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Quand la reine de la pop espagnole met des paroles à l’hymne national

Par Camille Guil | Publié le 20/02/2018 à 17:05 | Mis à jour le 20/02/2018 à 17:17
Photo : Photo d'archive Creative Commons El Hormiguero
marta sanchez

C’est un hommage qui fait déjà polémique. Samedi dernier, Marta Sánchez icône pop des années 90, a interprété une version très personnelle de La Marcha Real, l’hymne espagnol, pour fêter ses 30 ans de carrière. Et il n’y a pas à dire, cette initiative fait débat en Espagne.

 

Marta Sánchez, pour ceux qui ne connaissent pas, est notamment célèbre pour avoir fait partie du groupe Olé Olé dans les années 80, avant de se lancer dans une carrière solo. On l'a surnommée "La reine de la pop espagnole". Le 17 février, elle a fêté ses 30 ans de carrière en se produisant à Madrid au théâtre de la Zarazuela, où elle a chanté tous les plus grands succès de sa carrière... puis sa version de l’hymne national.

 

Rouge, jaune, ces couleurs brillent en mon cœur et je ne m’en excuserai pas

 

Dans sa version revisitée, la chanteuse exalte les valeurs nationales ainsi que le drapeau rouge et jaune avec des paroles très patriotiques, telles que "Grande Espagne, je remercie Dieu d’être née ici, et je t’honorerai jusqu’à la fin" ou encore "Je rentre chez moi, sur ma terre bien-aimée, celle qui a vu naître mon cœur. Aujourd’hui, je chante en ton honneur pour te dire toute ma fierté, c’est pourquoi j’ai tenu bon. Mon amour croît chaque fois que je pars, mais n’oublie pas que sans toi je ne peux vivre. Rouge, jaune, ces couleurs brillent en mon cœur et je ne m’en excuserai pas".  

 

L'immense majorité des Espagnols s’est sentie représentée


 
Dans un contexte de crise politique, avec la question catalane toujours très présente dans les esprits, cette interprétation a suscité de nombreuses réactions de tous bords dans les médias et dans les réseaux sociaux. Marta Sánchez a ainsi eu le droit à des félicitations de la part du chef du Gouvernement espagnol, Mariano Rajoy. Dans un tweet, il a salué la "très bonne initiative" de l’artiste, puis a ajouté que "l’immense majorité des Espagnols s’est sentie représentée". La chanteuse a également été félicitée par de nombreuses autres personnalités et institutions sur les réseaux sociaux, comme Albert Rivera, leader du parti Ciudadanos, ou la Guarda Civil. Le secrétaire adjoint des études et des programmes du PP, Andrea Levy, est allé encore plus loin en interprétant la version de Marta Sánchez à la télévision, dans un programme de la chaine La Sexta !

 

Quelle étude démographique a conclu que 'l'immense majorité des Espagnols' partagent les paroles ringardes, niaises et ennuyeuses que Marta Sánchez a écrites ?

 

Cette version ne fait cependant pas que des heureux. À l'instar de l’éditorialiste d’El País, Ruben Amon, qui accuse certains politiques de profiter de l'occasion pour "prendre le monopole du patriotisme". "Notre président a décidé de signer un tweet de ses initiales. Et comme tous les populistes, il s’attribue le sentiment et l’opinion des citoyens". Et de s'interroger : "Quelle étude démographique a conclu que 'l'immense majorité des Espagnols' partagent les paroles ringardes, niaises et ennuyeuses que Marta Sánchez a écrites ?". Moins virulent, le secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias a affirmé : "Les choses les plus importantes lorsque l’on aime son pays, sa nation, lorsque l’on se sent patriote ce ne sont pas les drapeaux et les hymnes mais ce sont les écoles publiques, les services publics et les pensions". La direction du PSOE a quant à elle rejeté l’idée d’incorporer des paroles dans l’hymne national : "Notre hymne n’a pas de paroles, c’est tout !". 

 

Les paroles de Marta Sánchez


Vuelvo a casa, a mi amada tierra,

la que vio nacer un corazón aquí.

Hoy te canto, para decirte cuanto orgullo hay en mi,

por eso resistí.

Crece mi amor cada vez que me voy,

pero no olvides que sin ti no sé vivir.

Rojo, amarillo, colores que brillan en mi corazón

y no pido perdón.

Grande España, a Dios le doy las gracias por nacer aquí,

honrarte hasta el fin.

Como tu hija llevaré ese honor,

llenar cada rincón con tus rayos de sol.

Y si algún día no puedo volver,

guárdame un sitio para descansar al fin.

 

Sans surprise, les parodies n'ont pas tardé, ni les commentaires sarcastiques, notamment du fait que la chanteuse vit depuis plusieurs années aux Etats-Unis. Mais c'est finalement surtout la difficulté de plasmer sur cet air du 13e siècle des paroles qui fassent consensus dans l'ensemble du pays, qu'illustre la polémique. L’Espagne fait partie des trois pays au monde à ne pas avoir de paroles sur son hymne national avec Saint Martin et la Bosnie Herzégovine. En 2007, le Comité olympique espagnol a tenté d'organiser un concours afin de choisir un texte à poser sur la musique nationale. Malgré plusieurs propositions, aucune n'a jamais soulevé un enthousiasme général, notamment car certaines communautés autonomes refusent des paroles exclusivement en castillan. 

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