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Retraites en Espagne : que pourrait vraiment changer un nouveau gouvernement ?

La hausse des pensions, leur financement, les droits des futurs retraités : les retraites prennent place dans la bataille électorale. Le PP promet de préserver le système public, tout en demandant une réforme. Reste à distinguer les engagements de campagne des règles déjà en vigueur.

un couple de personnes agees retraitees souriantes regardant dans une boiteun couple de personnes agees retraitees souriantes regardant dans une boite
@Vitaly Gariev, Pexels.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 15 octobre 2026

Combien toucherez-vous l’an prochain ? À quelles conditions pourrez-vous partir à la retraite ? À l’approche des élections du 29 novembre, ces questions reviennent au premier plan. La controverse s’est accélérée après les propos d’Ester Muñoz, porte-parole du Parti populaire au Congrès : selon elle, le système risque de « s’effondrer ». Ce mercredi, elle a précisé que son parti restait attaché à un système public.

Ces déclarations ne changent ni les pensions versées ni les conditions de départ. L’indexation des pensions contributives espagnoles, celles acquises grâce aux cotisations, est inscrite dans la loi. Les réformes évoquées restent à préciser.

 

Pensions en 2027 : une hausse prévue par la loi, un taux encore inconnu

Les pensions contributives de la Sécurité sociale sont revalorisées au début de chaque année selon la moyenne des taux d’inflation sur les douze mois précédant décembre. Pour janvier 2027, la période de référence va donc de décembre 2025 à novembre 2026. Le seul chiffre de septembre, comme celui du mois du scrutin, ne suffit pas à déterminer cette hausse.

À la mi-octobre, le pourcentage définitif ne peut donc pas encore être calculé. La loi prévoit aussi qu’une moyenne négative n'entraînera pas de baisse des pensions. Sur ce point, promettre une revalorisation avec l’inflation revient à maintenir la règle actuelle. La question du financement reste entière.

 

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Les engagements du PP, une réforme encore à préciser

Alberto Núñez Feijóo distingue les retraités actuels de ceux qui attendent encore leur pension. Dans un communiqué officiel du 13 octobre, le PP promet une revalorisation avec l’indice des prix pour les premiers et un système public viable pour les seconds. Son président invoque une amélioration de la productivité et une réduction des dépenses qu’il juge superflues.

Quels paramètres changeraient, pour quelles générations et à quel rythme ? Les déclarations examinées ne permettent pas de le dire. RTVE souligne que Feijóo n’a pas précisé comment il garantirait le financement. À ce stade, cette polémique ne permet donc pas d’attribuer au PP une modification annoncée de l’âge de départ, des cotisations ou du calcul des pensions.

Le gouvernement défend le modèle actuel. Ce mercredi, le ministre de l’Économie Carlos Cuerpo a soutenu sa viabilité et demandé au PP de clarifier ses intentions. Le PSOE accuse la droite de préparer des reculs. Ces positions de campagne ne suffisent, à elles seules, ni à établir que les pensions baisseront, ni à démontrer que leur financement est assuré à long terme.

 

Vox propose un système mixte

Vox évoque un système associant répartition et capitalisation. Cette orientation figure déjà dans une publication officielle du parti de février 2021. Selon RTVE, José María Figaredo l’a remise en avant dans le débat actuel.

Dans la répartition, les cotisations financent les pensions actuelles. Dans la capitalisation, une épargne est constituée pour la retraite. Mais la formule « système mixte » ne précise ni la place de chaque composante, ni le financement de la transition, ni le traitement des droits existants. Impossible, sur cette seule base, de calculer la pension d’un assuré. Cette position de Vox ne peut pas davantage être attribuée automatiquement au PP.

 

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Le financement à long terme reste un point de vigilance en Espagne

Respecter une règle de dépenses ne garantit pas de pouvoir financer les pensions à long terme. C’est le constat de l’AIReF, l’autorité indépendante de surveillance des finances publiques, dans son étude du 29 mai 2026. La règle applicable aux pensions est formellement respectée, relève-t-elle, mais cela ne suffit pas à assurer la pérennité du système. Elle recommande de la revoir pour mieux l’articuler avec les exigences de soutenabilité des finances publiques.

Ce constat n’annonce pas un arrêt des versements. L’AIReF examine les recettes, les dépenses et la dette : son avertissement porte sur les équilibres à long terme, au-delà du respect d’un indicateur légal.

 

L’âge de départ évolue déjà en 2027

Pour les actifs, un changement figure déjà dans le calendrier légal. En 2026, l’âge ordinaire de départ est de 65 ans avec au moins 38 ans et trois mois de cotisations, et de 66 ans et dix mois en dessous de ce seuil. À partir de 2027, il passe à 67 ans pour les personnes qui n’atteignent pas 38 ans et six mois de cotisations. Celles qui atteignent ce seuil pourront toujours partir à 65 ans. Des dispositifs particuliers et de retraite anticipée existent. Cette évolution est déjà prévue par la loi. Elle ne découle ni des déclarations de cette semaine ni des prochaines élections.

 

Français en Espagne : qui verse votre pension ?

Vivre à Valence ou à Madrid ne soumet pas une pension française à l’indexation espagnole. Le lieu de résidence ne change pas le régime dont elle relève. Le Cleiss, organisme français chargé de la coordination internationale de la Sécurité sociale, rappelle que la retraite française peut être versée à l’étranger.

Pour une carrière partagée entre la France et l’Espagne, les règlements européens coordonnent les droits. Les périodes travaillées dans les différents pays peuvent être prises en compte pour ouvrir les droits et calculer les prestations. Chaque pays verse toutefois la part qui lui incombe, selon ses règles : un assuré peut donc percevoir des pensions distinctes.

Pour mesurer l’effet possible d’une réforme espagnole, la première question est donc concrète : qui verse, ou versera, votre pension ? Pour la part espagnole, les règles publiées restent la référence. Les engagements de campagne devront être confrontés aux mesures précises que les partis présenteront. Affaire à suivre, donc.

 

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