DOS DE MAYO - L'union sacrée contre les Français

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 30/04/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

A ceux qui pourraient croire que dans la communauté de Madrid le 1er mai dure deux jours, lepetitjournal.com apporte l'explication du comment et du pourquoi qui ont rendu le lendemain de la fête du travail journée fériée. A l'origine... des Français, un conflit et les prémices d'une première défaite napoléonienne historique. C'était il y a 204 ans...

("La charge des Mamelouks", Goya et Lucientes - 1814 - Musée national du Prado)

Le 'Dos de Mayo', qu'es aquò ? Dans la communauté de Madrid, le deuxième jour du mois de mai est férié. Appelé Día de la Comunidad, il fait office de "fête nationale" de la région. Un jour de célébrations, donc, cette année encore, avec près de 120 activités organisées dans 30 communes. Célébration... d'une rébellion espagnole face aux troupes napoléoniennes

Gabachos d'alors et Gabachos d'aujourd'hui
Ainsi, dans cette célébration du soulèvement du Dos de Mayo, il convient de voir beaucoup plus loin que la simple possibilité de profiter d'un jour de repos. La date anniversaire de la rébellion des Espagnols contre les troupes françaises qui occupaient Madrid et qui impulsa la révolte générale dans le pays et le début de la guerre d'indépendance est l'affaire de tous. Souvenirs d'écoliers qui restent ancrés, message transgénérationnel transmis dans les familles, reportages télévisés année après année. En résumé, pour les Madrilènes, la date symbolise le début de la reprise de leur territoire occupé par les Gabachos d'alors. Pour nous, Français, les racines du premier revers militaire notable de Napoléon.
Dans la nuit du 2 mai 1808, des milliers d'Espagnols, hommes et femmes, ainsi que 60 officiers et 900 hommes du rang français, moururent au combat. Le tableau de Goya, "La charge des Mamelouks", est une image de cette soirée historique. Les Espagnols de 2012 utilisent encore beaucoup la date pour provoquer amicalement -ou pas- les Gabachos d'aujourdhui.

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"L'union sacrée contre les Français"
Version subjective de l'analyse historique selon certains, parmi lesquels l'auteur anglais Ronald Fraser, à l'origine de l'ouvrage "La maldita guerra de España", pour lequel il a étudié en détails 50.000 documents durant 6 ans, qui rétablissait sa vérité de chercheur dans les colonnes du quotidien El País, le 21 avril 2006 : "L'union sacrée contre les Français est un mythe qui a été utilisé pour création du sentiment d'appartenance à la nation espagnole. A l'époque, beaucoup d'Espagnols ont lutté avec les troupes napoléonienne. Tout n'est pas aussi simple qu'une certaine instrumentalisation de l'histoire veut le laisser croire. Cette rébellion n'a pas seulement été une guerrilla espagnole contre Napoléon mais une vraie révolution du peuple, venue d'en bas." Et d'ajouter : "Dans les autres pays occupés par Napoléon, les élites et le peuples acceptèrent les réformes. Mais en Espagne, l'empereur ne pris pas en compte le très fort sentiment identitaire, selon les régions. Il affirmait avec orgueil qu'il gouvernerait l'Espagne comme un pays satellite de la France. Il s'est vite retrouvé dans une ruelle sans issue, car s'il abandonnait l'Espagne il la laissait aux mains des Anglais. Sa principale erreur fut de vouloir gouverner le nord du fleuve Ebre depuis Paris. Avec cette décision, il a indigné les patriotes espagnols..." On connaît la suite, les Madrilènes aussi. Sur son lit de mort, Napoléon aurait reconnu et même regretté son erreur de diagnostic concernant l'Espagne.

"Spain is different"
On prête également à l'empereur, dans les livres d'histoire espagnols, une phrase qu'il aurait prononcée à Bailén, le 19 de julio de 1808, quelques heures après sa première défaite majeure sur un champ de bataille. Au début des années 1960, elle fut même reprise par le récemment disparu et alors ministre de l'Information et du Tourisme de Franco, Manuel Fraga Iribarne, qui en avait fait un solgan touristique. "L'Espagne est différente". Le 2 mai plus qu'aucun autre jour de l'année. Et Napoléon, ne lui en déplaise, n'y est pas étranger.

Benjamin IDRAC (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 30 avril 2012


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