Falaises vertigineuses, cols de montagne, gorges impressionnantes et paysages volcaniques : ces dix routes comptent parmi les plus spectaculaires d'Espagne. Des itinéraires où le voyage commence bien avant l'arrivée.


Certaines routes ne servent qu'à relier un point A à un point B. D'autres transforment le trajet en véritable destination. En Espagne, il suffit parfois de quelques kilomètres pour avoir envie de ralentir, de s'arrêter à chaque belvédère et de prolonger le voyage bien au-delà de l'heure d'arrivée prévue.
Des falaises de la Méditerranée aux sommets des Pyrénées, des gorges du nord aux paysages volcaniques des Canaries, le pays offre une diversité de décors exceptionnelle. En quelques heures de route, les panoramas changent radicalement, passant d'un littoral escarpé à une haute montagne, d'une forêt luxuriante à un univers minéral presque lunaire.
Toutes les routes de cette sélection ont un point commun : elles offrent bien plus qu'un itinéraire. Certaines demandent de l'attention avec leurs lacets serrés, d'autres sont soumises à des restrictions selon la saison. Mais chacune d'elles mérite, à elle seule, de prendre le volant.
1. La route du cap de Formentor, à Majorque

À la pointe nord de Majorque, la route Ma-2210 traverse les paysages escarpés de la péninsule de Formentor, l'un des sites naturels les plus emblématiques des Baléares. Au départ de Port de Pollença, elle serpente entre falaises calcaires, virages serrés et panoramas spectaculaires sur la Méditerranée.
Premier arrêt incontournable : le mirador d'Es Colomer, qui offre une vue saisissante sur les falaises plongeant dans la mer. Plus loin, la route mène à la plage de Formentor, à plusieurs criques préservées et, enfin, au phare de Formentor, perché à l'extrémité de la péninsule face à l'immensité de la Méditerranée.
Pour profiter pleinement du spectacle, mieux vaut partir tôt le matin ou en fin d'après-midi, lorsque la lumière met en valeur les reliefs et que l'affluence est plus limitée. En haute saison, l'accès des véhicules particuliers est toutefois réglementé : chaque été, des restrictions sont mises en place sur une partie de la Ma-2210 afin de préserver le site, avec un accès assuré par des navettes vers les principaux points d'intérêt.
À ne pas manquer : le mirador d’Es Colomer, la plage de Formentor et le phare.
Meilleure période : printemps et début d’automne.
À savoir : vérifier les conditions d’accès avant de prendre la route.
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2. Sa Calobra, le grand huit de la Serra de Tramuntana

Toujours à Majorque, mais dans un registre encore plus spectaculaire, la route de Sa Calobra est une prouesse d’ingénierie. Depuis les hauteurs de la Serra de Tramuntana, elle descend vers la mer sur une succession de lacets serrés creusés dans la montagne.
Son passage le plus célèbre, le Nus de sa Corbata, forme une courbe de 270 degrés dans laquelle la route passe sous elle-même. À mesure que l’on descend, les parois calcaires se resserrent et la Méditerranée finit par apparaître au fond du décor.
L’arrivée permet de rejoindre la petite crique de Sa Calobra ainsi que l’embouchure du Torrent de Pareis, immense entaille naturelle encadrée de falaises. La route est courte, mais les virages, les autocars et les cyclistes imposent de conduire lentement et prudemment.
À ne pas manquer : le Nus de sa Corbata et le Torrent de Pareis.
Meilleure période : avril, mai, septembre et octobre.
À savoir : partir tôt pour éviter la circulation la plus dense.
3. La montée vers les lacs de Covadonga, dans les Asturies

Au départ de Cangas de Onís, la route qui mène aux lacs de Covadonga grimpe au cœur du parc national des Pics d'Europe, l'un des plus beaux massifs montagneux d'Espagne. Après une halte au célèbre sanctuaire de Covadonga, la chaussée s'élève en lacets au milieu des falaises, offrant de superbes points de vue sur les vallées asturiennes.
Au sommet, les lacs glaciaires d'Enol et d'Ercina, situés à plus de 1.000 mètres d'altitude, dévoilent un décor de prairies verdoyantes, de pâturages où paissent les vaches en liberté et de sommets calcaires qui évoquent parfois les Alpes plus que la péninsule Ibérique.
Si l'ascension ne mesure qu'une vingtaine de kilomètres, elle se parcourt lentement. Entre les belvédères, les sentiers autour des lacs et le sanctuaire, une journée complète n'est pas de trop pour profiter pleinement du site. En été et lors des périodes de forte fréquentation, l'accès des voitures particulières est réglementé et remplacé par un système de navettes.
