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Retraites en Espagne : 7e pour les prestations, 50e pour leur viabilité à long terme

L’Espagne figure parmi les pays les mieux notés au monde pour les prestations versées aux retraités. Mais elle chute à la 50e place lorsqu’il s’agit de la viabilité de son système. Un paradoxe révélé par le classement mondial des pensions 2026, dans lequel la France présente aussi des fragilités.

un retraite espagnol seul de dos assis sur une chaise face à la merun retraite espagnol seul de dos assis sur une chaise face à la mer
@Ahmed Mulla, Pexels.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 24 octobre 2026, mis à jour le 26 octobre 2026

Septième pour les prestations, cinquantième pour leur financement à long terme. Dans le dernier classement mondial des systèmes de retraite, publié le 20 octobre 2026, l’Espagne affiche deux visages. Son système obtient 83 points sur 100 pour l’adéquation des pensions, contre seulement 33 pour leur soutenabilité. Un A d’un côté, un E de l’autre. Difficile d’imaginer contraste plus marqué.

Ces résultats figurent dans le Marsh CFA Institute Global Pension Index 2026, qui passe au crible les systèmes de retraite de 55 pays, représentant environ les deux tiers de la population mondiale.

Comment un pays peut-il offrir une protection relativement élevée à ses retraités tout en figurant parmi les moins bien classés pour la pérennité de son système ? La contradiction n’est qu’apparente. Elle tient à deux questions bien distinctes : ce que les retraites garantissent aujourd’hui et la capacité à continuer de les financer demain.

 

Pourquoi l’Espagne figure-t-elle parmi les meilleurs systèmes de retraite ?

C’est l’une des forces du modèle espagnol. Son système public assure une protection relativement élevée par rapport aux revenus perçus pendant la vie active.

Les auteurs du rapport soulignent notamment le niveau de protection accordé aux retraités les plus modestes et les taux de remplacement nets. Derrière cette expression technique se cache une question simple : quelle part de son ancien revenu un salarié retrouve-t-il une fois à la retraite, après prise en compte des prélèvements ?

Sur ce critère d’adéquation, l’Espagne se classe 7e mondiale, avec 83 points sur 100. Il faut toutefois se garder d’une interprétation trompeuse. Cette septième place ne signifie pas que les Espagnols perçoivent les septièmes pensions les plus élevées du monde.

L’indice évalue aussi la couverture du système et les mécanismes de protection des revenus. Il mesure la capacité des retraites à assurer des ressources suffisantes, et non le seul montant moyen des pensions. Une nuance importante dans un pays où les prestations peuvent offrir une protection appréciable sans mettre leurs bénéficiaires à l’abri des difficultés quotidiennes, notamment face au coût du logement et à la hausse des dépenses courantes.

 

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Retraites en Espagne : la soutenabilité, talon d’Achille du système

C’est ici que le classement bascule. Avec 33 points sur 100, l’Espagne n’occupe que la 50e place sur 55 systèmes étudiés. Seuls cinq pays obtiennent un résultat inférieur pour leur soutenabilité.

Ce deuxième indicateur ne s’intéresse plus seulement aux pensions versées aujourd’hui, mais aux moyens dont disposera le système pour honorer ses engagements dans les décennies à venir. Démographie, activité économique, poids des dépenses de retraite ou ressources financières accumulées : autant de paramètres qui entrent dans l’évaluation.

En Espagne, le financement repose largement sur la répartition. Les cotisations des actifs contribuent au paiement des pensions des retraités. Un mécanisme dont l’équilibre dépend notamment du nombre de personnes qui travaillent, du nombre de bénéficiaires et des ressources publiques mobilisées.

Or, la population vieillit et l’espérance de vie s’allonge. Les pensions doivent être versées pendant des périodes potentiellement plus longues, tandis que le renouvellement des générations ne garantit pas une progression équivalente du nombre de cotisants.

Le rapport pointe une autre faiblesse : le développement encore limité des retraites complémentaires en Espagne. Les plans individuels et les dispositifs d’entreprise existent, mais restent relativement peu répandus. Une loi adoptée en 2022 a justement cherché à encourager l’épargne retraite collective.

Autre signal : la note globale espagnole recule légèrement, passant de 63,8 points en 2025 à 63,3 en 2026. Marsh attribue principalement cette baisse à l’augmentation des dépenses de pension rapportées au PIB et à une croissance économique réelle moyenne moins élevée sur sept ans.

