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Heurts entre Gouvernement central & régions dans la gestion du Covid19

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 24/03/2020 à 12:41 | Mis à jour le 24/03/2020 à 13:55
covid 19 espagne

Pas facile pour l’État espagnol de gérer de façon centralisée la crise du Coronavirus. Malgré l’état d’alarme depuis une semaine, certaines Communautés Autonomes continuent de vouloir jouer en solo. Quelle meilleure preuve de cette incohérence que les 15 numéros d’urgence en Espagne sur le Covid-19 ?
  

La propagation de l'épidémie du Coronavirus en Espagne a mis en évidence le manque de coordination au sein même du Gouvernement et avec les 17 Communautés Autonomes. Déjà avant la mise en place de l’état d’alarme la semaine dernière, il apparaissait clairement que personne ne se mettait d’accord sur les recommandations à suivre et les mesures à prendre pour freiner le virus. Les différents centres de décisions des mairies et gouvernements régionaux n’étaient même pas unanimes sur la façon de se laver les mains ou de se couvrir la bouche en toussant ou en éternuant et il était impossible d'avoir des informations homogènes pour éviter plus de contagion. En définitive, chaque région gérait la lutte contre le Coronavirus à sa manière.

Ceci a été particulièrement flagrant au sujet des différentes festivités en Espagne. Ainsi, suivant la géographie espagnole, des mesures différentes étaient prises et des fêtes maintenues, annulées ou ajournées. Alors que la Communauté de Valence annonçait après maintes hésitations le report des fêtes de las Fallas, le maire de Séville refusait d’annuler les célébrations de la Semaine Sainte ou de la Feria d’avril, en affirmant qu’il ne le ferait que si l'OMS le lui disait ! Il faut dire que ces événements touristiques, parmi les plus populaires d'Espagne et qui attirent des millions de touristes, génèrent de très importants revenus pour les villes où ils ont lieu, un manque à gagner que personne n’était prêt à assumer. Avec l’état d’alarme, tout le monde est logé à la même enseigne, et les fêtes ont toutes été annulées, d’autant que la quarantaine vient d’être prolongée en principe jusqu’au 12 avril.


Confrontation avec certaines communautés autonomes

Mais ce qui montre combien la situation, avec 17 bastions indépendants, est devenue insoutenable face à cette crise, est le fait que l'Espagne reste le seul pays d'Europe à avoir pas moins de 15 numéros d'urgence pour le Coronavirus. Même les pays les plus décentralisés, comme l'Allemagne ou la Suisse ont un numéro de téléphone national unique pour que la population puisse appeler et se renseigner. A cause du manque de cohérence inter-territoriale et de coordination avec le ministère de la Santé, la plupart des gouvernements autonomes ont en effet mis en place des numéros d’urgence spécifiques pour désengorger le 112 et 061. Sans compter que, dans le cas de la Catalogne, appeler le 061 était encore payant il y a quelques jours. Actuellement, il n’y a toujours pas de numéro de téléphone unique pour le Coronavirus !


Un 155 maquillé ?

Avec l’état d’alarme, le gouvernement espagnol a donc en principe les coudées franches pour agir. Pourtant, la confrontation avec certaines régions continue, concentrée principalement en Catalogne et au Pays basque. Depuis le début de l’état d’alarme, Quim Torra et Iñigo Urkullu, les présidents de ces deux régions, s'accordent à rejeter que le gouvernement espagnol "confisque" leurs pouvoirs autonomes en matière de santé, de sécurité et de transport. "Nous avons besoin de soutien : pas de recentralisation" ont-ils déclaré. Le gouvernement basque a d’ailleurs critiqué le décret de Sánchez comme étant "un 155 maquillé", faisant ainsi référence à l'article de la Constitution espagnole qui permet à l'État central de reprendre le contrôle d'une communauté autonome. 

Pour sa part, la Generalitat se plaint de "confiscation" et Quim Torra ne cesse de critiquer la gestion de la crise du Coronavirus. Le président catalan a même écrit une lettre à Bruxelles dans laquelle il soutient que Pedro Sánchez n'applique pas de manière suffisamment stricte les directives de l’OMS pour lutter contre la pandémie et défend le confinement total de la Catalogne et l’interruption de toute activité commerciale. Pour Bruxelles, en revanche, la réponse est claire : "Il est de la responsabilité des États membres de décider des mesures spécifiques dans leurs régions en fonction de leur ordre constitutionnel", a déclaré un porte-parole de la Commission européenne.


L’armée déployée

Pendant ce temps, l’armée espagnole, qui s’est déployée sur tout le territoire pour aider à la désinfection ou à monter des hôpitaux provisoires, comme à IFEMA, a rencontré bien des obstacles en Catalogne et au Pays Basque ou les critiques parfois virulentes ont été entendues. Après une semaine, le Pays basque a finalement été la dernière communauté où l'armée a pu agir, mais Iñigo Urkullu insiste sur le fait que "ce n'est toujours pas nécessaire" et que les militaires "se limiteront" à désinfecter les installations de l'État. 


"Coordination, collaboration et solidarité"

Face à toutes ces difficultés pour agir, Pedro Sanchez a rappelé dimanche à tous les présidents autonomes, avec lesquels il s'est entretenu par voie électronique, que dans la situation actuelle, "il n'y a pas de place pour l'égoïsme", et que la crise du Coronavirus ne concerne pas "les territoires, les idéologies ou les partis". "Coordination, collaboration et solidarité" sont les maîtres-mots. Cependant, tous les présidents régionaux ont critiqué Sánchez pour le manque d'équipement médical dans les hôpitaux de toute l'Espagne. Le gouvernement centralise les achats de fournitures depuis le 12 mars, et certaines communautés autonomes ont finalement décidé de se ravitailler toutes seules, comme la Galice ou la Communauté de Madrid, qui attend deux avions provenant de Chine avec du matériel sanitaire dans les prochaines 48 heures.

Mais les critiques ne viennent pas seulement des régions indépendantistes ou du PP. Les socialistes aussi se rebiffent et Emiliano García Page, président de Castille La Manche critique aussi ouvertement Pedro Sanchez. Il exige un confinement plus strict et la possibilité d’acquérir le matériel sanitaire par ses propres moyens. 

Actuellement, le ministère de la Santé espagnol envisage le transfert de patients vers des hôpitaux d'autres communautés autonomes moins encombrées, une mesure de solidarité qui devrait certainement engendrer de nouveaux conflits entre régions. Le gouvernement espagnol n’est pas au bout de ses peines.

Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
2 Commentaire (s)Réagir
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Berte Jean-François mar 24/03/2020 - 16:07

Mais quand l'Espagne finira t-elle par se doter d'un gouvernement suffisamment solide, courageux et déterminé pour mettre au pas ces deux régions suprémacistes et insolidaires?

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Avo 7 mer 25/03/2020 - 13:48

Malheureusement le fanatisme et la haine sont les seuls préceptes dont ils tiennent compte pour mener leur politique, Peďro Sanchez n'est en effet pas sorti de l'auberge avec de tels paranoïaques....

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