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Guerre en Iran : essence, électricité, inflation… l’économie espagnole menacée

La guerre en Iran commence déjà à se faire sentir en Espagne. Hausse du prix de l’énergie, inflation qui pourrait dépasser les 3 %, ralentissement de la croissance : selon plusieurs analyses économiques, le conflit au Moyen-Orient pourrait fragiliser l’économie espagnole dans les prochains mois. Le gouvernement de Pedro Sánchez affirme surveiller la situation et se dit prêt à agir si la crise s’aggrave.

Illustration de l’impact de la guerre en Iran sur l’économie espagnole : hausse du prix de l’énergie, carburant plus cher et facture d’électricité en augmentationIllustration de l’impact de la guerre en Iran sur l’économie espagnole : hausse du prix de l’énergie, carburant plus cher et facture d’électricité en augmentation
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 11 mars 2026

Essence, électricité : les premiers effets de la guerre

Le premier impact du conflit est déjà visible sur les marchés de l’énergie. Depuis l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran, les prix du pétrole et du gaz ont fortement augmenté.

Selon le centre d’études économiques Funcas, si le conflit se prolonge pendant environ trois mois, l’inflation en Espagne pourrait dépasser légèrement les 3 % d’ici l’été. La croissance économique serait également touchée, avec une baisse d’environ deux dixièmes du PIB en 2026, alors que les prévisions tablaient jusque-là sur une progression de 2,4 %.

Le mécanisme est bien connu : lorsque le pétrole et le gaz augmentent, les carburants, l’électricité et le transport deviennent plus chers. Ces hausses se répercutent ensuite sur l’ensemble des prix.

En pratique, les premiers signes sont déjà visibles. Le prix des carburants a augmenté d’environ dix centimes par litre en une semaine, tandis que le tarif régulé de l’électricité (PVPC) affiche déjà une hausse d’environ 13 % par rapport au mois précédent.

 

Une facture d’électricité qui inquiète les ménages espagnols

La hausse des prix de l’énergie se traduit déjà dans le quotidien des ménages.

Le marché de l’électricité a enregistré ce mardi 10 mars un prix moyen de 136,86 euros/MWh, avec des pics pouvant atteindre près de 250 euros/MWh en soirée.

Même les heures les moins chères restent élevées, autour de 95 euros/MWh, ce qui oblige de plus en plus de foyers à adapter leurs habitudes de consommation : lancer une machine à laver ou cuisiner aux heures creuses devient une stratégie pour limiter la facture.

Ce phénomène illustre une réalité structurelle : le système énergétique européen reste très sensible aux tensions géopolitiques, notamment parce que le prix du gaz influence directement celui de l’électricité.

 

Le détroit d’Ormuz, point névralgique de la crise énergétique

La principale source d’inquiétude se situe dans le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique par lequel transite environ un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures.

Même si l’Espagne importe relativement peu d’énergie directement par cette route — environ 5 % de son pétrole et 2 % de son gaz — le marché du pétrole reste mondial. Autrement dit, lorsque les prix augmentent, tous les pays importateurs sont touchés.

Depuis le début des hostilités, le baril de Brent a déjà progressé d’environ 14 %, tandis que le prix du gaz sur le marché ibérique a bondi de près de 48 %.

D’autres secteurs commencent également à ressentir les effets de la crise. Les prix des fertilisants, essentiels pour l’agriculture, ont par exemple augmenté de près de 24 %, ce qui pourrait à terme se répercuter sur les prix alimentaires.

 

Tourisme, consommation : des secteurs exposés

L’impact du conflit ne se limite pas à l’énergie. Les économistes évoquent plusieurs canaux de transmission possibles vers l’économie espagnole.

La hausse des prix pourrait freiner la consommation des ménages, principal moteur de la croissance. Les entreprises pourraient également reporter certains investissements en raison de l’incertitude.

Le tourisme, qui représente environ 12,6 % du PIB espagnol et 2,7 millions d’emplois, pourrait aussi être affecté. L’augmentation du coût des billets d’avion et la baisse du pouvoir d’achat des voyageurs pourraient peser sur la demande.

Cependant, certains experts évoquent aussi un effet inverse : dans un contexte d’instabilité au Moyen-Orient, l’Espagne pourrait apparaître comme une destination plus sûre, ce qui compenserait partiellement les pertes.

 

Le gouvernement prêt à intervenir

Face à ces tensions, le gouvernement assure suivre la situation de près.

Le ministre de l’Économie, Carlos Cuerpo, reconnaît que les effets du conflit commencent déjà à se faire sentir dans le portefeuille des Espagnols, notamment à travers la hausse des carburants.

L’exécutif affirme disposer d’un arsenal de mesures déjà utilisé lors de la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine en 2022. Ces dispositifs pourraient être réactivés si la situation se dégrade.

« Nous protégerons les citoyens, les entreprises et les travailleurs », a assuré le ministre, en soulignant que l’ampleur de la réponse dépendra de la durée et de l’intensité du conflit.

 

Un choc encore limité… pour l’instant

Pour l’instant, les économistes se montrent relativement prudents. La réaction des marchés reste moins violente que lors de l’invasion de l’Ukraine en 2022, lorsque le pétrole avait dépassé les 180 dollars le baril et que le gaz européen avait atteint des niveaux record. Mais tout dépendra de l’évolution de la guerre.

Si le conflit s’étend ou perturbe durablement les infrastructures énergétiques du Golfe, l’impact pourrait devenir beaucoup plus sévère, avec une inflation plus forte et un ralentissement économique plus marqué.

Dans un monde où les crises géopolitiques se répercutent immédiatement sur les marchés, la guerre en Iran rappelle une réalité : même à plusieurs milliers de kilomètres, ses conséquences peuvent rapidement se retrouver dans la facture d’électricité, le prix de l’essence ou la croissance économique.

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