À ne pas manquer : le sanctuaire de Covadonga, le mirador de la Reina et les lacs.
Meilleure période : de mai à octobre, par temps dégagé.
À savoir : consulter le calendrier des restrictions d’accès.
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4. Le défilé de La Hermida, entre Cantabrie et Asturies
Pendant plus de vingt kilomètres, la N-621 accompagne la rivière Deva au fond de l’une des gorges les plus impressionnantes du nord de l’Espagne. De part et d’autre de la chaussée, les parois calcaires s’élèvent parfois presque verticalement.
La route relie les environs de Panes à la vallée de Liébana et constitue l’une des portes d’entrée orientales des Pics d’Europe. Elle alterne tunnels, passages resserrés et ouvertures soudaines sur les montagnes.
Au bout du défilé, le paysage s’élargit à l’approche de Potes, jolie petite ville entourée de sommets. De là, il est possible de poursuivre vers Fuente Dé, où un téléphérique conduit jusqu’à un belvédère situé à plus de 1 800 mètres d’altitude.
La gorge de La Hermida mesure plus de vingt kilomètres et présente par endroits un dénivelé d’environ 600 mètres entre la rivière et le sommet des parois.
À ne pas manquer : La Hermida, Potes et Fuente Dé.
Meilleure période : printemps, été et début d’automne.
À savoir : rester attentif aux cyclistes et aux portions étroites.
5. La route des villages blancs des Alpujarras
Accrochées au versant sud de la Sierra Nevada, les Alpujarras offrent l’un des itinéraires les plus dépaysants d’Andalousie. Depuis Lanjarón, la route grimpe vers Órgiva avant de rejoindre les villages blancs de Pampaneira, Bubión et Capileira.
La chaussée serpente entre ravins, terrasses agricoles, châtaigniers et sommets qui dépassent les 3 000 mètres. Par temps clair, certains points de vue permettent même de deviner la Méditerranée au loin.
Il faut surtout prendre son temps. Chaque village mérite une halte pour ses ruelles escarpées, ses maisons aux toits plats, ses fontaines et ses passages couverts appelés tinaos. L’héritage andalou demeure particulièrement visible dans l’architecture et l’organisation de ces localités montagnardes.
À ne pas manquer : Pampaneira, Bubión, Capileira et Trevélez.
Meilleure période : avril à juin, puis septembre et octobre.
À savoir : prévoir davantage de temps que ne l’indique le GPS.
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6. La route de Cadaqués et du cap de Creus, en Catalogne
Après avoir quitté Roses, la GI-614 s’enfonce dans un paysage de collines rocheuses couvertes de maquis. La route monte, tourne et redescend avant de révéler soudain la baie blanche de Cadaqués.
Ce village longtemps isolé du reste de la Catalogne a conservé une atmosphère particulière, renforcée par ses maisons blanches, ses ruelles pavées et son lien avec Salvador Dalí. Depuis Cadaqués, la route se poursuit vers Portlligat puis le cap de Creus, à l’extrémité orientale de la péninsule Ibérique.
Sous l’effet de la tramontane et de l’érosion, les roches prennent ici des formes étranges qui ont nourri l’imaginaire de nombreux artistes. Le paysage devient plus sec, plus minéral et presque lunaire à l’approche du phare. L’accès automobile peut être réglementé pendant les périodes à risque d’incendie ou de forte fréquentation.
À ne pas manquer : Cadaqués, Portlligat et le phare du cap de Creus.
Meilleure période : mai, juin, septembre et octobre.
À savoir : se renseigner sur les restrictions estivales dans le parc naturel.
7. La traversée du parc national du Teide, à Tenerife
Peu de routes espagnoles donnent autant l’impression de changer de planète. En montant depuis la côte de Tenerife, les villages et les cultures subtropicales laissent progressivement place aux pins canariens, puis à un immense paysage de lave.
Les routes TF-21 et TF-24 traversent les hauteurs de l’île avant d’entrer dans la caldeira de Las Cañadas. Le Teide domine alors le paysage du haut de ses 3 715 mètres, entouré de coulées solidifiées, de cônes volcaniques et de formations rocheuses aux couleurs rouges, brunes et noires.
Parmi les arrêts les plus spectaculaires figurent les Roques de García, la vallée d’Ucanca et les nombreux miradors aménagés le long de la chaussée. La traversée est particulièrement belle au lever ou au coucher du soleil, lorsque les reliefs émergent au-dessus d’une mer de nuages.
