Dans les Pyrénées, les derniers glaciers s’amincissent à une vitesse inquiétante. Les nouvelles mesures des scientifiques espagnols révèlent l’ampleur du phénomène, qui transforme peu à peu les paysages de haute montagne, jusqu’aux itinéraires des alpinistes.


La neige était pourtant tombée en abondance au printemps. Mais elle n'a pas suffi. Selon les observations du groupe scientifique CryoPyr, 2026 est la troisième année la plus marquée par la fonte des glaciers pyrénéens depuis le début des relevés, derrière 2022 et 2023. Les nouvelles mesures révèlent des pertes de plusieurs mètres d'épaisseur en un an.
Dans le massif de la Maladeta, en Aragon, le glacier de l'Aneto a perdu en moyenne 2,4 mètres d'épaisseur entre 2025 et 2026, avec des pertes atteignant localement 4,8 mètres. Ces résultats, issus des observations du groupe CryoPyr de l'Institut pyrénéen d'écologie (IPE-CSIC), ont été rapportés le 3 novembre par le quotidien El País.
Dans les Pyrénées, la neige ne suffit plus à protéger les glaciers
L'Aneto est loin d'être un cas isolé. Dans le parc national d'Ordesa et du Mont-Perdu, le glacier du Mont-Perdu a perdu 2,3 mètres d'épaisseur en moyenne, et jusqu'à six mètres par endroits. Côté français, dans le massif du Vignemale, celui d'Ossoue accuse un recul encore plus marqué, avec plus de trois mètres perdus en moyenne. Plus à l'est, dans le massif des Posets, le glacier de Llardana a perdu environ 1,5 mètre.
Le paradoxe, c'est que le printemps 2026 avait été particulièrement neigeux. Une parenthèse vite refermée par les fortes chaleurs estivales, qui ont accéléré la fonte. Une fois la neige disparue, la glace se retrouve à nu, exposée au soleil. En quelques mois, les températures élevées peuvent ainsi réduire à néant le bénéfice des chutes de neige du printemps.
L'Aneto a perdu près des deux tiers de sa superficie en quarante ans
La fonte ne date pas de cet été. Elle s'inscrit dans un recul engagé depuis plusieurs décennies, dont l'Aneto est l'un des exemples les plus frappants.
Selon une étude publiée en 2023 dans la revue scientifique The Cryosphere, ce glacier, alors le plus étendu des Pyrénées, avait perdu 64,7 % de sa superficie entre 1981 et 2022. En quarante et un ans, il était passé de 135,7 à 48,1 hectares. Sur les secteurs encore couverts de glace en 2022, les chercheurs avaient également calculé une perte moyenne de 30,5 mètres d'épaisseur depuis 1981.
Et cette fonte ne se traduit pas seulement par une perte de volume. Le glacier se morcelle. À mesure que la glace disparaît, la roche refait surface, séparant des masses autrefois reliées. Certaines finissent par ne plus s'écouler sous leur propre poids : elles deviennent des formations de glace résiduelles, qui n'ont plus la dynamique d'un glacier actif.
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La fonte des glaciers modifie les itinéraires de montagne
La fonte des glaciers change aussi la donne pour les alpinistes. Avec ses 3.404 mètres d'altitude, l'Aneto, point culminant des Pyrénées, attire chaque année de nombreux amateurs de haute montagne. Mais les conditions d'ascension évoluent. La fonte découvre des surfaces de glace ancienne, parfois très dures, tandis que les chutes de pierres représentent un danger supplémentaire.
Dès le 7 juillet 2026, le programme de prévention Montaña Segura, soutenu par le gouvernement d'Aragon et la Fédération aragonaise de montagne, recommandait ainsi de privilégier l'itinéraire du lac du Salterillo plutôt que la voie classique du Portillón supérieur.
Moins de glace ne signifie pas pour autant une ascension plus facile. L'Aneto reste une course de haute montagne exigeante, qui nécessite une préparation adaptée. Montaña Segura insiste notamment sur la nécessité de disposer d'un casque, de crampons et d'un piolet, et de savoir utiliser cet équipement. Le choix de l'itinéraire doit toujours tenir compte des conditions du moment.
Alors, combien de temps ces glaciers pourront-ils encore survivre ? Selon Jesús Revuelto, chercheur au sein de CryoPyr, les modèles les plus pessimistes envisagent leur disparition en moins de dix ans. Une projection dont le calendrier reste incertain. La fin d'un glacier actif ne signifie d'ailleurs pas nécessairement la disparition de toute sa glace : des formations résiduelles peuvent subsister, sans mouvement.
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