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« Ligne de feu » : Arturo Pérez-Reverte s’en va-t-en guerre

En six-cent-cinquante pages, l’ancien correspondant de guerre espagnol Arturo Pérez-Reverte revient sur les dix jours de la bataille de l’Èbre qui, en juillet 1938, opposa franquistes (fascistes) et républicains (rouges), tous espagnols, et scella le destin de la Seconde République.

Arturo Pérez-ReverteArturo Pérez-Reverte
®Gallimard / PEREZ_REVERTE Arturo photo, Francesca Mantovani.
Écrit par Anne Smith
Publié le 4 octobre 2026, mis à jour le 5 octobre 2026

« Il est minuit et quart et c’est une nuit sans lune. Accroupies dans l’obscurité, immobiles et silencieuses, les dix-huit femmes de l’unité des transmissions observent le défilé d’ombres compact qui se dirige vers la rive du fleuve. On n’entend pas une voix, pas un murmure. Seulement le bruit d’une centaine de pas sur la terre mouillée par le serein nocturne ; et parfois, le léger entrechoc métallique des fusils, baïonnettes, casques d’acier et gourdes. 

Le passage des ombres semble interminable. Voilà plus d’une heure que l’unité se tient au même endroit, à l’abri du mur d’enceinte d’une maison en ruine, en attendant de se mettre en marche à son tour. Conformément aux ordres reçus, pas une d’entre elles ne fume, ne parle, et c’est à peine si elles bougent. La plus jeune a dix-neuf ans, la plus âgée quarante-trois. Aucune n’a de fusil ni de baudrier comme en portent les miliciennes qui plaisent tant aux photographes de la presse étrangère qui ne mettent jamais vraiment les pieds sur les lignes de front ».

 

couverture de ligne de feu
Gallimard, PEREZ-REVERTE Arturo COUV Ligne de feu.

 

La guerre à hauteur d’homme et de femme

L’incipit du dernier roman d’Arturo Pérez-Reverte donne le ton. La ligne de front, de feu, le lecteur va l’approcher au plus près, aux côtés des combattants des deux camps, de ces femmes chargées des transmissions, des reporters, etc. Des êtres humains plus que des soldats. Des hommes, souvent très jeunes, justement surnommés les Biberons, requetés à droite, communistes à gauche, qui souffrent de la peur, de la soif, de la chaleur mais qui se battent. Pas vraiment le choix s’ils veulent vivre !

 

Un chapitre majeur de la guerre civile espagnole

Le lieu (Castellets del Segre) est fictif, l’épisode et les personnages aussi mais la bataille de l’Èbre, elle, fut une sombre réalité : 200.000 hommes pris entre deux feux, deux idéologies, Staline ou Franco : la peste ou le choléra ! Et au bout de quatre mois d’affrontements sanglants, 20.000 victimes, la victoire des nationalistes qui précipitera la chute de la République.  

Arturo Pérez-Reverte a choisi de zoomer sur une dizaine d’entre eux : miliciens convaincus, gauchos purs et durs, journalistes intrépides, techniciennes dévouées, tous vivent cette guerre au diapason de leurs émotions et entraînent le lecteur dans un tourbillon de violences sans répit.  

En pratiquant l’alternance des points de vue, l’écrivain espagnol réussit à rendre à chacun sa part d’humanité et à brouiller les pistes sans tomber dans le cliché gentils républicains vs méchants franquistes. 

Un roman choral que l’on dévore que l’on soit amateur de récit de guerre. Ou non. Prix de la critique en Espagne en 2021 et vendu à 450.000 exemplaires, Linea de fuego vient de sortir en version française aux éditions Gallimard.

 

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