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Valle de los Caídos, entre patrimoine et polémique

Par Kristen Collie | Publié le 04/09/2018 à 21:02 | Mis à jour le 05/09/2018 à 17:31
Photo : Creative Commons vicente jesús diaz (pexels)
valle de los caidos

Monument exaltant le fascisme pour les uns, symbole honorant les morts de la guerre civile espagnole pour les autres, el Valle de los Caídos est à nouveau au cœur de l’actualité et continue de diviser l’opinion publique. En cause, le décret pour exhumer la dépouille du dictateur Francisco Franco. 


 
Promesse du chef du Gouvernement, Pedro Sánchez, le gouvernement espagnol a lancé le processus d'exhumation du Caudillo (1892-1975). Il reposait jusque-là dans son mausolée du Valle de Los Caidos, à quelques 50 km au nord de Madrid. Ce décret a fait réagir et scindé en deux l'opinion publique. Selon un sondage publié dans le quotidien El Mundo, 40,9 % soutiennent l'exhumation contre 38,5% qui la critiquent. La famille de Franco compte, quant à elle, utiliser tous les recours légaux contre la décision du Gouvernement. Comme souvent, c’est un problème de mémoire et de conservation du patrimoine qui entoure le monument et suscite la controverse. 

 
Aux origines du monument 


 
Construit en 1940 sur ordre du dictateur, par des milliers de prisonniers politiques réduits en esclavage, le monument n’avait pas d’autre ambition que de sacrer la victoire du national-catholicisme sur la république espagnole et exalter l’image de Franco. Finalement érigée en 1958, cette œuvre colossale, taillée dans les montagnes de la vallée de Cuelgamuros, se compose d’une basilique et de la plus haute croix chrétienne au monde, culminant à 150 mètres. "Il est le seul monument de l'exaltation du fascisme restant en Europe", estime sur BBC Mundo José María Pedreño, président de la Fédération des forums pour la mémoire. 

 
Les martyrs aux côtés de leur bourreau 


 
A l’origine, El valle de los Caídos (la vallée de ceux qui sont tombés) devait rendre hommage aux "héros et martyrs de la croisade". Par ces termes, Franco voulait commémorer les combattants nationalistes morts au cours de la Guerre civile (1936-1939). Finalement, le gouvernement franquiste a décidé d’en faire un mausolée pour l’ensemble des combattants morts lors de cette lutte fratricide. En 1975, Franco y est inhumé au côté des 33.847 Espagnols morts en martyrs. Sombre paradoxe, el Caudillo repose depuis aux côtés des victimes de sa propre répression (franquiste). 

 

 
Vestige de la honte ou lieu de mémoire ? 


 
Tel est le débat qui anime l’Espagne depuis la disparition de Franco en 1975. Longtemps, le mausolée était en péril au point que l’on considère sa destruction totale. A travers la loi sur la mémoire historique de 2007, le choix d’ôter toute connotation idéologique et politique a finalement été retenu. "C’est un musée de la mémoire", souligne José María Pedreño à BBC Mundo. La possible exhumation de Franco a rouvert d’anciennes plaies. "Nous célébrons les 40 ans de l’Espagne démocratique, d’un ordre constitutionnel stable et mûr (…) et ce n’est pas compatible avec une tombe d’Etat où l’on continue à glorifier la figure de Franco", a expliqué, vendredi 24 août, la numéro deux de l’Exécutif, Carmen Calvo devant la presse. Le Gouvernement est clair. Le monument perdura mais sans son illustre père fondateur.

 

Comment visiter El valle de los caídos


Avec 300 000 visiteurs en moyenne chaque année, le monument est devenu un lieu prisé des touristes. Situé à 50 km au nord de Madrid et à 8 km au nord d’El Escorial, le site est facile d’accès, en bus ou en voiture, et ouvert au grand public du mardi au dimanche de 10h à 18h en hiver (octobre à mars) et de 10h à 19h en été (avril à septembre). 
- Tarifs 
Tarif de base : 9€
Tarif réduit : 4€
Pour plus d’informations : https://entradas.patrimonionacional.es/fr-FR/informacion-recinto/15/valle-de-los-caidos

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Kristen Collie

Kristen Collie

Franco-britannique diplômé d’un Master en Histoire sciences et techniques et étudiant en Master de journalisme sportif à l’Ecole du journalisme de Nice. Féru d'Histoire, de sports et de Scandinavie.
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