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À Madrid, le rendez-vous entre Léon XIV et Sánchez concentre toutes les attentions

Du 6 au 12 juin, le pape Léon XIV sera en Espagne pour son quatrième voyage apostolique. À Madrid, sa première étape, c'est sa rencontre avec le Premier ministre Pedro Sánchez qui concentre l'attention. Derrière l'accueil en grande pompe, le rapport entre l'Église et le gouvernement espagnol reste compliqué.

Le pape Léon XIV lors de sa messe inaugurale au Vatican, le 18 mai. Le pape Léon XIV lors de sa messe inaugurale au Vatican, le 18 mai.
REUTERS/Claudia Greco

Jusqu'à 1,5 million de personnes sur la Plaza de Cibeles. 500.000 autres à la Plaza de Lima. 83.000 au stade Bernabéu. La mairie de Madrid parle d'un événement « de magnitud sin precedentes ». Des barrières de sécurité poussent dans le centre-ville comme des champignons après la pluie. Plus de 13.000 policiers et gardes civils sont mobilisés dans tout le pays. On pourrait croire que Madrid se prépare à une fête. Et c'en est une, en partie. Mais c'est aussi bien plus que ça.

 

Quinze ans sans pape en Espagne

La dernière fois qu'un pape a foulé le sol espagnol, c'était Benoît XVI en 2011, pour les Journées mondiales de la jeunesse. Son successeur François, en douze années de pontificat, n'est jamais venu. Un silence qui n'avait rien d'anodin. Le pape argentin avait fait le choix de privilégier les « périphéries » du monde catholique, l'Irak, la Mongolie, le Soudan du Sud, la Papouasie-Nouvelle-Guinée. L'Espagne, vieux bastion de la chrétienté, n'entrait pas dans cette géographie.

Léon XIV, lui, a changé de cap. Premier pape américain, ancien missionnaire au Pérou, il parle espagnol couramment et entend renouer avec les grands centres historiques du catholicisme. L'invitation est venue de Felipe VI et de l'épiscopat espagnol, mais l'impulsion décisive serait venue de Catalogne. En octobre 2025, le président régional Salvador Illa a rencontré le pape au Vatican avec un argument de poids : le centenaire de la mort de Gaudí et l'achèvement de la tour centrale de la Sagrada Familia, qui deviendra avec ses 172 mètres l'édifice religieux le plus haut du monde. L'occasion était trop belle.

Le programme reflète une ambition qui va bien au-delà du pastoral. En une semaine, Léon XIV enchaînera cinq vols, douze discours et cinq homélies, de l'accueil solennel au Palais royal au centre d'accueil pour sans-abri « CEDIA 24 horas », du Parlement espagnol aux camps de migrants des Canaries.

 

Derrière les sourires, le bras de fer avec Pedro Sánchez

Le moment le plus scruté de l'étape madrilène a lieu le 8 juin, quand Léon XIV rencontrera Pedro Sánchez à la nonciature avant de prononcer un discours devant le Congrès des députés. Sur le papier, tout devrait se passer cordialement. Le 27 mai, les deux hommes se sont déjà vus au Vatican. Ambiance décrite comme « cordiale », échanges centrés sur la migration, un terrain d'entente. Sánchez a même déclaré que le pape s'était montré « intéressé par les politiques espagnoles » en matière d'immigration.

Mais les sourires ne font pas disparaître les contentieux. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement socialiste a adopté une série de réformes frontalement opposées à la doctrine catholique. Légalisation de l'euthanasie en 2021, l'Église espagnole avait dénoncé « une forme d'homicide » ; la loi trans en 2023 ; le recul de l'enseignement religieux dans les écoles ; et l’affirmation de la laïcité de l'État comme priorité programmatique.

Et pourtant, c'est bien ce même gouvernement qui déroule le tapis rouge. Pour Sánchez, accueillir le pape, c'est aussi montrer qu'il gouverne pour tous les Espagnols, y compris les catholiques. Pour Léon XIV, accepter l'invitation, c'est se positionner au-dessus des clivages partisans dans un pays profondément polarisé. Chacun y trouve son compte, même si les désaccords de fond n'ont pas disparu.

 

L'Espagne catholique, un paradoxe que les expats français connaissent bien

Les Français installés à Madrid le savent : l'Espagne vit sa catholicité de manière déroutante. Les processions de Semaine Sainte sont spectaculaires, les « Dios mío » ponctuent chaque conversation, les fêtes patronales rythment l'année. Mais le pays a légalisé le mariage homosexuel dès 2005, vingt ans avant la France.

Les chiffres confirment le grand écart. Selon le Centre d'investigations sociologiques (CIS), environ 52 % des Espagnols se déclarent encore catholiques. Mais seulement 15 % pratiquent régulièrement. Le nombre de baptêmes a fondu de moitié en cinquante ans. L'âge moyen du clergé dépasse 65 ans. On compte désormais quatre mariages civils pour un mariage religieux.

 

L’évolution du rapport à la religion en Espagne

Le catholicisme espagnol est devenu une identité culturelle plus qu'une pratique vivante. Et un nouveau défi se profile : la montée rapide des Églises évangéliques, portée par les communautés latino-américaines. La Fédération des Églises évangéliques d'Espagne prévoit l'ouverture d'une centaine de nouveaux lieux de culte dans le pays d'ici fin 2026.

Face à cette concurrence et à cette érosion, Léon XIV ne vient pas seulement dire la messe. Il vient tenter de prouver que le catholicisme a encore un rôle à jouer, social, moral, politique, dans une Espagne qui n'est peut-être plus sûre d'y croire. Reste à savoir comment les Madrilènes, croyants ou non, vivront cette semaine pas comme les autres.

 

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