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Olivia Ruiz : « Je me sens davantage à ma place en Espagne qu’en France »

La chanteuse aux six albums révélée par la Star Ac’ en 2001, s’est installée à Madrid le temps d’achever son 3e roman*, un road trip entre mère et fils, avec escale dans la capitale. Interview d’une chaleureuse artiste franco-espagnole dans toute sa splendeur.

Olivia RuizOlivia Ruiz
(c) Marie Rouge / Olivia Ruiz 2026
Écrit par Anne Smith
Publié le 1 novembre 2026

Commençons par l’actualité littéraire d’Olivia Ruiz, à savoir ¡Vamos! paru au printemps et dont l’histoire de Lola, 45 ans, a déjà séduit 100.000 lecteurs. Sur le papier, Lola coche toutes les cases : job-couple-enfant. Un méchant grain de sable et la machine de cette vie toute tracée s’enraye. Alors, Lola, l’hypersensible, plaque tout - sauf son fils de 10 ans - pour s’accorder un an de découvertes en tête à tête aux quatre coins du monde. Objectif : passer le plus de temps avec Ennio et lui apprendre à aimer la vie… et les autres.

Une aventure qui débute par Orlando, se poursuit dans le port d’Essaouira, à la Havane avant de faire escale à Marseillette - que l’auteure connaît bien pour y avoir grandi - et de repartir pour Le Caire. Et enfin, Madrid. Pétillant et acidulé comme La Femme Chocolat, son tube de 2005, ce road trip filial, moins léger qu’il n’en a l’air, nous laisse un arrière-goût d’émotions douces-amères et une furieuse envie de voyages. 

 

couverture de Vamos de Olivia Ruiz
@JC Lattès, DR.

 

Une artiste totale

Après avoir percé comme chanteuse, Olivia Ruiz est également connue comme compositrice, réalisatrice, actrice… et donc romancière qui joue avec les mots d’occitan et les expressions toutes faites, jongle avec les dialogues, maîtrise l’art et la manière d’alterner douceur et rage, humour et poésie. Totalement artiste ou artiste totale en somme.

Engagée poétiquement plutôt qu’engagée politique, elle reste concernée par plusieurs causes sociétales, comme la défense des femmes, les migrations, etc. Très attachée à ses racines espagnoles maternelle et paternelle, qui se trouvent entre Murcie et Gérone, Olivia Ruiz (née Olivia Blanc) a choisi le nom de ses grands-parents paternels comme nom de scène. Hommage à sa famille issue de l’exil républicain espagnol. A 46 ans, mère de Nino, 11 ans, à qui ¡Vamos! est dédié, Olivia Ruiz vit à Montmartre… quand elle n’est pas en tournée.

 

Lepetitjournal.com : Vous avez grandi en Occitanie et vivez à Paris. Que conservez-vous de vos origines espagnoles ?

Olivia Ruiz : J’ai trois grands-parents espagnols. Toute ma famille est venue en France pour fuir le franquisme et je n’ai qu’une grand-tante qui est retournée vivre en Espagne. Chaque année, on allait passer la Semaine Sainte chez elle. Je devais avoir neuf ou dix ans quand mon père qui écrivait des chansons m’a proposé d’interpréter La foule d’Edith Piaf en espagnol. S’est alors produite une chose quasi mystique : ma voix fluette de fillette a pris un ton plus rocailleux et j’ai chanté avec un parfait accent, moi qui n’avais jamais entendu parler espagnol à la maison. Comme tous les réfugiés espagnols, ma famille s’était toujours refusée à transmettre cette langue dans un souci d’intégration. Et c’est au collège que je l’ai apprise… J’ai pris la nationalité espagnole en 2014 à l’initiative d’autres membres de ma famille : un cadeau que je voulais faire à mes grands-parents. 

 

J’aime Madrid pour son côté cosmopolite et désuet.

 

Dans ¡Vamos!, vous quittez les héroïnes de vos précédents romans**, mais l’Espagne reste présente ne serait-ce que par l’étape madrilène qui conclut le road trip de Lola et Ennio. Vous vous êtes d’ailleurs installée plusieurs mois à Madrid pour terminer l’écriture de ¡Vamos!… De quelles couleurs sont vos souvenirs madrilènes ?

Pas rouge ni jaune vifs mais plutôt de couleurs patinées, enveloppantes et douces. J’ai adoré les trois mois que j’ai passés à Madrid. J’aime cette ville pour son côté cosmopolite mais aussi désuet incarné par les gardiens des immeubles (porteros) qui veillent sur les occupants des immeubles ; pour les mots d’amour de la boulangère ou du serveur de restaurant qui vous accueillent par un mi amor. J’ai aussi aimé passer incognito, pouvoir danser dans la rue sans jugement si j’en ai envie : quelle liberté ! Et puis, être aimée pour qui je suis et non pas parce que je suis célèbre. Mon fils qui a poursuivi sa scolarité au Lycée français s’est fait, lui aussi, plein de copains.


Entre la France et l’Espagne, votre cœur penche pour… ? 

Je suis française mais l’Espagne, comme le chantait Nougaro, "pousse en moi un peu sa corne" (NDLR : vers extrait de Toulouse, chanson sortie en 1967). Je me sens davantage à ma place en Espagne qu’en France, sur mon juste chemin… Sans doute pour une raison transgénérationnelle. Je connais aussi Barcelone, moins Valence, l’Andalousie, etc. Je ne renonce d’ailleurs pas à l’idée de revenir vivre quelques mois en Espagne… où je pourrais m’expatrier facilement si je devais choisir un pays d’accueil. J’aime aussi beaucoup La Havane où j’ai vécu mais la situation cubaine est plus compliquée. 

 

Je me sens davantage à ma place en Espagne qu’en France.

 

Nous vous reverrons donc bientôt à Madrid ?

J’aimerais bien ! Mes deux derniers romans n’ont pas été traduits en espagnol ; le premier, édité par une petite maison, n’a pas remporté un franc succès en Espagne. On pourrait imaginer une lecture musicale de ¡Vamos! à l’Institut français de Madrid, par exemple ? À suivre…

Plutôt musicienne ou écrivaine ?

Les deux mon capitaine !

Et enfin, mère-poule ou mère-copine ?

Mère-poule… n’en déplaise à un certain Nino !

 

Propos recueillis par Anne Smith
*¡Vamos!, éd. JC Lattès.
** La commode aux tiroirs de couleurs, éd. JC Lattès 2020, vendu à 400 000 exemplaires et publié en espagnol en septembre 2022 sous le titre El color de tus recuerdos, ed. Duomo, et Écoute la pluie tomber, éd. JC Lattès 2022.

 

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