Voie récemment rénovée, rupture de rail, délais trop courts pour éviter la collision : les enquêteurs explorent plusieurs pistes techniques, sans trancher à ce stade sur les causes du drame survenu à Adamuz.


Deux jours après la violente collision entre un train à grande vitesse d’Iryo et un Alvia de Renfe à Adamuz, l’enquête n’en est qu’à ses premiers pas, alors que l’Andalousie pleure ses morts. Aucune cause officielle n’a encore été établie, mais les premiers éléments recueillis sur le terrain orientent les investigations vers un possible défaut de l’infrastructure, sans qu’aucune hypothèse ne soit, à ce stade, définitivement écartée.
Une voie inspectée deux mois plus tôt
L’un des éléments qui intrigue les autorités, c’est l’état même de la voie. Le point exact du déraillement, au kilomètre 318,7 de la ligne Madrid-Séville, venait pourtant de sortir d’un important chantier de rénovation, achevé en mai dernier, dans le cadre d’un programme d’investissement de 700 millions d’euros piloté par Adif.
Selon des sources proches du ministère des Transports, ce tronçon avait passé avec succès, il y a à peine deux mois, deux contrôles approfondis. L’un, dit dynamique, portait sur les systèmes de sécurité et de signalisation ; l’autre, géométrique, ausculte au millimètre près l’état des rails — alignement, nivellement, peralte, largeur. À l’époque, rien n’avait alerté les équipes sur un défaut susceptible de compromettre la sécurité.
De quoi nourrir la perplexité du ministre des Transports, Óscar Puente, qui rappelle que près de 300 trains empruntent chaque jour ce corridor, premier axe de grande vitesse mis en service en Espagne, au printemps 1992. Un axe ancien, certes, mais sous surveillance constante.
Une rupture de rail au cœur des investigations
Les regards se tournent désormais vers une rupture nette du rail, observée à proximité d’un changement de voie. Cette cassure est l’un des éléments les plus scrutés par les enquêteurs : elle pourrait être à l’origine du déraillement du train Iryo, sans que l’on sache encore si elle a provoqué l’accident ou si elle en est la conséquence, sous l’effet du passage d’un convoi déjà hors de contrôle.
Dans cette optique, le ministère des Transports a ordonné l’examen des organes de roulement de plusieurs trains ayant franchi ce même tronçon quelques minutes avant le drame, afin d’y détecter d’éventuelles traces d’un défaut préexistant de la voie.
Vingt secondes fatales
Selon les premières données disponibles, à peine vingt secondes se seraient écoulées entre le déraillement de plusieurs voitures du train Iryo et la collision avec l’Alvia de Renfe arrivant en sens inverse. Un laps de temps insuffisant pour permettre au système de sécurité LZB de déclencher un freinage d’urgence réellement efficace.
Les deux convois circulaient dans le respect des limitations de vitesse. Un élément qui, selon les responsables du secteur et plusieurs ingénieurs ferroviaires, rend peu probable la piste d’une erreur humaine à ce stade de l’enquête.
Deux enquêtes parallèles : L’enquête technique est menée par la Commission de Investigación de Accidentes Ferroviarios (CIAF), organisme indépendant chargé d’analyser l’interaction entre la voie, le matériel roulant et les systèmes de sécurité. Elle pourrait prendre plusieurs mois, comme ce fut le cas après l’accident de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013. Parallèlement, la Guardia Civil procède à une enquête judiciaire : inspection du site, relevés photographiques, prélèvements et auditions de témoins. Ces éléments seront transmis à la CIAF, seule compétente pour établir les causes techniques.
Accident de train en Espagne : la piste du sabotage écartée
À ce stade, la piste du sabotage est écartée par les autorités. Le matériel du train accidenté — un Frecciarossa d’Iryo, mis en service en 2022 et contrôlé quelques jours avant le drame — ne présentait, selon les éléments disponibles, aucun signe connu de défaillance majeure.
Dans le débat public, certains interrogent néanmoins l’impact de l’ouverture à la concurrence ferroviaire et de la forte hausse du trafic à grande vitesse sur la voie ces dernières années. Les experts tempèrent : les règles de sécurité sont strictement identiques pour tous les opérateurs, et aucun lien direct n’est établi, à ce stade, entre concurrence et accident.
Alors que le bilan humain demeure lourd et que la ligne Madrid-Séville reste interrompue pour plusieurs jours, les autorités appellent à la retenue. « Toutes les hypothèses restent ouvertes », a rappelé le ministère des Transports. En déplacement à Adamuz, le Roi Felipe VI a salué « l’immense professionnalisme » des équipes de secours et des services mobilisés, tout en exprimant la solidarité de l’ensemble du pays envers les familles endeuillées.
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