À ne pas manquer : les Roques de García et les belvédères de Las Cañadas.
Meilleure période : toute l’année, hors épisodes neigeux.
À savoir : les températures peuvent être très basses en altitude, même lorsque la côte est douce.
8. La route du canyon d’Añisclo, dans les Pyrénées aragonaises
Moins connue que la vallée voisine d’Ordesa, la route du canyon d’Añisclo est pourtant l’une des plus impressionnantes des Pyrénées espagnoles.
Depuis Escalona, la chaussée s’engage dans un défilé très étroit, entre parois rocheuses, forêts profondes et eaux turquoise. Certains passages donnent l’impression que la route a été directement taillée dans la falaise.
L’itinéraire conduit vers le secteur de San Úrbez, au cœur du parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu. Il peut être complété par une courte promenade jusqu’à l’ermitage de San Úrbez ou par une randonnée plus longue dans le canyon.
La circulation y est régulièrement organisée en sens unique sur certaines portions et peut être modifiée en fonction des travaux, de la météo ou de la saison.
À ne pas manquer : le défilé de Las Cambras et l’ermitage de San Úrbez.
Meilleure période : fin du printemps et début de l’automne.
À savoir : vérifier l’état et le sens de circulation de la route avant le départ.
9. La route d’Ochagavía au col de Tapla, en Navarre
Avec ses ponts de pierre, ses maisons traditionnelles et ses toits pentus, Ochagavía est déjà l’un des plus beaux villages des Pyrénées navarraises. Mais la route qui s’élève au-dessus de la localité réserve un spectacle encore plus vaste.
En direction de Larrau, elle traverse les pâturages et les forêts du massif d’Abodi avant d’atteindre le col de Tapla. Depuis ce balcon naturel, la vue porte sur l’immense forêt d’Irati, un ensemble de hêtres et de sapins qui prend des couleurs spectaculaires à l’automne.
La région peut également être explorée en poursuivant vers les Casas de Irati ou vers les villages des vallées de Salazar et d’Aezkoa. En hiver, certaines routes d’accès peuvent être fermées en raison de la neige.
À ne pas manquer : Ochagavía, le col de Tapla et la forêt d’Irati.
Meilleure période : octobre pour les couleurs, ou de mai à septembre.
À savoir : vérifier les conditions hivernales et l’ouverture des accès.
10. La route des canyons et des vignobles de la Ribeira Sacra
Entre les provinces de Lugo et d’Ourense, les rivières Sil et Miño ont creusé des vallées si profondes que les vignobles semblent parfois suspendus au-dessus de l’eau. Depuis Monforte de Lemos, plusieurs petites routes permettent de rejoindre Belesar, Os Peares, Parada de Sil ou Castro Caldelas. Elles enchaînent descentes raides, courbes serrées, monastères romans et belvédères vertigineux.
Le paysage est particulièrement spectaculaire autour du canyon du Sil, dont certaines parois dépassent 400 mètres de dénivelé. Les vignes sont cultivées sur des terrasses si abruptes que les vendanges y sont souvent qualifiées d’« héroïques ».
Parmi les plus beaux arrêts figurent les Balcons de Madrid, le mirador de Cabezoás et le monastère de Santa Cristina de Ribas de Sil. À l’automne, les couleurs des vignes et des forêts ajoutent encore au spectacle.
À ne pas manquer : Parada de Sil, Cabezoás et Castro Caldelas.
Meilleure période : septembre et octobre.
À savoir : les distances sont courtes, mais les routes lentes et sinueuses.
Avant de partir, quelques précautions utiles
Ces routes ont un point commun : elles rappellent que le plus beau d'un voyage se trouve parfois entre le départ et l'arrivée. Qu'elles traversent les falaises de Majorque, les paysages volcaniques du Teide ou les villages perchés des Alpujarras, elles invitent toutes à lever le pied et à profiter du paysage.
Avant de prendre la route, mieux vaut toutefois consulter les conditions de circulation. Plusieurs de ces itinéraires traversent des parcs nationaux ou des espaces naturels protégés où l'accès peut être réglementé selon la saison, notamment pour limiter la fréquentation, prévenir les incendies ou préserver des sites particulièrement fragiles.
Le reste appartient au voyage : s'arrêter à un belvédère sans l'avoir prévu, emprunter une petite route secondaire ou prolonger une pause face à un panorama. Autant de détours qui font souvent les plus beaux souvenirs.
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