L’Espagne gagne six places dans le Global Retirement Index 2026 et quitte la dernière place de l’Union européenne. Mais la remontée masque un contraste : très bien placée sur la santé, elle reste pénalisée par le bien-être matériel et les conditions financières de la retraite.


Vivre longtemps ne suffit pas à garantir une retraite sereine. Dans l’édition 2026 du Global Retirement Index, publiée par Natixis Investment Managers avec CoreData Research, l’Espagne gagne six places en un an : de la 39e à la 33e position sur 44 pays. Sa note globale bondit dans le même temps de 48 % à 56 %.
C’est la plus forte progression parmi les pays situés hors du top 25. Surtout, l’Espagne n’est plus la dernière des économies de l’Union européenne présentes dans l’étude : la Grèce tombe au 36e rang, derrière la Finlande et la Lettonie.
La remontée reste pourtant relative. Le Portugal est 30e et l’Italie 26e, tandis que l’Espagne demeure loin du haut du classement européen. Alors pourquoi un pays où l’on vit longtemps reste-t-il aussi bas ?
Quelle est la meilleure ville pour passer sa retraite en Espagne ?
Sur la santé, l’Espagne joue dans le haut du tableau
C’est sur la santé que l’Espagne affiche ses meilleurs résultats. Dans ce sous-indice, le pays obtient 85 % et gagne cinq places, jusqu’au 16e rang mondial. Sont notamment pris en compte l’espérance de vie, les dépenses de santé par habitant et la part couverte par les systèmes publics ou assurantiels.
L’écart avec les premiers devient alors beaucoup plus réduit : le Luxembourg atteint 94 %, la Suisse 93 %, la Norvège et l’Irlande 92 %. Ce bon résultat ne date pas de 2026. L’an dernier, l’Espagne occupait déjà la 5e place mondiale pour l’espérance de vie.
Sur la santé et la longévité, donc, l’Espagne tient son rang. C’est ailleurs que le classement se dégrade.
Bien-être matériel : le vrai point faible
Le contraste est brutal, en effet. Dans le sous-indice consacré au bien-être matériel, l’Espagne n’obtient que 27 %. Cette catégorie prend notamment en compte le revenu par habitant, les inégalités et le chômage.
À titre de comparaison, le Danemark atteint 83 %, la République tchèque 82 % et la Norvège 81 %. Autrement dit, le problème tient moins aux conditions de santé une fois à la retraite qu’à la capacité économique à y arriver avec des ressources suffisantes.
C’était déjà le principal point faible du pays en 2025 : l’Espagne occupait alors la 42e place sur 44 dans cette catégorie, notamment pénalisée par son mauvais résultat sur le chômage. La situation s’améliore en 2026. Le rapport relie une partie de la progression espagnole à l’emploi et à la réduction des inégalités de revenus. Mais le retard reste important.
Financer sa retraite reste aussi un défi
Autre faiblesse : l’environnement financier dans lequel les actifs doivent préparer leurs années de retraite. L’Espagne obtient 58 % dans le sous-indice consacré aux « finances durant la retraite ». Il intègre notamment l’inflation, les taux d’intérêt, la fiscalité, la dette publique, la gouvernance et le rapport entre population active et population âgée. L’Irlande domine cette catégorie avec 76 %, devant la Corée du Sud à 75 % et la Suisse à 74 %.
Le contraste résume bien la position espagnole : de bons résultats en santé, mais des conditions économiques nettement moins favorables pour sécuriser financièrement la retraite.
Cela ne revient donc pas à dire qu’il serait « mauvais de prendre sa retraite en Espagne ». Le classement mesure autre chose : la solidité globale de l’environnement dans lequel une retraite doit être financée et vécue.
Ce que mesure vraiment le Global Retirement Index
La nuance est essentielle : le Global Retirement Index n’est pas un palmarès des destinations où passer ses vieux jours. Il ne compare ni le soleil, ni le prix des appartements, ni la qualité des restaurants.
Natixis et CoreData Research agrègent 18 indicateurs répartis en quatre catégories : santé, qualité de vie, bien-être matériel et finances durant la retraite. Leur objectif est de mesurer la sécurité de la retraite, autrement dit la capacité d’un pays à offrir un environnement durable et financièrement soutenable aux retraités.
Le classement est aussi relatif : progresser ou reculer dépend autant de l’évolution d’un pays que de celle des 43 autres économies étudiées. Être 20e ne signifie donc pas automatiquement qu’on y vivra mieux sa retraite qu’au 30e rang. Tout dépend des priorités et de la situation de chacun.
Ces retraités francophones qui partent vivre sous le soleil de Catalogne
L’Espagne remonte, mais reste loin des premiers
Avec 56 %, l’Espagne gagne huit points en un an. Parmi les dix grandes économies étudiées, c’est même celle qui progresse le plus. Elle reste toutefois derrière l’Allemagne, à 75 %, le Royaume-Uni à 72 %, l’Italie à 66 % et la France à 64 %.
En tête du classement, la Norvège conserve la première place avec 83 %, devant l’Irlande à 81 %. Les Pays-Bas complètent le podium avec 79 %. L’Espagne quitte donc le bas du tableau européen, sans encore se rapprocher des meilleurs résultats.
Dernier paradoxe : une forte espérance de vie est une bonne nouvelle, mais elle signifie aussi davantage d’années de retraite à financer. Natixis insiste sur cette tension dans son rapport 2026. Vieillissement démographique, dette publique et inflation pèsent à la fois sur les systèmes de retraite et sur l’épargne individuelle.
À l’échelle mondiale, 78 % des investisseurs interrogés dans 21 pays estiment devoir assumer une part croissante du financement de leur retraite, contre 67 % dix ans plus tôt. Et 72 % redoutent que l’endettement public finisse par peser sur les prestations futures. En Espagne, cette perception est passée de 68 % en 2015 à 77 % en 2025, selon les données reprises dans le rapport.
In fine, le classement dessine une Espagne contrastée : solide sur la santé et la longévité, mais encore nettement plus fragile sur les conditions économiques qui entourent la retraite. Six places gagnées en un an améliorent la photographie. Elles n’effacent pas encore ce décalage.
Sur le même sujet













