Soixante-dix ballots de cocaïne, quatre hommes arrêtés en pleine mer et un réseau logistique frappé à terre : l’opération « Doncella », menée conjointement par les douanes espagnoles et françaises, a porté un sérieux coup à la « route atlantique » de la drogue. Intercepté à quelque 740 kilomètres des côtes galiciennes, le voilier transportait près de 2,1 tonnes de cocaïne destinées, selon les enquêteurs, à des organisations criminelles d’Europe de l’Est et des Balkans.


Le voilier avait quitté la Costa Brava sans allumer sa balise. Deux mois plus tard, il refait surface en plein Atlantique, avec près de 2,1 tonnes de cocaïne réparties à bord. Une traversée discrète, jusqu’à l’abordage.
L’Agence fiscale espagnole a annoncé lundi 21 septembre le démantèlement d’un groupe soupçonné de fournir des bateaux à des organisations criminelles pour acheminer de grandes quantités de drogue vers l’Europe. Baptisée « Doncella », l’opération a été conduite par le service espagnol de surveillance douanière, en étroite coopération avec les douanes françaises.
Cinq personnes ont été arrêtées : les quatre membres d’équipage et le chef présumé du réseau, établi dans la province de Gérone. Un sixième suspect, installé à Barcelone, est toujours recherché.

De Roses à l’Atlantique, balise éteinte
L’affaire commence en février 2026, sur la foi d’un renseignement. Les douaniers espagnols recherchent alors un voilier de 13 à 15 mètres susceptible d’avoir participé, quelques jours plus tôt, à une opération illicite près de la frontière franco-espagnole.
Ils finissent par identifier un sloop de 14 mètres battant pavillon polonais. L’embarcation coche plusieurs des critères de risque suivis par la surveillance maritime espagnole. Son propriétaire présumé possède également plusieurs antécédents pour vol et vol avec violence. Assez pour placer le bateau au centre de l’enquête.
Peu à peu se dessine le fonctionnement présumé du groupe : des voiliers de plaisance, choisis pour leur discrétion et placés sous pavillon étranger, mis au service d’organisations criminelles d’Europe de l’Est et des Balkans pour transporter de la drogue par mer.
Le bateau est finalement retrouvé en juin dans le port de Roses, sur la Costa Brava, puis placé sous surveillance. Le 11 juillet, il largue les amarres sans activer son système d’identification automatique, l’AIS, présenté par les autorités espagnoles comme obligatoire pendant la navigation. Le voilier disparaît des écrans — mais pas des radars des enquêteurs.
Soixante-dix ballots au milieu de l’Atlantique
Le voilier s’efface des écrans pendant plus de deux mois. Pour le retrouver, les douanes espagnoles s’appuient sur la National Crime Agency britannique, la DEA américaine et le Centre d’analyse et d’opérations maritimes en matière de narcotrafic.
La traque s’achève dans la nuit du 14 septembre. Le Petrel I, navire d’opérations spéciales de la surveillance douanière espagnole, repère électroniquement le bateau à 400 milles nautiques des côtes galiciennes, soit environ 740 kilomètres. Loin des ports, loin des regards.
À l’abordage, les agents découvrent des ballots dispersés dans tout le voilier. Ils en comptent 70, pour un chargement proche de 2.100 kilos de cocaïne.
Les quatre hommes à bord — un Argentin, un Uruguayen, un Colombien et un Albanais — sont interpellés. Ce dernier aurait occupé une fonction bien particulière : celle de « notaire » de l’organisation destinataire. Sa mission présumée consistait à s’assurer que l’opération suivait le plan, puis à en rendre compte aux commanditaires. Même au milieu de l’Atlantique, le trafic a ses contrôleurs. Le voilier a ensuite été remorqué jusqu’au port de Vigo, avec sa cargaison et ses quatre occupants, pour leur remise à la justice.
À terre, la filière logistique visée
Pendant que le Petrel I mettait le cap sur Vigo, les arrestations se poursuivaient à terre. Dans la province de Gérone, les agents ont interpellé un ressortissant chilien présenté comme le chef du réseau. Il aurait été chargé de trouver des voiliers répondant aux besoins des trafiquants et de les mettre à leur disposition.
Un second suspect, espagnol et établi à Barcelone, est toujours recherché. Selon les douanes, il surveillait les embarcations, sécurisait les opérations et guettait toute approche des autorités.
Les cinq personnes arrêtées sont soupçonnées d’appartenance à une organisation criminelle, de contrebande et d’atteinte à la santé publique, qualification qui recouvre notamment en Espagne les infractions liées au trafic de stupéfiants. L’enquête sera instruite par l’Audiencia Nacional et reste ouverte. D’autres arrestations pourraient suivre.
La cocaïne sous voiles
L’affaire porte la signature de la « route atlantique » de la cocaïne. Des voiliers venus d’Amérique du Sud, ou chargés lors de transbordements en pleine mer, traversent l’océan avant de tenter d’introduire la drogue en Europe.
Les bateaux de plaisance offrent aux trafiquants un mélange précieux : autonomie, mobilité et apparente banalité. Un voilier parmi d’autres, perdu dans l’immensité du trafic maritime. Celui-ci avait pourtant laissé une trace dès son départ de Roses : le silence inhabituel d’une balise éteinte.
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