Un tunnel souterrain digne d’un ouvrage d’ingénierie, équipé de rails, de wagonnets et dissimulé sous un hangar, a été découvert à Ceuta. Utilisé pour acheminer des tonnes de haschich entre le Maroc et l’Espagne, il a permis aux autorités de démanteler un vaste réseau et de saisir plus de 17 tonnes de drogue.


Rien ne dépassait. Ni bruit, ni mouvement. Juste un hangar industriel banal, à quelques mètres de la frontière. Sous terre pourtant, un autre monde s’activait. À Ceuta, enclave espagnole au nord du Maroc, la police a découvert un narcotunnel d’une sophistication rare, pensé pour acheminer des tonnes de haschich vers l’Europe.
Une découverte qui vient clore plus d’un an d’enquête et mettre à terre un dispositif que les autorités décrivent comme un « réseau de réseaux du haschich ».
Localizado en #Ceuta un laberíntico #narcotunel que contaba con raíles, vagones y sistemas de poleas para trasladar la droga
— Policía Nacional (@policia) March 31, 2026
Disponía de tres níveles
🪜Pozo de descenso
📦Almacén
📤Línea hacia Marruecos
🔹27 detenidos
🔹17 tn de droga
🔹1.430.000 euroshttps://t.co/AfNv2AYUhg
Sous Ceuta, un labyrinthe pour faire circuler la drogue sans laisser de traces
Les images diffusées par le ministère de l’Intérieur racontent un autre monde, souterrain, presque irréel. Un labyrinthe, disent les enquêteurs, « comme une mine ».
Camouflée derrière un immense réfrigérateur insonorisé, l’entrée du tunnel débouche sur une infrastructure en trois niveaux. Un puits plonge à près de 19 mètres sous terre. Plus bas, une chambre intermédiaire où s’empilent les ballots — la « narcodespensa », dans le jargon policier. Et enfin, un couloir étroit qui file droit vers le Maroc.
Ce qui sidère, c’est le niveau de préparation. Rails, wagonnets, poulies, grues miniatures… Tout était pensé pour déplacer les ballots de drogue sans contact direct entre les opérateurs, limitant les risques en cas d’intervention policière.
Pour maintenir l’ensemble opérationnel malgré les eaux souterraines, le tunnel était équipé de puissantes pompes de drainage fonctionnant en continu, tandis qu’un système d’insonorisation empêchait tout bruit suspect de filtrer à l’extérieur.
Du tunnel aux go-fast : les coulisses d’un trafic à grande échelle
Selon les enquêteurs, le tunnel aurait permis de faire transiter jusqu’à deux tonnes de haschich par semaine. Une cadence qui donne la mesure du dispositif : une ligne directe entre le nord du Maroc, grand pourvoyeur de cannabis, et le marché européen.
Depuis Ceuta, la marchandise se diffusait ensuite en éventail. D’abord vers l’Andalousie, puis plus loin, jusqu’à la Galice, autre carrefour historique du trafic, avant de franchir les frontières vers d’autres pays européens.
Mais le tunnel n’était qu’un maillon. Le réseau savait se déplacer, s’adapter. Camions embarqués sur des ferries, go-fast maritimes le long des côtes andalouses, bateaux de pêche remontant vers le nord… Autant de routes parallèles pour alimenter un trafic tentaculaire.
Le “narcoarchitecte” et la chute d’un réseau hors norme
Au centre du dispositif, un nom revient : Mustafá Chairi B. Les policiers l’ont surnommé le « narcoarchitecte ». Entrepreneur marocain installé à Fnideq, à quelques kilomètres de Ceuta, il est soupçonné d’avoir imaginé et financé ces galeries souterraines taillées pour le trafic.
Interpellé le 26 mars dans le cadre de l’opération Ares, il incarne une nouvelle génération de trafiquants : organisés, structurés, capables de concevoir des infrastructures à mi-chemin entre chantier technique et machine clandestine.
Les enquêteurs évoquent aussi des connexions vers le nord de l’Europe, signe que le réseau ne s’arrêtait pas aux frontières espagnoles, mais s’inscrivait dans des circuits bien plus larges.
Au total, 27 personnes ont été arrêtées lors d’une opération mobilisant plus de 250 agents à travers l’Espagne. Parmi elles, plusieurs figures clés du réseau, mais aussi un ancien garde civil.
Le bilan donne le vertige : plus de 17 tonnes de haschich saisies, 88 kilos de cocaïne, près de 1,4 million d’euros en liquide, sans compter les véhicules de luxe et les dizaines d’équipements de communication récupérés lors des perquisitions. Une quinzaine de suspects ont été placés en détention provisoire.
Ceuta, point névralgique du trafic
Cette affaire rappelle une évidence pour les autorités : Ceuta est une porte d’entrée stratégique vers l’Europe. À la lisière du Maroc, au croisement des flux commerciaux et migratoires, l’enclave concentre toutes les tensions, et toutes les convoitises.
Dans cet entre-deux, les réseaux criminels trouvent un terrain propice. Les distances sont courtes, les contrôles complexes, les opportunités multiples. Mais avec ce tunnel, quelque chose change d’échelle. Plus qu’un passage, c’est un saut dans la logistique clandestine. Sous la terre, le trafic ne se cache plus. Il s’organise.
Sur le même sujet









