La corruption, l’un des principaux problèmes de l'Espagne

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 10/10/2021 à 18:14 | Mis à jour le 11/10/2021 à 10:27
Une personne en costume, avec des billets de banque à la main

Différents baromètres montrent que la corruption reste l’un des principaux maux de l'Espagne, qui a perdu 2 points dans le classement mondial de Transparency International. Presque la moitié des Européens pensent que leur gouvernement ne luttent pas assez contre la corruption, contre deux tiers en Espagne.


La corruption s’aggrave chaque année un peu plus en Espagne et le pays a encore perdu 2 points dans le classement mondial de Transparency International, organisme indépendant qui effectue depuis 1995 un indice de perception de la corruption qui est devenu le principal indicateur mondial de la corruption dans le secteur public. 

Dans son Baromètre global de la corruption – Union Européenne 2021, on constate avec préoccupation la détérioration de la corruption au cours des 12 derniers mois. D’ailleurs, 30% de la population interrogée dans l'UE-27 perçoit que la corruption s'est aggravée (34% en Espagne). La préoccupation est telle que 62% des personnes interrogées considèrent qu'il s'agit d'un problème majeur, pourcentage qui atteint les 86% en Espagne.

Fort sentiment d’impunité

Face à ce fléau, presque la moitié des Européens (49%) pensent que leur gouvernement ne fait pas tout ce qui est nécessaire pour lutter contre la corruption. En Espagne, c’est quinze points de plus, avec 62% des personnes interrogées ! Pas étonnant, dans ces conditions, qu’un Européen sur deux pense que la politique est influencée par les intérêts de certains groupes d'entreprises (64% en Espagne).

Si l’on analyse également le dernier indice de perception de la corruption (IPC) 2020, publié cette année par Transparency International, l’Espagne occupe la 32e position d’un classement composé de 180 pays. Elle se situe un cran au-dessus du Portugal et de la Corée du Sud, et juste en dessous des Bahamas et du Qatar, mais surtout loin derrière des pays européens tels que l’Allemagne (9e), l’Autriche, la Belgique (toutes les deux au 15e rang) ou la France (23e).

Covid, une crise de corruption

Et le Covid n’a rien arrangé. Les gouvernements du monde entier ont été exposés à un scénario propice à la corruption et aux malversations, en particulier au début de la pandémie. Compte tenu de l'urgence, divers processus d'achat de matériels indispensables pour la protection de la population, telles que masques sanitaires ou EPI, avaient été simplifiés, créant ainsi un terrain fertile pour la corruption : de nombreux cas de fraude, de fournitures défectueuses et de retards injustifiés, entre autres irrégularités, se sont produits dans divers pays, dont l’Espagne. Comme l'a d'ailleurs souligné Transparency International, le "COVID-19 n'est pas seulement une crise sanitaire et économique: c'est une crise de corruption". 

L’organisme international rappelle que l'Espagne n'a pas été exempte des problèmes générés à cet égard par le Covid-19 et a souligné "la nécessité de revoir les structures de contrôle et de responsabilité dans les situations d'urgence, afin d'éviter de mettre en danger les structures institutionnelles et démocratiques".

180 pays analysés

Pour rappel, l'édition 2020 de l'indice de perception de la corruption classe 180 pays en fonction du niveau de corruption perçu dans le secteur public, sur la base de treize évaluations réalisées par des institutions indépendantes et d'enquêtes menées auprès d'experts et d'hommes d'affaires. Il utilise une échelle allant de zéro (corruption élevée) à 100 (pas de corruption).

Avec 88 points chacun, le Danemark et la Nouvelle-Zélande sont en tête de l'indice. À l'autre bout de l'échelle, on trouve la Syrie, la Somalie et le Soudan du Sud, avec respectivement 14 et 12 points. En outre, il est intéressant de constater que les pays nordiques sont restés en tête du peloton depuis le début, c’est-à-dire bientôt trente ans. 

Si nous élargissons notre analyse, nous découvrons également que des pays comme les Émirats arabes unis, le Cap-Vert, Brunei et la Lituanie ont amélioré leur position, et devancent l'Espagne. Enfin, des pays comme l'Uruguay, le Chili, le Costa Rica et le Botswana sont tous au-dessus de l'Espagne et semblent être de petites oasis d'intégrité au milieu d'un océan de requins de la corruption.

Lorsque l’Espagne dépassait la France…

En 2020, l’Espagne est donc 32e (avec 62 points) et la France 23e (69 points). Mais si l’on remonte dans le temps, on découvre qu’en 1995, année de la première étude, la France était 18e et l’Espagne occupait la 26e position. Mais, ce qui est encore plus étonnant, c’est que, pendant six années consécutives, de 1999 a 2004, l’Espagne devançait la France, parfois de plusieurs places. 

A partir de 2008, commence en plus une descente aux enfers pour l’Espagne qui passe en 10 ans, de la 28e  à la 41e  place, alors que dans le même temps, la France reste située entre la 21 et 23e place. Si cette tendance s’était poursuivie, l'Espagne aurait pu alors se retrouver dans le groupe des pays où la corruption est systémique, ce qui est très difficile à éradiquer. En 2019, cependant, l’Espagne fait une "remontada" vertigineuse et repasse à la 30e place. Comme on l’a vu, en 2020, le pays a perdu 2 points dans le classement et l’on attend donc le prochain baromètre qui sortira l’an prochain. 

De la 14e à 4e place

Les dernières affaires de corruption qui ont éclaté en Espagne n’invitent cependant pas à l’optimisme. Avec une telle trajectoire, il n'est pas surprenant que, dans le dernier baromètre du CIS (Centre de recherche sociologique), la corruption qui avait dégringolé dans la liste des principaux problèmes de l’Espagne avec l'arrivée du coronavirus, retrouve la quatrième place qu'elle occupait avant la crise sanitaire. En septembre, elle est apparu dans 20,5% des réponses, contre 3,6% dans le baromètre de juillet, où elle occupait la quatorzième place.

Sans aucun doute, la crise a également contribué de manière décisive à ce sentiment. En période de prospérité économique, les affaires de corruption ne semblaient pas affecter autant la société. Cependant, lorsque les citoyens ont dû commencer à se serrer la ceinture, les scandales de détournement de fonds, d'enrichissement illicite et de grâces douteuses ont fait des ravages. Mais outre la mise au jour - ou plutôt la fuite - de diverses affaires de corruption, les citoyens ont le désagréable sentiment que l'impunité règne, notamment en raison de la politisation de la justice. Les effets sur l'image du pays pourraient être très négatifs, avec des conséquences indéniables sur les éventuels investissements en Espagne, si le taureau n'est pas pris par les cornes !

Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
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