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Gaëlle Lecomte : « L’éloignement géographique ne doit jamais être synonyme d’abandon républicain »

Réélue conseillère des Français de l’étranger pour la circonscription de Madrid et à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), Gaëlle Lecomte place la solidarité, les droits des femmes et la protection de l’enfance au cœur de son nouveau mandat. Désormais présidente de la commission des Affaires sociales, de la jeunesse, de la protection des personnes, de l’emploi et du monde combattant à l’AFE, elle entend aussi défendre les Français éloignés des services consulaires. Dans le cadre de notre série « Vos élus en Espagne », elle revient sur ses priorités pour 2026-2032, entre engagement de terrain et responsabilités nationales.

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Gaëlle Lecomte, DR.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 20 octobre 2026

Vous avez été réélue conseillère des Français de l'étranger après plusieurs années de mandat. Avec l'expérience acquise, dans quel état d'esprit abordez-vous ces six nouvelles années ? 

J'aborde ces six nouvelles années avec beaucoup d'enthousiasme, mais aussi avec l'exigence que confère l'expérience. Le mandat de conseiller des Français de l'étranger n'est pas honorifique : c'est un mandat de terrain, d'écoute et de solutions concrètes.

Avec l'expérience, on va plus droit au but : on identifie plus vite les blocages administratifs et les bons interlocuteurs. Pour cette mandature 2026-2032, je veux une méthode de travail encore plus transversale et résolument axée sur l'action. 

Mon objectif pour les Français d'Espagne est clair : faciliter leurs démarches, veiller au renforcement indispensable de notre administration consulaire et lutter contre l'isolement et le sentiment d'abandon que ressentent trop de nos compatriotes vivant dans les régions éloignées des grands consulats. Leurs réalités de vie – qu'il s'agisse de solidarité, d'emploi, de culture ou de protection de nos proches – doivent être pleinement prises en compte.

 

Ce nouveau mandat s'accompagne pour vous d'une réélection à l'Assemblée des Français de l'étranger. Qu'est-ce que ce mandat va changer concrètement dans votre action ?

De 2021 à 2026, j'ai eu la chance d'être membre du Bureau de l'Assemblée, de siéger à la commission nationale du STAFE et d'être vice-présidente du plus grand groupe de l'AFE. Ces responsabilités m'ont permis de porter des dossiers majeurs, notamment sur les enjeux écologiques. Aujourd'hui, je souhaite continuer d'être cette voix forte pour les Français d'Espagne, celle qui pointe du doigt les dysfonctionnements et débloque les situations.

Cette réélection me permet aussi de concrétiser de grands combats. Je suis notamment à l'initiative de la création de la Délégation aux droits des femmes, que j'ai réussie à faire adopter à l'unanimité en mars 2026. Je me bats désormais pour que sa création devienne effective au plus vite. Cela nous permettra d'aborder des sujets cruciaux et trop souvent ignorés : le coût de l'expatriation sur la carrière des femmes, l'entrepreneuriat au féminin, les violences intrafamiliales et sexistes, mais aussi la santé mentale, la dépression et le post-partum à l'étranger.

En parallèle, la protection des enfants est un sujet central pour moi. En tant que jeune maman, je vis et j'observe l'expatriation sous un jour nouveau. Je veux consacrer toute mon énergie à cette cause, car les enfants sont trop souvent invisibilisés et leur bien-être relégué au second plan.

 

Vous venez d'être élue présidente de la commission des Affaires sociales, de la jeunesse, de la protection des personnes, de l'emploi et du monde combattant à l'AFE. Pourquoi avoir choisi ces sujets et quels enjeux spécifiques aux Français établis en Espagne souhaitez-vous y faire avancer ?

Mon engagement s'est naturellement porté vers le cœur des politiques de solidarité et de protection humaine, car l'éloignement géographique ne doit jamais être synonyme d'abandon républicain. J'ai personnellement proposé et défendu que la jeunesse soit explicitement insérée dans l'intitulé et les travaux de cette commission : parce que nommer les jeunes, c'est ne pas les oublier, c'est comprendre leurs difficultés et construire des solutions adaptées.

