Jeudi 6 août 2020

Solidarité face au Covid-19 : les Français d'Espagne s’organisent

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 06/04/2020 à 20:07 | Mis à jour le 07/04/2020 à 10:33
solidarité coronavirus

La crise du Coronavirus a déclenché une multitude d'initiatives de solidarité non seulement d’entreprises françaises en Espagne mais aussi, et on le sait moins, de nombreux Français qui multiplient les actions désintéressées sur tout le territoire. Petit portrait de ces héros de l’ombre.


"Je ne fais rien d’extraordinaire, seules les circonstances sont extraordinaires". Ces mots prononcés par l’une des Françaises que lepetitjournal.com a rencontrée prouvent à quel point les êtres humains peuvent être capables du meilleur dans les pires circonstances. C’est ainsi que de nombreux Français qui vivent en Espagne ont décidé d’apporter leur grain de sable solidaire en livrant des courses, des médicaments, des repas ou encore en passant un coup de fil à des gens isolés ou qui ne peuvent pas se déplacer. Même si ces actions semblent simples, elles font cependant toute la différence dans la vie de personnes terriblement seules et désemparées, surtout en période de confinement.


Aider pour ne pas laisser mourir

Certains de ces Français avaient déjà l’habitude de ces actions de bénévolat. Pour d’autres, en revanche, cette terrible pandémie fut une révélation. "J’ai été très choquée de lire dans un journal –raconte Val, une jeune retraitée qui vit dans le sud de l’Espagne- que compte tenu du nombre croissant de malades atteints du Coronavirus, les médecins avaient décidé de privilégier les  jeunes qui ont plus de chance de s’en sortir car il n’y a pas assez d’appareils de ventilation ! C’est ce qui a déclenché ma décision d’aider les gens âgés dans le besoin".

Or, qui ne connaît pas une personne âgée qui vit seule, handicapée ou en mauvaise santé, qui sort rarement de chez elle et dont la famille est loin. "En discutant avec un groupe d’amis retraités -explique Val- j’ai découvert qu’il y en avait beaucoup parmi eux qui faisaient déjà du bénévolat pour aider les autres. Je me suis donc proposée de les rejoindre et cela est vraiment gratifiant".


Être solidaire, bénéfique pour tous

Certains sont espagnols, d’autres des Français ou des Anglais qui ne veulent ou ne peuvent pas rentrer chez eux. Qu’il s’agisse de leur rendre visite pour remonter le moral, les aider à faire des courses ou acheter les médicaments à la pharmacie, ces gestes apportent également beaucoup en retour. "Donner ainsi de mon temps –déclare Val- a été aussi bénéfique pour moi que pour les personnes que je soutiens. Non seulement cela me donne un but, mais en plus un but qui a du sens, qui élève la personne aidée dans son estime et lui apporte un sentiment de sécurité et de confort. De plus, lorsqu’on s’occupe des autres on s’éloigne également de ses propres problèmes. J’ai été récemment victime d’un deuil et me tourner vers les autres m’a beaucoup aidé à surmonter ma peine". 

Et comme il s’agit d’aider ces personnes et non d’être un possible vecteur de ce si contagieux virus, Val nous raconte qu’elle passe beaucoup de temps à se préparer avant de sortir pour protéger les personnes qu’elle soutient mais aussi pour se protéger, elle et sa famille. "Je me couvre entièrement avec des vêtements de coton que je peux désinfecter quotidiennement, je porte un masque fabriqué avec un soutien-gorge recyclé, une casquette à longue visière faite avec une pochette transparente et des gants jetables".

De son côté, Blanche, qui travaille à Madrid, est une habituée du bénévolat. "Je fais partie de l’association 'Grandes amigos' depuis 17 ans, et je m'occupe de 'ma' personne âgée, Maria, en général une fois par semaine. Elle vit seule en fauteuil roulant, et ce qu'elle préfère le plus, c'est de faire un tour au marché devant chez elle puis d’aller au restau. C'est THE plaisir de la semaine". Heureusement que Blanche est là, d’ailleurs, puisque les enfants de Maria, qui habitent pourtant tout près, ne viennent que rarement la voir…

Avec le confinement, Blanche et Maria ne peuvent plus faire leur sortie hebdomadaire et elles s’appellent donc très souvent. "Pour les bénévoles qui le souhaitent -raconte Blanche- nous avons aussi une liste de 5 à 10 personnes à appeler pour les suivre, voir comment ça se passe, et, éventuellement, informer en cas de problème, comme c’est malheureusement déjà arrivé". 


Nous faisons une vie de paillasson

Depuis la quarantaine, Blanche s’occupe aussi de faire les courses pour Maria. "Initialement, j'entrais en lui disant de s'éloigner et je lui rangeais les choses dans la cuisine, mais quand on se rend compte qu'elle a sa couche toute mouillée, c'est difficile de ne pas la lui changer. Bien entendu avec les gants et le masque, mais le problème c'est de choisir si la changer ou pas..." Infatigable, Blanche fait aussi les courses pour d’autres personnes, comme une vieille dame âgée de 90 ans, et sa nièce, de 76 ans. "Appartenant à des groupes à risque au vu de leur âge, je fais leurs courses, je les dépose sans contact, mais on papote quand même devant la porte. Et, le plus sympa, c'est que je sers de messagère entre les deux femmes. Elles se font passer des petits cadeaux de l'une à l'autre en m'utilisant. Je suis ravie. Le lien est très fort entre elles". 

A Barcelone aussi les Français s’organisent pour aider les plus démunis. Marie-Hélène vient de s’inscrire sur la plateforme d’annonces solidaires de l’UFE où il est possible de mettre une petite annonce en proposant ses services ou en demandant de l'aide partout dans le monde. "Même si la situation est très difficile -explique Marie-Hélène- je me sens privilégiée et je voulais absolument aider, mais je ne savais pas trop comment faire ni à qui m’adresser. Je pense en particulier aux sans-abris qui manquent de tout et qui sont les grands oubliés de cette tragédie. Mon cousin, qui est médecin, m’a ainsi parlé du centre social de Barcelone où ils pourront aussi m’indiquer comment je peux aider".


Cri d’alarme de l’Entraide française

Depuis le début de la crise du COVID-19, l’Entraide fait face à une véritable avalanche de demandes de Français ou binationaux dont l’activité est en arrêt prolongé, qui ont perdu leur emploi et n’ont parfois pas droit au chômage ou ont des charges très lourdes et une famille à nourrir. Voilà pourquoi l’Entraide lance un cri d’alarme pour que tous fassent un geste de solidarité à la hauteur des circonstances. Cette campagne exceptionnelle de collecte de fonds est organisée sous le parrainage de l’Ambassadeur de France en Espagne et du Consul Général de Madrid. Participez à cette campagne de soutien, en cliquant ici.

Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
1 Commentaire (s)Réagir
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Manu mar 21/04/2020 - 11:04

Enfin un article intéressant et vivant, court et d'actualité

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