernement a d’ailleurs explicitement évoqué ce précédent. Selon lui, la guerre d’Irak avait provoqué « davantage d’insécurité, plus de terrorisme et une crise migratoire et économique », laissant à l’Europe « un monde plus dangereux et une vie plus chère ».

Sans défendre le régime iranien — qu’il a qualifié de répressif, notamment envers les femmes — Pedro Sánchez a insisté sur la nécessité d’éviter une nouvelle spirale de violence. « La question n’est pas de savoir si nous sommes ou non favorables aux ayatollahs. Personne ne l’est. La question est de savoir si nous sommes du côté de la légalité internationale et de la paix », a-t-il affirmé.

Le dirigeant socialiste a aussi mis en garde contre les conséquences économiques et géopolitiques d’une guerre prolongée, estimant que ce type de conflit « n’apporte ni salaires plus élevés, ni meilleurs services publics, ni un environnement plus sain ». Avant d’ajouter : « Les seuls qui gagnent lorsque le monde cesse de construire des hôpitaux pour construire des missiles sont les mêmes de toujours. »

Madrid appelle désormais à un arrêt immédiat des hostilités et à une solution diplomatique, tout en affirmant qu’« on ne peut pas répondre à une illégalité par une autre ».

 

Bases militaires : la passe d’armes entre Sánchez et Trump

La tension est montée d’un cran lorsque Madrid a refusé d’autoriser l’utilisation des bases militaires de Rota et Morón, exploitées conjointement par l’Espagne et les États-Unis, pour soutenir l’offensive contre l’Iran.

La réaction de Donald Trump ne s’est pas fait attendre. Le président américain a accusé l’Espagne d’être un « terrible ally », un allié défaillant, et a agité la menace de représailles économiques, évoquant la possibilité de couper les échanges commerciaux avec le pays, voire d’imposer un embargo.

Sans citer directement le locataire de la Maison Blanche, Pedro Sánchez a répondu sur un ton ferme : « Nous ne serons pas complices de quelque chose qui est mauvais pour le monde par peur de représailles. » Le chef du gouvernement a rappelé que l’Espagne restait un partenaire fiable au sein de l’OTAN et de l’Union européenne, tout en revendiquant le droit de refuser une opération militaire qu’elle estime contraire au droit international.

 

Escalade militaire : l’Espagne isolée face à ses partenaires européens ?

La position espagnole tranche avec celle de plusieurs partenaires européens. La France a annoncé un renforcement significatif de son dispositif militaire, avec l’envoi du porte-avions Charles-de-Gaulle, de son escorte de frégates et de moyens aériens vers la Méditerranée orientale. Paris a également dépêché une frégate au large de Chypre et renforcé ses capacités de défense dans la région.

Dans le même temps, la Grèce a mobilisé des avions de chasse F-16 et des frégates pour sécuriser l’espace aérien chypriote, tandis que le Royaume-Uni a annoncé l’envoi d’un destroyer et de moyens anti-drones pour protéger ses bases militaires sur l’île. L’Allemagne, de son côté, s’est dite prête à envisager des « mesures défensives ». Madrid, elle, continue de plaider pour une désescalade et une solution diplomatique, en insistant sur le respect du droit international.

La passe d’armes entre Washington et Madrid a également suscité une réaction inattendue de la Chine. Pékin a critiqué les menaces commerciales brandies par Donald Trump, estimant que le commerce ne devait pas être utilisé comme instrument de pression politique.

Cette prise de position intervient alors que les relations économiques entre la Chine et l’Espagne se sont renforcées ces dernières années, Madrid apparaissant pour Pékin comme une porte d’entrée stratégique pour ses investissements en Europe du Sud.



La diplomatie espagnole à l’épreuve

Au-delà de la crise diplomatique avec Washington, le slogan « No a la guerra » prend une portée politique plus large. Il s’adresse à plusieurs publics à la fois : aux partenaires européens, à l’opinion publique espagnole et à une opposition intérieure qui accuse le gouvernement de fragiliser les alliances du pays.

En réactivant ce symbole des mobilisations anti-guerre du début des années 2000, Pedro Sánchez inscrit la position espagnole dans une mémoire politique encore vive, marquée par le rejet des interventions militaires jugées illégitimes.

Reste désormais à savoir si cette ligne pourra être maintenue sans provoquer une détérioration durable des relations avec les États-Unis, l’un des principaux partenaires économiques et stratégiques de l’Espagne.

 

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