Prendre la présidence de cette commission change profondément la donne. Cela me donne les leviers institutionnels pour porter les problématiques du terrain espagnol au plus haut niveau : nous allons auditionner les bons interlocuteurs, mobiliser le relais des parlementaires et interpeller directement le gouvernement et l'administration.

 

Vous avez également travaillé ces derniers mois sur les questions d'éthique et d'intégrité des élus des Français de l'étranger. Pourquoi ce sujet vous paraît-il important aujourd'hui ? 

L'exemplarité en politique n'est pas une option, c'est le socle de la confiance démocratique. Alors que la confiance envers les élus s'érode, nous avons le devoir d'être irréprochables dans l'exercice de nos mandats de la République, y compris hors de France.

Diplômée d'un master en lutte contre la corruption, j'ai piloté pendant plus d'un an un groupe de travail au sein de l'Assemblée. Nos propositions ont abouti en mars 2026 au vote créant le Collège de déontologie « Badinter ». Composé d'experts, de magistrats et d'anciens élus, ce collège indépendant élaborera un code de déontologie adapté aux élus de l'étranger et mettra en place des formations obligatoires sur l'éthique et l'intégrité.

 

Votre parcours professionnel vous place aussi au contact des questions d'entreprise, de formation et d'emploi. Quelles évolutions observez-vous aujourd'hui chez les Français qui travaillent, entreprennent ou cherchent à se reconvertir en Espagne ? 

L'Espagne attire un flux formidable de talents, d'entrepreneurs et de personnes en reconversion. Mais sur le plan professionnel, l'expatriation est à double tranchant : une belle opportunité pour certains, un frein ou un ralentissement de carrière pour d'autres. 

Tout l'enjeu est de lever les obstacles pour celles et ceux dont les parcours ne sont pas linéaires. L'emploi à l'étranger est un sujet encore trop négligé ; mon expérience dans les ressources humaines et mes nouvelles fonctions de présidente de commission me permettront d'apporter des réponses concrètes.

Concernant le tissu économique, je veux poursuivre le travail entamé lors de mon passage à la commission du Développement durable et du Commerce extérieur, notamment sur la reconnaissance et le soutien aux Entreprises Françaises à l'Étranger (EFE).

Mais accompagner nos compatriotes, c'est aussi faire vivre ce qui fait la force de notre lien avec la France : la culture et la francophonie. Les Instituts français et les Alliances françaises implantés partout en Espagne jouent un rôle irremplaçable de cohésion et d'attractivité ; il est vital de leur donner les moyens d'exister et de rayonner, en particulier hors des grandes métropoles.

 

Le nouveau Conseil consulaire rassemble six élus issus de quatre listes et de sensibilités différentes. Une fois la campagne terminée, sur quels dossiers pensez-vous qu'un travail commun entre les six conseillers est possible, voire indispensable ?

Une fois les urnes fermées, l'intérêt général de nos compatriotes doit primer sur les étiquettes politiques. Au sein du Conseil consulaire, notre unité est indispensable car la situation sociale et budgétaire se tend d'année en année.

Je pense en premier lieu au coût de la scolarité et aux bourses scolaires : face à l'envolée constante des frais de scolarité dans les établissements d'enseignement français, l'enveloppe des bourses ne cesse de diminuer, frappant de plein fouet les familles modestes, les familles monoparentales, les enfants et les jeunes. 

Je pense aussi à notre tissu associatif et culturel local en Espagne, qui subit directement les coupes budgétaires, notamment la baisse des crédits du STAFE. Sur ces urgences de terrain, nous devons faire bloc pour être efficaces.

 

Enfin, si vous vous projetez à l'horizon 2032, quelles avancées aimeriez-vous avoir contribué à obtenir pour les Français de la circonscription au cours de ce nouveau mandat ?

À l'horizon 2032, je veux que l'on se dise que notre mandature a changé la donne pour les plus vulnérables.

J'aimerais que nous ayons ancré la Délégation aux droits des femmes comme un réflexe institutionnel permanent. J'aimerais que la jeunesse française à l'étranger trouve enfin un État protecteur, aux démarches simplifiées, et que l'accès à l'école et à la culture demeure garanti pour tous. 

Enfin, que la protection de l'enfance et la lutte contre l'isolement de nos compatriotes éloignés des consulats cessent d'être des angles morts de notre République. C'est le sens fondamental de mon engagement.

 

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