Faut-il y voir une menace immédiate sur le versement des retraites ? Non, certes pas. Le classement met en évidence des fragilités structurelles, pas une incapacité annoncée de l’État à payer les pensions. Il pose en revanche une question de fond : comment maintenir durablement un niveau élevé de protection lorsque les besoins de financement augmentent ?

 

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La France est-elle mieux placée que l’Espagne ?

Le voisin français n’échappe pas à ce dilemme, même si son classement est plus favorable. Avec 70,3 points sur 100, la France occupe la 19e place mondiale, contre la 30e pour l’Espagne, créditée de 63,3 points. Elle fait même mieux que son voisin sur l’adéquation des prestations : 85 points et une 3e place mondiale, derrière le Koweït et les Pays-Bas.

Le rapport souligne notamment la protection des retraités modestes, les taux de remplacement et la couverture des régimes complémentaires, parmi lesquels l’Agirc-Arrco pour les salariés du privé. Mais cette bonne note ne suffit pas à garantir la solidité du modèle français.

En matière de soutenabilité, la France obtient 49,3 points et se classe 36e sur 55. Elle devance nettement l’Espagne, sans pour autant rejoindre les systèmes les mieux évalués. Les auteurs recommandent notamment de renforcer les ressources financières destinées aux retraites futures, de favoriser l’emploi des travailleurs âgés et de réduire progressivement le poids des dépenses publiques de pension.

La comparaison fait apparaître une même difficulté des deux côtés des Pyrénées : préserver des pensions protectrices alors que le vieillissement démographique accroît la pression sur leur financement. Avec une différence notable : l’Espagne décroche beaucoup plus nettement sur la soutenabilité, malgré une note d’adéquation proche de celle de la France.

 

Retraites : la recette des Pays-Bas pour dominer le classement

Les Pays-Bas conservent la première place du classement avec 85,8 points sur 100, devant le Danemark (84,1) et l’Islande (84). Singapour, Israël et l’Australie complètent le groupe des six systèmes récompensés par la meilleure note globale, A.

Leur position rappelle qu’un bon système de retraite ne se juge pas uniquement au niveau des prestations. Il doit aussi disposer de ressources suffisantes pour les financer dans la durée et de règles de gestion fiables.

C’est le principe même de l’indice Marsh, construit autour de trois dimensions : l’adéquation des pensions (40 % de la note finale), la soutenabilité (35 %) et l’intégrité du système (25 %). Ce dernier critère examine notamment la gouvernance, la réglementation et la protection des bénéficiaires.

Sur ce terrain, l’Espagne obtient 74,3 points, un résultat bien moins préoccupant que sa note de soutenabilité. Son principal point faible ne réside donc pas tant dans la manière dont les pensions sont administrées que dans les conditions de leur financement futur.

 

Faut-il s’inquiéter pour les retraites futures en Espagne ?

Un classement international ne permet pas de prédire une faillite du système espagnol, ni une baisse automatique des pensions. Il ne dit pas davantage combien percevra un Français ayant travaillé en Espagne, en France ou dans les deux pays. Il met toutefois en lumière des déséquilibres auxquels les auteurs estiment nécessaire de répondre.

Pour l’Espagne, Marsh et le CFA Institute préconisent notamment de développer les plans de retraite d’entreprise, éventuellement par des mécanismes d’adhésion automatique. Ils recommandent aussi d’encourager le maintien dans l’emploi des travailleurs plus âgés et d’améliorer certaines protections liées aux dispositifs privés. Il s’agit de recommandations formulées par les auteurs du classement, et non de réformes annoncées par le gouvernement espagnol.

Pour les Français installés en Espagne, particulièrement ceux qui ont cotisé des deux côtés des Pyrénées, cette distinction compte. L’indice compare des systèmes nationaux. Il ne détermine ni les droits acquis au cours d’une carrière ni le montant d’une pension individuelle.

Reste ce paradoxe espagnol : un système parmi les mieux notés au monde pour la protection qu’il offre aujourd’hui, mais presque en queue de classement pour sa soutenabilité. Le défi n’est pas seulement de garantir des pensions suffisantes. Il est de trouver les moyens de continuer à les verser dans une société qui vieillit.

Et c’est peut-être là que se joue l’essentiel : la qualité d’un système de retraite ne se mesure pas seulement à ce qu’il assure aux retraités d’aujourd’hui, mais aussi à ce qu’il pourra garantir aux générations suivantes.

 

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